Signes précoces de dyslexie : de la maternelle à la 2e année, sans attendre

Le premier bulletin arrive au plus tard le 20 novembre. Pour certains parents, il confirme un doute qui dure depuis la maternelle. Les lettres ne restent pas, les sons se mélangent, et la lecture du soir finit en larmes.
Kimberly Martins, orthophoniste et fondatrice de VoxLingue, entend souvent les mêmes inquiétudes. L’enfant a du mal à lire ou à écrire. Il inverse des lettres ou les écrit à l’envers. L’enseignante dit qu’il ne lit pas au niveau attendu. Certains parents remarquent aussi qu’il a du mal à dire les mots longs.
Vous n’êtes pas seuls. La dyslexie touche environ sept enfants sur cent au primaire, soit deux ou trois par classe (Yang et collab., 2022). Pourtant, on entend souvent qu’il faut attendre deux ans de retard avant de s’en occuper.
Ce guide présente les signes précoces de dyslexie à surveiller, de la maternelle 4 ans à la 2e année. Il explique pourquoi l’aide n’a pas à attendre le diagnostic, et qui fait quoi au Québec et en Ontario. Il répond aussi à une question fréquente à Montréal : chez un enfant qui apprend à lire en français, est-ce la langue seconde ou la dyslexie ? Enfin, il propose quoi faire dès maintenant.
Qu’est-ce que la dyslexie, au juste ?
La dyslexie est une difficulté durable à lire les mots avec précision et rapidité, et à bien les écrire. Elle va de légère à sévère. Elle n’a rien à voir avec l’intelligence ni avec la vue : si on lui lit le texte, l’enfant en comprend le sens. Elle touche environ sept enfants sur cent.
L’Office québécois de la langue française la décrit comme un trouble d’apprentissage de la lecture, avec des difficultés importantes à acquérir les habiletés de base pour lire et écrire des mots (OQLF, 2020). La lecture est pleine d’erreurs et plus lente que ce qu’on attend pour l’âge et le niveau scolaire. Dans les écoles du Québec, on parle souvent de « dyslexie-dysorthographie » : la dysorthographie en est le versant écrit, l’orthographe.
Depuis 2025, la définition internationale insiste sur deux points. La dyslexie se situe sur un continuum, de légère à sévère. Et elle persiste même quand l’enseignement fonctionne bien pour les autres enfants (Catts et collab., 2026). Un enfant dyslexique n’est donc pas un enfant qui manque d’efforts ou de livres à la maison.
Elle est aussi fréquente qu’on le pense rarement. Une analyse de nombreuses études arrive à environ sept enfants sur cent au primaire (Yang et collab., 2022). On l’y trouve environ deux fois plus souvent chez les garçons, mais les filles passent plus souvent inaperçues (Yang et collab., 2022; Quinn et Wagner, 2015). Une fille discrète qui lit lentement mérite la même attention qu’un garçon qui s’agite.
La dyslexie existe dans toutes les langues. Le français s’écrit de façon moins régulière que l’italien ou l’espagnol, mais beaucoup plus que l’anglais (Seymour et collab., 2003). Elle touche autant d’enfants dans les langues à l’orthographe régulière que dans les autres (Yang et collab., 2022).

Pourquoi les premiers signes s’entendent avant de se lire
La dyslexie commence dans la façon dont le cerveau traite les sons des mots. Avant même la lecture, les indices sont donc oraux : jouer avec les sons, apprendre le nom et le son des lettres, nommer vite des choses familières. Les antécédents familiaux comptent aussi : près d’un enfant sur deux quand un parent est dyslexique.
Une grande revue américaine a cherché ce qui, à la maternelle, annonce le mieux la lecture plus tard (National Early Literacy Panel, 2008). Six habiletés ressortent :
- connaître le nom et le son des lettres;
- jouer avec les sons des mots, comme trouver une rime ou le premier son;
- nommer rapidement des images, des couleurs ou des lettres familières;
- nommer rapidement des chiffres ou des lettres en série;
- écrire son prénom et des lettres;
- retenir quelques instants ce qu’on vient d’entendre.
Le langage oral compte aussi, surtout pour comprendre plus tard ce qu’on lit (National Early Literacy Panel, 2008). Le vocabulaire et les phrases servent moins à déchiffrer qu’à donner du sens au texte.
Jouer avec les sons, c’est ce qu’on appelle la conscience phonologique. Elle se développe par étapes, des syllabes aux rimes puis aux sons isolés. Notre article sur les étapes de la conscience phonologique les décrit âge par âge.
L’histoire familiale est un indice fort. Quand un parent, un frère ou une sœur est dyslexique, près d’un enfant sur deux le devient aussi, contre environ un sur neuf dans les groupes de comparaison (Snowling et Melby-Lervåg, 2016). Les gènes expliquent environ la moitié des différences entre les enfants; l’environnement compte aussi (Gialluisi et collab., 2021).
Ces enfants à risque familial ont souvent parlé un peu plus tard. Avant même l’école, ils ont plus de difficulté avec les sons, les lettres et la dénomination rapide (Snowling et Melby-Lervåg, 2016). Si vous-même avez eu du mal à lire, dites-le à l’enseignante et à l’orthophoniste : c’est une information précieuse, pas un aveu.
Votre enfant a eu des sons difficiles à prononcer ? C’est plutôt rassurant. Un trouble des sons de la parole seul a peu d’effet sur la lecture. Le risque monte quand il s’ajoute un trouble du langage ou des antécédents familiaux (Hayiou-Thomas et collab., 2017).

Les signes de dyslexie, année par année, de la maternelle 4 ans à la 2e année
À chaque année scolaire, comparez votre enfant à ce qu’on enseigne à ce moment-là. À la fin de la maternelle, le ministère s’attend à ce qu’il connaisse le nom et le son de la plupart des lettres. Un signe seul veut dire peu de chose. Ce qui compte, c’est un ensemble de signes qui dure malgré l’enseignement.
Le ministère de l’Éducation a un seul programme pour la maternelle 4 ans et 5 ans. À la fin, l’enfant repère des syllabes, des rimes et des phonèmes. Il « connaît le nom et le son de la plupart des lettres de l’alphabet (majuscules et minuscules) » (Programme-cycle de l’éducation préscolaire, 2023). C’est un repère officiel, simple à vérifier avec l’enseignante.
En clinique, Kimberly Martins remarque d’abord les mêmes choses. L’enfant a du mal à reconnaître ou à nommer des lettres ou des sons, et à découper un mot en sons puis à les assembler. Il peine à prononcer les mots longs et peut inverser des syllabes. Il semble oublier ce qu’il vient d’apprendre. Certains ont aussi du mal à reconnaître et à nommer les chiffres.
| Année | Ce qu’on travaille à l’école | Signes à surveiller | Quoi faire |
|---|---|---|---|
| Maternelle 4 ans | Comptines, rimes, syllabes; reconnaître les lettres de son prénom | N’aime pas du tout jouer avec les sons; retient difficilement les comptines; a parlé tard | Jouer avec les sons à la maison; en parler à l’enseignante |
| Maternelle 5 ans | Rimes, syllabes, premiers sons; nom et son de la plupart des lettres | Connaît peu de lettres en fin d’année; ne trouve pas le premier son d’un mot; prononce difficilement les mots longs; écrit difficilement son prénom | Demander où il en est; consulter s’il y a des antécédents familiaux |
| 1re année | Associer les lettres et les sons; déchiffrer des mots simples | Ne fait pas le lien entre la lettre et le son; oublie vite ce qu’il vient d’apprendre; lit très lentement, mot à mot | Demander au premier bulletin ce qui est mis en place |
| 2e année | Lire plus vite; écrire les mots correctement | Lecture lente et hésitante; fautes qui ne suivent pas les sons; fatigue ou évitement | Demander un plan d’intervention; envisager une évaluation |
En maternelle 4 ans, regardez surtout le jeu avec les sons. Un enfant de cet âge aime souvent les comptines et les mots qui riment. Celui qui s’en détourne, qui ne retient pas les chansons ou qui parlait tard mérite qu’on l’observe, sans s’inquiéter. On n’attend pas de lui qu’il lise.
En maternelle 5 ans, les lettres prennent leur place. En fin d’année, la plupart des enfants nomment la majorité des lettres et connaissent leur son. Un enfant qui en connaît très peu en juin, malgré les activités en classe, est sous le repère du ministère. C’est le bon moment pour en parler, surtout si la dyslexie est présente dans la famille.
En 1re année, l’enfant apprend à déchiffrer. Au début, tout le monde lit lentement. Le signal, c’est l’enfant qui ne fait toujours pas le lien entre les lettres et les sons après quelques mois. Il peut aussi dire les mots par cœur sans vraiment les lire, ou s’épuiser sur chaque mot.
En 2e année, on attend une lecture plus fluide. L’enfant dyslexique lit encore lentement, en hésitant, et ses fautes ne suivent pas les sons du mot. Il peut éviter la lecture, se fatiguer vite ou dire qu’il « n’est pas bon ». Si on lui lit le texte, il le comprend bien (Centre de services scolaire des Hauts-Cantons, 2015).
Inverser b et d, est-ce un signe de dyslexie ?
Pas à lui seul. La plupart des enfants de 5 et 6 ans inversent des lettres, et dans une étude, ceux qui ont ensuite eu du mal à lire n’en inversaient pas plus que les autres. Les inversions s’estompent avec la pratique : l’enfant finit par apprendre la bonne façon, rappelle Kimberly Martins. Les signes plus parlants sont ailleurs : les sons, les lettres, la lenteur.
C’est sans doute l’idée la plus répandue sur la dyslexie. Une étude américaine a suivi cent trente enfants de 5 et 6 ans : les inversions étaient fréquentes chez tous, et elles ne prédisaient pas les difficultés de lecture plus tard (Treiman et collab., 2014). Écrire son prénom à l’envers à 5 ans est donc courant. Cela ne veut pas dire pour autant que les inversions ne comptent jamais : si elles s’ajoutent aux autres signes, parlez-en.
« C’est un problème de vue. » Non. Les enfants dyslexiques ont la même vision que les autres. Les exercices pour les yeux, la thérapie visuelle et les lentilles colorées ne traitent pas la dyslexie (American Academy of Pediatrics et collab., 2009). Un examen de la vue reste une bonne idée pour écarter un problème visuel, mais il ne remplace pas une évaluation de la lecture.
« Ça va passer en grandissant. » Pas sans aide. Les enfants dyslexiques ne rattrapent pas leur retard simplement en grandissant (Shaywitz et collab., 1999). Avec une aide ciblée, ils progressent beaucoup. C’est ce qui rend les premières années si importantes.
« Lisez-lui plus d’histoires. » Lire des histoires à votre enfant est précieux : il apprend des mots, découvre les livres et aime ce moment. Mais cela ne lui apprend pas à déchiffrer. Pour cela, il a besoin qu’on lui enseigne de façon explicite les sons et les lettres (Handler et collab., 2011). Continuez les histoires, et ajoutez cet enseignement.
« C’est le français qui est trop difficile pour lui. » Si l’enfant apprend le français comme langue seconde, la question est légitime. Elle a sa propre section, plus bas.

Pourquoi ne pas attendre deux ans de retard
Certains documents scolaires disent qu’on n’identifie pas la dyslexie avant deux années de primaire. C’est vrai pour le diagnostic, pas pour l’aide. Les enfants aidés en 1re ou en 2e année ont progressé presque deux fois plus que ceux aidés en 3e année. L’étiquette peut attendre; l’aide, non.
On entend souvent qu’il faut deux ans de retard en lecture pour parler de dyslexie. Cette règle vient d’une bonne intention : ne pas coller trop vite une étiquette à un enfant qui apprend simplement à son rythme. Elle concerne le diagnostic. Elle ne dit pas qu’il faut attendre pour aider.
Or le temps compte. Une étude nord-américaine a suivi des enfants en difficulté de lecture qui ont reçu la même aide, à des âges différents (Lovett et collab., 2017). Ceux qui l’ont reçue en 1re ou en 2e année ont progressé presque deux fois plus en lecture de mots que ceux aidés en 3e année. Les enfants de 3e année ont aussi progressé : il n’est jamais trop tard. Mais plus tôt, c’est plus facile.
D’autres travaux vont dans le même sens. Une analyse de vingt-cinq études montre que l’aide intensive, de la maternelle à la 3e année, améliore la lecture des enfants en difficulté (Wanzek et collab., 2018).
Au Québec, des chercheurs et des écoles proposent d’abandonner l’approche « attendre l’échec avant d’intervenir » et de dépister dès la maternelle (Bonneau et Desrochers, 2016). En Ontario, la Commission des droits de la personne conclut que l’intervention est la plus efficace en maternelle et en 1re année (2022).
Kimberly Martins le précise : on ne peut poser un diagnostic de dyslexie ou de dysorthographie que vers la 3e année, une fois les apprentissages de base en lecture et en écriture terminés. Mais des difficultés de conscience phonologique en maternelle ou en 1re année justifient déjà une consultation, et de l’aide au besoin, sans attendre tout ce temps.
L’étiquette peut attendre; l’aide, non.
Ne pas attendre ne veut pas dire s’alarmer. Cela veut dire en parler tôt avec l’enseignante, demander ce qui est mis en place à l’école, et revoir la situation après quelques semaines. Si les progrès ne viennent pas, une évaluation permet de comprendre pourquoi. Et au Québec, le plan d’intervention n’exige pas de diagnostic.

Dyslexie ou trouble du langage : quelle différence ?
La dyslexie touche la lecture et l’écriture des mots. Le trouble développemental du langage (TDL) touche la compréhension et l’utilisation du langage oral. Ce sont deux troubles distincts, mais ils vont souvent ensemble. L’enfant qui a les deux a le plus de difficulté à comprendre ce qu’il lit. L’orthophoniste évalue les deux.
L’enfant dyslexique bute sur les mots écrits. Quand on lui lit le texte, il le comprend bien (Centre de services scolaire des Hauts-Cantons, 2015). L’enfant qui a un TDL a plutôt du mal avec le vocabulaire, les phrases et la compréhension, à l’oral comme à l’écrit. Il peut déchiffrer correctement un texte sans bien en saisir le sens.
Les deux se croisent souvent. Parmi les enfants dyslexiques suivis en clinique, environ la moitié ont aussi un langage oral faible, et l’inverse est vrai aussi (McArthur et collab., 2000). Dans la population générale, le chevauchement est plus petit : environ un enfant sur cinq à un sur trois (Adlof et Hogan, 2018). Ce sont donc deux troubles distincts qui vont souvent ensemble.
Pourquoi est-ce important ? L’enfant qui a les deux a le plus de difficulté à comprendre ce qu’il lit. Son aide doit viser ses vrais besoins, à l’oral et à l’écrit, peu importe l’étiquette (Snowling et collab., 2020). C’est là que l’orthophoniste est utile : elle évalue le langage oral et le langage écrit ensemble.
Enfant bilingue à l’école en français : langue seconde ou dyslexie ?
Un vrai trouble de lecture se voit dans les deux langues. Si un enfant peine à lire seulement en français, alors que tout va bien dans sa langue maternelle, ce n’est pas un trouble. Selon des chercheurs de McGill, la dyslexie ne devrait pas empêcher un enfant d’apprendre à lire dans deux langues.
À Montréal, beaucoup d’enfants apprennent à lire en français alors que ce n’est pas la langue de la maison. Certains vont à l’école française, d’autres sont en immersion. Quand la lecture est difficile, les parents se demandent naturellement si c’est la langue ou autre chose.
Fred Genesee, de l’Université McGill, et Caroline Erdos, orthophoniste, ont répondu à cette question dans une foire aux questions sur l’immersion (2019). Leur repère : si un enfant a un trouble du langage ou de la lecture, il sera évident dans les deux langues. C’est la même règle que dans notre article sur la différence et le trouble chez l’enfant bilingue.
Ils précisent aussi qu’aucune étude ne répond directement à la question de la dyslexie en immersion. Leur lecture des données : la dyslexie ne devrait pas empêcher un enfant d’apprendre à lire et à écrire dans deux langues (Genesee et Erdos, 2019). Les données sur les enfants allophones au Québec restent minces, mais les études canadiennes en immersion apportent des repères.
Des tests faits dans la langue de la maison, dès la maternelle, aident déjà à repérer le risque de difficulté en lecture en français (Erdos et collab., 2014). Et un enfant en immersion qui a du mal à lire les mots en français a souvent du mal en anglais aussi. Cette difficulté tend à durer : ce n’est pas « juste la langue seconde » (MacKay et collab., 2023).
Gardez la langue de la maison bien vivante. Parler, lire et raconter des histoires dans cette langue aide aussi la langue seconde (Genesee et Erdos, 2019). Vous n’avez pas à passer au français à la maison pour aider votre enfant à lire en français.
La Charte de la langue française prévoit une exception : un enfant qui a des difficultés graves d’apprentissage peut, à la demande d’un parent, être exempté de l’école en français (art. 81). C’est une décision lourde, qui se prend avec l’équipe-école et les professionnels qui connaissent votre enfant.
Pour distinguer les deux, Kimberly Martins regarde si les erreurs diffèrent d’une langue à l’autre, et si l’enfant transpose ce qu’il sait d’une langue à l’autre. La prononciation de certains sons peut aussi être légèrement touchée. Dans l’ensemble, si le français est sa langue scolaire, un enfant sans trouble du langage ou d’apprentissage devrait lire et écrire comme les autres vers la 3e année, bilingue ou non.

Qui fait quoi au Québec et en Ontario ?
À l’école, l’enseignante et l’orthopédagogue aident en premier, et un plan d’intervention n’exige pas de diagnostic. Au Québec, l’orthophoniste et le neuropsychologue peuvent diagnostiquer la dyslexie. En Ontario, les écoles dépistent la lecture de la maternelle à la 2e année.
À l’école, au Québec. L’enseignante est la première à voir les difficultés. L’orthopédagogue évalue la lecture et l’écriture à l’école et aide l’enfant, seul ou en petit groupe. Elle ne pose pas de diagnostic, et travaille souvent déjà avec des élèves en difficulté, en prévention. Quand un élève est en difficulté d’apprentissage, la direction établit un plan d’intervention avec les parents et le personnel (Loi sur l’instruction publique, art. 96.14).
Ce plan ne demande pas de diagnostic. Le gouvernement du Québec précise que les services sont offerts à partir de l’évaluation des besoins de l’élève, « sans égard au diagnostic ». Vous pouvez donc le demander dès que les difficultés durent.
Un diagnostic reste utile. Selon Kimberly Martins, il aide l’école à mieux cerner les accommodements et les modifications dont l’enfant a besoin, et à lui attribuer le bon code. Plus tard, au cégep, un élève sans diagnostic n’obtient ni soutien ni accommodements.
Le diagnostic, au Québec. Le Code des professions permet à l’orthophoniste de « diagnostiquer les troubles du langage et les troubles d’apprentissage en lien avec le langage » (art. 37.1). Selon Kimberly Martins, l’orthophoniste et le neuropsychologue peuvent tous deux diagnostiquer un trouble d’apprentissage lié au langage, soit la dyslexie ou la dysorthographie.
Ils ne regardent pas tout à fait la même chose. L’orthophoniste examine aussi le langage oral : l’enfant a-t-il un trouble du langage oral qui touche l’écrit, un trouble du langage écrit seul, ou les deux ? Le neuropsychologue regarde de plus près l’attention, la mémoire de travail, les fonctions exécutives et le quotient intellectuel, pour écarter d’autres causes.
Souvent, le neuropsychologue fait la première évaluation, puis dirige l’enfant vers l’orthophoniste pour l’intervention. L’orthophoniste doit parfois évaluer le langage plus à fond pour bâtir le plan d’aide. Notre article sur le déroulement d’une évaluation en orthophonie explique les étapes.
En Ontario. Depuis 2023, les écoles doivent dépister la lecture de tous les élèves au jardin d’enfants, en 1re et en 2e année. Le premier dépistage a lieu avant la mi-novembre (ministère de l’Éducation de l’Ontario, NPP 168, 2023). L’aide ne devrait pas attendre un diagnostic (Commission ontarienne des droits de la personne, 2022).
En Ontario, le diagnostic de dyslexie relève des psychologues. Les orthophonistes y décrivent les difficultés de lecture et d’écriture, peuvent conclure à un trouble du langage, et orientent la famille (Ordre des audiologistes et des orthophonistes de l’Ontario, 2025). Nos orthophonistes accompagnent aussi les familles ontariennes en télépratique.
Le premier bulletin : quoi demander à l’enseignante
Au Québec, l’école envoie une première communication écrite au plus tard le 15 octobre, puis un premier bulletin au plus tard le 20 novembre (Régime pédagogique, art. 29 et 29.1). Quand un élève a de la difficulté, l’école doit donner des nouvelles au moins une fois par mois (art. 29.2). Cela vaut aussi pour un enfant de maternelle qui pourrait ne pas être prêt pour la 1re année.
Le bulletin est une bonne occasion d’en parler. Voici quelques questions à poser :
- Où en est-il pour le nom et le son des lettres ?
- Qu’est-ce qui est déjà mis en place en classe pour l’aider ?
- L’orthopédagogue peut-elle le voir ?
- Quand ferons-nous le point ensemble ?
- Faudrait-il un plan d’intervention ?

Ce que vous pouvez faire dès maintenant à la maison
Jouez avec les sons et les rimes, nommez les lettres et leurs sons, et lisez ensemble chaque jour dans la langue que vous parlez le mieux. Parlez des histoires et gardez la lecture agréable. Ces gestes aident tous les enfants. Ils ne remplacent pas l’aide à l’école, mais ils la prolongent.
Quelques minutes par jour suffisent. L’important est la régularité, pas la durée. Dans la voiture, au souper, à l’épicerie : les occasions ne manquent pas.
Jouez avec les sons. Cherchez des mots qui riment avec « chat ». Tapez les syllabes de « ba-na-ne ». Demandez par quel son commence « soleil ». Ces jeux travaillent directement la conscience phonologique.
Nommez les lettres et leurs sons. Choisissez une lettre de la semaine. Trouvez-la sur les boîtes de céréales et les panneaux, et dites son son : « S fait sss, comme serpent ». En 1re année, faites lire à votre enfant des mots courts qu’il peut déchiffrer.
Lisez ensemble chaque jour, dans votre langue la plus forte. Lire dans la langue de la maison aide aussi la langue seconde (Genesee et Erdos, 2019). Parlez de l’histoire : ce qui va arriver, pourquoi le personnage est fâché. Cela nourrit le vocabulaire et la compréhension.
Gardez la lecture agréable. Une lecture courte et joyeuse vaut mieux qu’une longue séance tendue. Si votre enfant peine, lisez à tour de rôle, une page chacun. Soulignez ses efforts plus que ses erreurs.
Kimberly Martins insiste sur la lecture. Lisez le plus souvent possible, avec des livres variés. Commencez par le titre, et pointez les mots en les disant. Chantez des comptines et des chansons : c’est excellent pour les rimes. Faites voir de l’écrit dans les bricolages. Demandez à votre enfant de raconter l’histoire, et posez-lui des questions. La compréhension orale prépare la compréhension en lecture.
L’enseignement explicite des sons et des lettres est ce qui aide le plus les enfants à risque (Handler et collab., 2011). À la maison, vous le prolongez. Notre fiche imprimable résume les signes par année et les questions à poser à l’enseignante.

Quand consulter une orthophoniste sans attendre
Consultez quand plusieurs signes durent malgré l’enseignement, quand un parent ou un frère ou une sœur est dyslexique, quand votre enfant a déjà eu un retard de langage, ou simplement quand vous êtes inquiet. Une évaluation tôt ne colle pas une étiquette : elle explique ce qui bloque et oriente l’aide.
Il n’est pas nécessaire d’attendre le diagnostic de l’école ni deux ans de retard. Consultez une orthophoniste si votre enfant :
- en fin de maternelle 5 ans, connaît peu de lettres ou n’arrive pas à jouer avec les sons, malgré les activités en classe;
- à la mi-année de 1re année, a encore du mal à reconnaître ou à nommer des lettres ou des sons;
- dès 4 ou 5 ans, a du mal à prononcer certains mots ou mélange des parties de mots longs;
- a du mal à se rappeler une information, à répondre à des questions, à suivre des consignes ou à faire des étapes dans l’ordre;
- en 2e année, lit encore très lentement, avec beaucoup d’effort, et évite de lire;
- a un parent, un frère ou une sœur dyslexique, et montre déjà quelques-uns de ces signes;
- a eu un retard ou un trouble du langage, ou a encore du mal à comprendre ou à faire des phrases.
Pour Kimberly Martins, les signes à 4 ou 5 ans et à la mi-année de 1re année sont des raisons de ne pas attendre l’école.
Si votre enfant apprend à lire en français mais que sa langue maternelle est une autre langue, dites-le à l’orthophoniste. Elle tiendra compte des deux langues dans son évaluation.
Pour en savoir plus sur notre accompagnement, voyez notre page sur l’aide en lecture et en écriture. Vous pouvez aussi lire comment se passe une évaluation en orthophonie chez VoxLingue.
Ce qu’il faut retenir
La dyslexie ne se diagnostique souvent qu’après deux années d’école, mais ses premiers signes se voient bien avant, dès la maternelle. Ils s’entendent d’abord : les sons, les rimes, le nom et le son des lettres. Un signe seul ne veut rien dire; un ensemble de signes qui dure mérite qu’on en parle.
L’étiquette peut attendre, l’aide non. Au Québec, l’école peut aider votre enfant sans diagnostic, et une orthophoniste peut vous dire ce qui bloque. À la maison, quelques minutes de jeux de sons et de lecture partagée chaque jour font une vraie différence.
Prochaine étape
Imprimez notre fiche « Signes de dyslexie par année scolaire, et questions à poser à l’enseignante » et apportez-la à votre prochaine rencontre avec l’enseignante. Si la lecture de votre enfant vous inquiète, nos orthophonistes peuvent l’évaluer en clinique à Montréal ou en télépratique partout au Québec et en Ontario. Pour aller plus loin, explorez notre section Littératie et récit.
Fiche imprimable : Signes de dyslexie par année scolaire, et questions à poser à l’enseignante (PDF).
Questions fréquentes
À quel âge peut-on diagnostiquer la dyslexie ?
Le diagnostic se pose souvent vers la 2e ou la 3e année, quand l’enfant a eu le temps d’apprendre à lire. Mais les signes se voient bien avant, dès la maternelle, et l’aide n’a pas à attendre. Au Québec, l’école peut mettre en place un plan d’intervention sans diagnostic.
Mon enfant de 5 ans écrit son nom à l’envers : dois-je m’inquiéter ?
Pas pour cette seule raison. À 5 et 6 ans, la plupart des enfants inversent des lettres, et ce n’est pas ce qui annonce une difficulté de lecture (Treiman et collab., 2014). Regardez plutôt s’il connaît ses lettres et leur son, et s’il aime jouer avec les rimes.
Faut-il un diagnostic pour avoir un plan d’intervention ?
Non. Au Québec, la direction de l’école établit le plan d’intervention avec les parents pour un élève en difficulté d’apprentissage (Loi sur l’instruction publique, art. 96.14). Les services sont offerts selon les besoins de l’élève, sans égard au diagnostic. Vous pouvez en faire la demande dès que les difficultés durent.
L’orthophoniste peut-elle diagnostiquer la dyslexie au Québec ? Et en Ontario ?
Au Québec, oui. Le Code des professions permet à l’orthophoniste de diagnostiquer les troubles d’apprentissage liés au langage (art. 37.1), et le neuropsychologue peut aussi poser ce diagnostic. En Ontario, le diagnostic de dyslexie relève des psychologues; les orthophonistes décrivent les difficultés et orientent la famille.
La dyslexie est-elle héréditaire ?
En bonne partie. Quand un parent, un frère ou une sœur est dyslexique, près d’un enfant sur deux le devient aussi, contre environ un sur neuf autrement (Snowling et Melby-Lervåg, 2016). Les gènes expliquent environ la moitié des différences entre les enfants. L’environnement, dont l’enseignement, compte aussi.
Mon enfant avait un trouble des sons de la parole : risque-t-il la dyslexie ?
Peu, si c’est sa seule difficulté. Un trouble des sons de la parole seul a peu d’effet sur la lecture. Le risque augmente quand il s’ajoute un trouble du langage ou des antécédents familiaux (Hayiou-Thomas et collab., 2017). Dans ce cas, surveillez de près les lettres et les sons en maternelle.
Les lunettes ou les lentilles colorées aident-elles ?
Non. La dyslexie n’est pas un problème de vision. Les lentilles colorées, la thérapie visuelle et les exercices pour les yeux ne la traitent pas (American Academy of Pediatrics et collab., 2009). Un examen de la vue reste utile pour écarter un problème visuel, mais l’aide efficace porte sur les sons et les lettres.
Faut-il le retirer de l’école française ou de l’immersion ?
Rien ne montre que c’est nécessaire. Selon des chercheurs de McGill, la dyslexie ne devrait pas empêcher un enfant d’apprendre à lire dans deux langues (Genesee et Erdos, 2019). C’est une décision importante, à prendre avec l’équipe-école et les professionnels qui connaissent votre enfant.
La dyslexie, ça se guérit ?
La dyslexie dure toute la vie, mais elle n’empêche pas d’apprendre. Avec une aide ciblée, l’enfant apprend à lire et progresse beaucoup, surtout si elle commence tôt (Lovett et collab., 2017). Des adaptations, comme plus de temps aux examens, l’aident ensuite à montrer ce qu’il sait.
Lui lire des histoires, est-ce suffisant ?
C’est précieux, mais pas suffisant pour apprendre à lire. Les histoires nourrissent le vocabulaire, la compréhension et le plaisir des livres. Pour déchiffrer, l’enfant a besoin qu’on lui enseigne de façon explicite les sons et les lettres (Handler et collab., 2011). Gardez les deux.
Que fait l’orthopédagogue ?
L’orthopédagogue est une spécialiste des difficultés d’apprentissage qui travaille souvent à l’école. Elle évalue la lecture et l’écriture de l’élève et l’aide, seul ou en petit groupe. Elle ne pose pas de diagnostic. Elle travaille avec l’enseignante, les parents et, au besoin, l’orthophoniste ou le neuropsychologue.
Qu’est-ce que le dépistage de la lecture en Ontario ?
Depuis 2023, les écoles de l’Ontario doivent dépister la lecture de tous les élèves au jardin d’enfants, en 1re et en 2e année. Le dépistage porte sur les lettres, les sons et la lecture de mots. Le premier a lieu avant la mi-novembre, et un second en mars pour les élèves sous le repère.


