Difficultés de langage ou TDL : les difficultés de votre enfant vont-elles passer ?
Révision clinique : Kimberly Martins, M.A. CCC-SLP · · Politique éditoriale

À jour le 3 novembre 2026. Information générale : seule une évaluation peut préciser les besoins de votre enfant.
Votre enfant a 2 ans, ou 3, et il parle peu. On vous dit d’attendre, que chaque enfant va à son rythme, et vous avez un doute. Quand un enfant de 3 à 5 ans ne parle pas encore, les parents demandent souvent à Kimberly Martins, orthophoniste et fondatrice de VoxLingue, quand il va commencer à parler, ou s’il parlera un jour. Dans les familles qui parlent plusieurs langues, ils demandent si toutes ces langues le mêlent.
Elle leur dit d’emblée que rien de ce qu’ils ont fait n’a causé ces difficultés et que ce n’est pas de leur faute.
La réponse à leur question est moins simple qu’un oui ou un non. Plusieurs enfants n’auront plus de difficultés, d’autres continueront d’en avoir, et personne ne peut dire à l’avance lesquels. Ce guide explique ce que dit l’Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec (OOAQ), comment on en vient à parler de trouble développemental du langage (TDL), et ce que vous pouvez faire dès ce mois-ci.
Pourquoi ne dit-on plus « retard de langage » ?
Au Québec, on parle maintenant de « difficultés de langage » plutôt que de « retard de langage ». Le mot « retard » laisse entendre que l’enfant arrivera au même point, simplement plus tard. Or, on ne peut pas le savoir à l’avance. Le TDL a remplacé le mot « dysphasie » : seul le nom a changé.
Kimberly Martins nomme donc ce qu’elle observe sur le moment : des difficultés de langage. Elle explique lesquelles elle voit, vérifie si cela correspond à ce que les parents remarquent, et décrit comment stimuler le langage de l’enfant. Parfois, elle parle d’une hypothèse de TDL, à confirmer après un suivi régulier en orthophonie. Ainsi, les parents n’ont pas de fausses attentes.
L’OOAQ a adopté le terme TDL en 2017. Une personne qui avait reçu une conclusion de dysphasie garde les mêmes services. Vous verrez peut-être encore l’ancien mot, puisque certains documents scolaires l’utilisent toujours.
Le TDL touche environ sept enfants sur cent (OOAQ). Il est d’origine développementale : il ne vient pas de l’environnement de l’enfant, ni de la façon dont vous lui parlez, ni du fait d’entendre plusieurs langues (OOAQ). Comme l’explique Kimberly Martins, un enfant qui a un TDL est neurodivergent et traite l’information langagière autrement. Il faut comprendre comment lui apprendre à communiquer d’une façon adaptée à ses capacités, pour soutenir son développement.

Ses difficultés vont-elles passer ?
Pour plusieurs enfants, oui, mais pas pour tous. Selon l’OOAQ, de deux à quatre enfants sur dix qui parlent peu à 2 ans continuent d’avoir des difficultés à 4 ans, et environ deux sur dix à 7 ans. Ces chiffres donnent un ordre de grandeur. Ils ne prédisent rien pour votre enfant.
Autrement dit, la majorité n’ont plus de difficultés à 4 ans, et l’OOAQ précise que c’est souvent sans aide. Si vous lisez d’autres chiffres ailleurs, c’est que les études ne suivent pas les mêmes enfants, au même âge, avec les mêmes tests. Nous n’avons trouvé aucun taux publié propre aux enfants québécois ni aux enfants bilingues.

Qu’est-ce qui mérite qu’on regarde de plus près ?
Kimberly Martins s’inquiète davantage quand un enfant interagit peu avec les autres, quand ses habiletés de jeu sont en retard, quand il exprime peu ses besoins, avec ou sans mots, et quand il y a des antécédents familiaux. Au Québec, ne pas combiner deux mots à 2 ans mérite aussi qu’on examine la situation de plus près.
- L’interaction : il cherche peu à échanger ou à partager un moment avec vous.
- Le jeu : ses habiletés de jeu semblent en retard pour son âge.
- La communication : il utilise peu de gestes, de sons ou de mots pour dire ce qu’il veut.
- La famille : un proche a eu des difficultés de langage.
Ces signes guident le regard; ils ne constituent pas un test.
Au Québec, presque tous les enfants francophones combinent deux mots à 24 mois (OOAQ, 2022). À 18 mois, moins de quatorze mots est un signal d’alerte (OOAQ, 2022; Naître et grandir, 2024). Et un enfant sans aucun facteur de risque peut quand même avoir un TDL (Naître et grandir, 2025).
Votre inquiétude compte aussi. Selon l’OOAQ, un parent inquiet se trompe rarement, même si l’absence d’inquiétude ne prouve pas que tout va bien (2022).
À quel âge peut-on parler de TDL ?
Il n’y a pas d’âge unique. Tout dépend de l’âge de l’enfant, de ses difficultés et de ses progrès en thérapie. Kimberly Martins conclut à un TDL, par exemple, quand un enfant a peu progressé après environ un an de séances régulières, et qu’aucun autre trouble du développement, comme l’autisme, n’est présent.
Un enfant de 4 ans qui parle à peine est un cas différent : elle se sent à l’aise de conclure à un trouble du langage à ce moment-là. Et si l’enfant est autiste, on ne parle pas de TDL, mais d’un trouble du langage dans un contexte d’autisme. Notre article sur les difficultés de langage et l’autisme explique ce que les professionnels regardent.
Vous lirez peut-être d’autres âges, parce que les sources ne répondent pas à la même question. Le CHU Sainte-Justine écrit qu’avant 4 ans, il est difficile de statuer. Naître et grandir parle de 4 ou 5 ans (2025). En Montérégie, le guichet accepte une conclusion de TDL dès 30 mois : c’est une règle d’accès aux services. Le code 34 de l’école exige, lui, des difficultés sévères qui persistent après 5 ans.
Ce qui importe pour vous : ne pas pouvoir nommer le problème à 2 ou 3 ans ne veut pas dire qu’il n’y a rien à faire à cet âge. L’orthophoniste n’a pas besoin d’une étiquette pour regarder où en est votre enfant et vous conseiller.

Ses difficultés ont disparu : est-ce que tout est réglé ?
C’est une très bonne nouvelle. Dans une étude québécoise auprès de jumeaux, les enfants dont les difficultés de langage avaient disparu à l’âge préscolaire réussissaient aussi bien que les autres en langage et à l’école, au primaire. Ils avaient toutefois un peu plus de difficultés de comportement à la maternelle et avec leurs pairs en 1re année (Matte-Landry et collab., 2020).
Les enfants dont les difficultés persistaient en gardaient pendant tout le primaire : en langage, à l’école et sur le plan social. Ce petit groupe montre pourquoi un suivi vaut la peine quand les difficultés durent. Le langage écrit peut aussi être touché : notre article sur les signes précoces de dyslexie explique quoi surveiller à partir de la maternelle.
Attendre ou agir ?
Si vous êtes inquiet, consultez : les parents connaissent leur enfant mieux que quiconque. L’orthophoniste décide ensuite de la suite avec vous, selon ce qu’elle voit : une consultation, une évaluation, une thérapie ou un accompagnement des parents. Consulter n’engage donc pas à un long suivi.
L’OOAQ confirme les bienfaits d’une intervention précoce, tout en mettant en garde contre une intervention auprès d’enfants qui n’en auraient pas eu besoin (2022). D’où l’intérêt d’un avis professionnel plutôt que d’une règle générale.
Ce que l’accompagnement des parents peut faire. Kimberly Martins le considère très utile, puisque les parents sont ceux qui passent le plus de temps avec l’enfant et qui peuvent avoir le plus d’effet. Mais il faut bien comprendre les stratégies et savoir les utiliser au quotidien. Elles doivent aussi être simples et ne pas prendre trop de temps. Sinon, on risque de se sentir dépassé.
Il s’adapte à chaque famille. Tout le monde ne joue pas de la même façon, et tout le monde ne pense pas devoir jouer avec son enfant. L’orthophoniste tient compte de vos valeurs et de votre culture.
Les progrès peuvent être discrets. Un enfant peut ne pas parler davantage après un mois, mais rester cinq minutes dans un échange avec vous, alors qu’il tenait une minute le mois précédent. C’est un vrai progrès, même s’il est facile de ne pas le voir.

Ce qu’on entend, et ce qu’on sait
« Chaque enfant va à son rythme » est vrai, à l’intérieur de certaines limites. Mais on ne peut pas savoir à l’avance si un enfant va s’en sortir seul. Pour Kimberly Martins, un enfant de 2 ou 3 ans qui ne parle pas du tout est une grande priorité : elle n’attendrait pas pour voir.
« Les garçons parlent plus tard. » Beaucoup de gens le croient encore. Même si c’était vrai en moyenne, cela ne dirait rien sur votre enfant, et ce n’est pas une raison d’attendre.
« Il va se mettre à parler à la garderie. » Certains le font. Mais si ce n’est pas le cas, vous aurez perdu des mois.
« Il entend trop de langues. » Le multilinguisme ne cause pas de TDL, et il ne faut pas laisser tomber une langue (OOAQ).

Enfant bilingue : langue seconde ou TDL ?
Regardez d’abord depuis combien de temps et à quel point votre enfant entend chaque langue. Un TDL ne se conclut pas à partir d’une langue seconde : il faut évaluer sa langue maternelle. Une période de silence dans une nouvelle langue est normale. Mais s’il a du mal dans sa langue maternelle, n’attendez pas.
Un enfant qui entend le français depuis quelques mois à la garderie peut donc être silencieux en français, tout en parlant bien à la maison. S’il a des difficultés dans la langue qu’il entend depuis sa naissance, le peu de temps passé en français ne change rien : Kimberly Martins évalue alors cette langue, sans évaluer le français à ce moment-là.
Un guide québécois rappelle que les normes établies pour une seule langue ne suffisent pas à conclure à un trouble chez un enfant bilingue (CIUSSS de la Capitale-Nationale, 2022). Notre article sur le trouble du langage chez l’enfant bilingue va plus loin.
Quoi faire dès maintenant
Vous pouvez faire trois démarches en même temps : en parler à votre médecin de famille, inscrire votre enfant pour les services publics, et demander une consultation à une orthophoniste au privé pour savoir si vos inquiétudes sont fondées et quoi faire ensuite. À la maison, quelques habitudes simples aident dans tous les cas.
- Mettez-vous à sa hauteur et regardez la même chose que lui.
- Nommez ce qui l’intéresse, avec des phrases courtes : « Le camion ! Il roule vite. »
- Attendez quelques secondes après avoir parlé. Le silence lui laisse la place.
- Ajoutez un mot à ce qu’il dit. S’il dit « auto », dites « auto bleue ».
- Lisez ensemble les mêmes livres, souvent, en parlant des images.
Ces habitudes ne remplacent pas une évaluation, et vous n’avez rien à vous reprocher si vous ne les aviez pas déjà. En attendant un rendez-vous, notre article sur l’attente en orthophonie au Québec donne d’autres idées.

Quand consulter, et où, au Québec et en Ontario
Consultez si votre enfant de 2 ou 3 ans ne parle pas du tout, s’il ne combine pas deux mots à 2 ans, s’il interagit ou communique peu, s’il perd des mots, ou simplement si vous êtes inquiet. Il n’est pas nécessaire d’attendre la garderie ou l’école. Votre inquiétude est une raison suffisante.
Parlez-en à une orthophoniste si votre enfant :
- à 18 mois, dit moins de quatorze mots;
- à 2 ans, ne combine pas deux mots;
- à 2 ou 3 ans, ne parle pas du tout;
- interagit peu, ou joue peu pour son âge;
- utilise peu de gestes, de sons ou de mots pour dire ce qu’il veut;
- perd des mots ou des gestes qu’il utilisait.
Au Québec, le réseau public passe par le programme gratuit Agir tôt : communiquez avec votre CLSC, ou demandez à votre médecin de vous y diriger. Un dépistage est fait d’abord, puis l’équipe oriente votre enfant vers le bon service. Au privé, vous pouvez consulter une orthophoniste sans référence.
En Ontario, le programme public de parole et langage préscolaire est gratuit, de la naissance à l’entrée à l’école, et les parents peuvent y inscrire leur enfant eux-mêmes.
Lors d’une évaluation en orthophonie, l’orthophoniste regarde ce que votre enfant comprend et dit, et vérifie que l’audition a été testée. Si un suivi est utile, notre page sur les troubles du langage explique comment nous travaillons.
Ce qu’il faut retenir
Plusieurs enfants qui parlent peu n’auront plus de difficultés plus tard, mais pas tous, et personne ne peut dire lesquels à 2 ans. Si vous êtes inquiet, ce n’est pas une raison d’attendre : c’est une raison de demander un avis.
Prochaine étape
Imprimez notre fiche « Avant le rendez-vous : quoi noter sur le langage de votre enfant » et notez ce que vous observez avant le rendez-vous. Nos orthophonistes reçoivent les familles en clinique à Montréal, et en télépratique partout au Québec et en Ontario. Pour en savoir plus, explorez notre section Langage précoce et parleurs tardifs.
Fiche imprimable : Avant le rendez-vous : quoi noter sur le langage de votre enfant (PDF, 1 page).
Questions fréquentes
À quel âge s’inquiéter ?
Pas besoin d’attendre un âge précis. Au Québec, moins de quatorze mots à 18 mois et l’absence de combinaisons de deux mots à 2 ans méritent qu’on examine la situation de plus près. Un enfant de 2 ou 3 ans qui ne parle pas du tout est une priorité. Et votre inquiétude suffit pour demander un avis.
Est-ce ma faute ?
Non. Le TDL est d’origine développementale. Il ne vient ni de l’environnement de votre enfant, ni de la façon dont vous lui parlez, et rien de ce que vous avez fait ne l’a causé.
Dysphasie et TDL, est-ce la même chose ?
Oui. Au Québec, le TDL a remplacé le mot « dysphasie ». Seul le nom a changé, et les services restent les mêmes.
Est-ce que le TDL disparaît ?
« Développemental » ne veut pas dire que ça passe en grandissant. Les difficultés durent, mais elles évoluent, et l’enfant continue de progresser avec le bon soutien.
Les garçons parlent-ils plus tard ?
Beaucoup de gens le croient. Même si c’était vrai en moyenne, cela ne dirait rien sur votre enfant, et ce n’est pas une raison d’attendre.
Faut-il attendre la garderie ou l’école ?
Non. Certains enfants se mettent à parler à la garderie, mais si ce n’est pas le cas du vôtre, vous aurez perdu des mois. Vous pouvez demander un avis dès maintenant.
Faut-il laisser tomber une langue ?
Non. Plusieurs langues ne causent pas de TDL, et l’OOAQ déconseille d’en laisser tomber une. L’orthophoniste regarde d’abord la langue que votre enfant entend depuis sa naissance.
Faut-il une référence ?
Au privé, non. Pour le réseau public au Québec, communiquez avec votre CLSC, ou demandez à votre médecin de vous y diriger. En Ontario, les parents peuvent inscrire leur enfant eux-mêmes au programme préscolaire.



