Retard de langage ou autisme ? Ce que les professionnels regardent au-delà des mots

Votre enfant a 2 ans et dit encore peu de mots. Le médecin vous a peut-être conseillé d’attendre. Ou c’est une éducatrice, un proche ou le médecin qui a parlé d’autisme en premier, et vous vous demandez s’ils ont raison. Et un soir, vous avez cherché en ligne, pour tomber sur des listes de signes qui inquiètent plus qu’elles n’éclairent.
Vous n’êtes pas seuls à vous demander : retard de langage ou autisme ? Un enfant qui parle peu est souvent la première inquiétude des parents, que l’enfant soit finalement un parleur tardif, un enfant autiste, les deux, ou ni l’un ni l’autre. C’est justement ce qui rend la question difficile : vers 2 ans, le nombre de mots ne suffit pas à faire la différence.
Ce guide explique ce que les professionnels regardent au-delà du retard de langage, pourquoi la réponse est souvent « les deux » ou « pas encore », qui évalue quoi au Québec et quoi faire dès cette semaine.
Ce guide ne remplace pas une évaluation. Et une orthophoniste ne pose pas de diagnostic d’autisme : elle évalue la communication, et son évaluation aide l’équipe qui pose le diagnostic. Pour aller plus loin sur les premiers mots, notre section sur le langage précoce et les parleurs tardifs complète cette lecture.
Retard de langage ou autisme : pourquoi est-ce si difficile à distinguer vers 2 ans ?
Parce qu’à cet âge, le nombre de mots peut être le même. Les tout-petits autistes et les parleurs tardifs ont souvent un vocabulaire très semblable, et parler peu est la première inquiétude dans les deux cas. Ce qui diffère, c’est surtout la façon dont l’enfant communique avec les autres. Aucun signe pris seul ne permet de conclure.
Les recherches le montrent bien. Quand on compare les mots que disent et comprennent des tout-petits autistes et des parleurs tardifs du même âge, les vocabulaires se ressemblent beaucoup (Ellis Weismer et collègues, 2011). Compter les mots ne suffit donc pas pour savoir ce qui se passe.
Le point de départ est souvent le même, lui aussi. Chez les enfants autistes, le langage est très souvent la première chose qui inquiète les parents (De Giacomo et Fombonne, 1998). Mais c’est aussi la première inquiétude des parents d’enfants qui ont d’autres retards de développement (Kozlowski et collègues, 2011). Un enfant qui parle peu peut donc emprunter bien des chemins différents.
Les professionnels québécois le reconnaissent officiellement. Le Collège des médecins du Québec et l’Ordre des psychologues du Québec l’écrivent dans leurs lignes directrices. Une évaluation en orthophonie peut être demandée tôt, « compte tenu de la difficulté à différencier de prime abord un trouble du langage et un TSA » (2012). Elles ajoutent qu’aucun comportement pris isolément ne permet de conclure. C’est l’ensemble qui compte.
Si votre enfant a surtout peu de mots, mais qu’il comprend, pointe et joue avec vous, notre guide sur l’enfant qui parle tard explique quand s’inquiéter et quoi faire.

Au-delà des mots : qu’est-ce que les professionnels observent ?
Ils regardent comment votre enfant partage son attention et communique sans mots. Pointe-t-il pour vous montrer quelque chose, pas seulement pour demander ? Suit-il votre regard ? Réagit-il à son prénom ? Imite-t-il vos gestes ? Comprend-il une petite consigne sans geste ? Ces habiletés en disent souvent plus que le nombre de mots.
Avant les premiers mots, les bébés communiquent déjà. Vers 12 à 18 mois, la plupart pointent du doigt pour demander, puis pour montrer, tendent un objet, saluent de la main et regardent là où l’adulte regarde. Les professionnels appellent ça l’attention conjointe : deux personnes qui regardent la même chose, et qui savent qu’elles la regardent ensemble.
Chez un parleur tardif, ces habiletés sont souvent bien présentes. L’enfant dit peu de mots, mais il pointe, il montre, il imite et il comprend beaucoup. Chez les tout-petits autistes, c’est plus souvent la façon de partager l’attention, d’imiter et de regarder l’autre qui est différente (Charman et collègues, 1997). Et les enfants qui comprennent bien et utilisent beaucoup de gestes rattrapent plus souvent leur retard de mots.
Le tableau suivant présente ce que les professionnels observent et pourquoi. Ce n’est pas un test. Il vous aide à remarquer des choses dont vous pourrez parler au médecin ou à l’orthophoniste.
| Ce que vous pouvez remarquer | Pourquoi les professionnels le regardent | Bon à savoir |
|---|---|---|
| Il pointe pour vous montrer quelque chose (un avion, un chien), pas seulement pour demander | Pointer pour partager, c’est vouloir que vous regardiez la même chose que lui | Pointer pour avoir un biscuit et pointer pour montrer un chien ne disent pas la même chose |
| Il vous apporte ou vous tend un objet juste pour vous le montrer | C’est une autre façon de partager un intérêt, sans mots | Certains enfants vous prennent plutôt par la main pour vous mener vers ce qu’ils veulent |
| Il regarde là où vous pointez ou là où vous regardez | Suivre l’attention de l’adulte aide à relier les mots aux choses | Essayez dans un endroit calme, avec un objet qui l’intéresse |
| Il se retourne souvent quand on l’appelle par son prénom | La réaction au prénom fait partie des signes que le médecin regarde | Une réaction irrégulière peut venir de l’audition : faites-la vérifier d’abord. Beaucoup d’enfants autistes réagissent aussi à leur prénom |
| Il imite vos gestes et vos sons (bravo, bye-bye, bruits d’animaux) | L’imitation ouvre la porte aux nouveaux mots | Il imite parfois plus facilement pendant un jeu qu’il aime |
| Il communique avec des gestes : saluer, faire non de la tête, tendre les bras | Beaucoup de gestes avec peu de mots, c’est plutôt encourageant | Les gestes ne retardent pas la parole : ils la préparent |
| Il comprend une petite consigne sans geste (« va chercher tes souliers ») | Une bonne compréhension est un des meilleurs signes pour la suite | Dans une famille bilingue, vérifiez dans chaque langue |
| Il aime les jeux d’échange avec vous (coucou, faire rouler un ballon) | Ces jeux montrent l’envie d’interagir et de prendre son tour | Le plaisir partagé compte plus que la durée du jeu |
| Ses mots servent à demander, mais aussi à saluer, commenter ou attirer votre attention | La façon d’utiliser les mots en dit autant que leur nombre | Répéter des phrases entendues (l’écholalie) est une façon d’apprendre le langage, chez certains enfants autistes et chez d’autres |
Aucune ligne de ce tableau ne permet de conclure. Un enfant peut faire presque tout ce qui y figure et avoir besoin d’une évaluation. Un autre peut ne pas encore faire certaines choses et se développer sans difficulté. C’est l’ensemble, observé dans le temps par des professionnels, qui compte. La Société canadienne de pédiatrie le dit clairement : aucun signe isolé ne confirme ni n’exclut l’autisme (2019).
Lors d’une première rencontre, l’orthophoniste observe aussi votre enfant en action. Elle regarde comment il interagit avec vous pendant le jeu, puis avec elle, une personne qu’il ne connait pas. Elle observe comment il manipule les jouets et explore un nouvel endroit. Elle place parfois un jouet qu’il aime à sa vue, mais hors de sa portée, pour voir comment il s’y prend pour l’obtenir.
Pour situer votre enfant par rapport aux étapes habituelles, notre guide des étapes du langage de 0 à 5 ans présente les repères par âge, y compris chez les enfants qui apprennent plusieurs langues.

Et le contact visuel ?
Le contact visuel ne permet ni de confirmer ni d’écarter l’autisme. Beaucoup d’enfants autistes regardent leurs parents dans les yeux, surtout dans les moments qu’ils aiment. Et des personnes non autistes évitent parfois le regard, comme beaucoup de personnes qui bégaient. « Il me regarde dans les yeux, donc ce n’est pas ça » est l’idée reçue que nos orthophonistes corrigent le plus souvent.
Et le jeu de faire semblant ?
Faire semblant de boire dans une tasse vide ou de nourrir une poupée apparait graduellement entre 18 mois et 3 ans. Vers 20 mois, ce type de jeu est souvent encore absent chez les parleurs tardifs comme chez les enfants autistes (Charman et collègues, 1997). À cet âge, son absence seule ne veut donc pas dire grand-chose. Les professionnels le regardent avec le reste, plus tard.
Retard de langage ou autisme… ou les deux ?
Ce n’est souvent pas l’un ou l’autre. Un enfant autiste peut avoir un trouble du langage, et certains enfants qui ont un trouble du langage ont des différences dans la communication sociale. Au Québec, un trouble de la communication est même le diagnostic le plus fréquent avant celui d’autisme. « On ne sait pas encore » est une réponse honnête.
Les deux se chevauchent plus qu’on le croit. Des études montrent que plusieurs enfants autistes ont aussi un trouble du langage, semblable à celui d’enfants non autistes (Kjelgaard et Tager-Flusberg, 2001). À l’inverse, une partie des enfants qui ont un trouble développemental du langage montrent des différences dans la communication sociale (Leyfer et collègues, 2008).
Les données québécoises vont dans le même sens. L’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) a suivi les enfants ayant reçu un diagnostic d’autisme. Chez eux, les troubles de la communication étaient le diagnostic antérieur le plus fréquent (2022). Autrement dit, beaucoup d’enfants autistes ont d’abord été vus pour leur langage.
Quand l’autisme est confirmé, l’orthophoniste ne change pas d’avis : elle précise son portrait. Selon le guide de l’OOAQ sur le trouble développemental du langage, sa conclusion devient alors un trouble du langage associé à l’autisme. Les besoins de communication de l’enfant, eux, restent les mêmes. Notre page sur les retards et troubles du langage explique ce que l’orthophoniste évalue.

Pourquoi « pas encore » est une vraie réponse
Entre 18 mois et 3 ans, le développement change vite. Certaines questions demandent du temps et plusieurs observations avant qu’un professionnel puisse y répondre. « Pas encore » ne veut pas dire que personne ne vous écoute. Ça veut dire qu’on regarde l’évolution avant de conclure.
En séance, l’orthophoniste ne voit qu’un moment de la vie de votre enfant. Vous, vous le connaissez mieux que personne : si vous êtes inquiets, ça mérite d’être pris au sérieux. Et l’orthophonie ressemble beaucoup, avec ou sans évaluation du développement global. On part des besoins de votre enfant et on ajuste en cours de route.
Mais « pas encore » ne veut pas dire « attendre sans rien faire ». Le but d’une évaluation n’est ni d’éviter une étiquette ni d’en obtenir une. C’est de comprendre comment votre enfant communique et ce qui l’aide. Quelle que soit la réponse, la prochaine étape est la même : soutenir sa communication, dès maintenant.
Il disait des mots et ne les dit plus : quand consulter rapidement ?
Une perte de mots ou d’habiletés sociales, à tout âge, mérite une visite rapide chez le médecin. Ce n’est pas un diagnostic. C’est une raison de ne pas attendre. Une perte d’acquis peut avoir plusieurs causes, et le médecin est la bonne personne pour commencer à les examiner.
Une perte d’acquis, c’est par exemple un enfant qui disait « maman », « encore » ou « bye-bye » et qui ne les dit plus depuis quelques semaines. Ou un enfant qui pointait, saluait ou jouait à coucou, et qui ne le fait plus. Les guides cliniques consultés, au Québec comme ailleurs, en font tous une raison de consulter sans attendre.
Ce n’est pas toujours aussi net. Chez beaucoup d’enfants, les différences apparaissent graduellement, et les parents ne remarquent pas de « perte » claire (Ozonoff et collègues, 2010). Si vous avez l’impression que votre enfant fait moins qu’avant, faites confiance à cette impression et parlez-en.
D’autres signes méritent aussi un rendez-vous avec le médecin. La Société canadienne de pédiatrie et le Collège des médecins du Québec citent notamment :
| Vers quel âge (approximatif) | Ce qui mérite d’en parler au médecin |
|---|---|
| Vers 12 mois | Peu ou pas de gestes (pointer, saluer de la main); peu de réaction à son prénom |
| Vers 16 à 18 mois | Aucun mot; ne pointe pas pour montrer |
| Vers 24 mois | Peu ou pas de combinaisons de deux mots (« encore lait », « papa parti ») |
| À tout âge | Une perte de mots ou d’habiletés sociales |
Ces repères servent à décider quand consulter, pas à conclure. Ils viennent surtout d’études menées auprès d’enfants anglophones. Chez un enfant qui apprend deux langues, on compte les mots dans toutes ses langues ensemble. Et dans tous les cas, faites vérifier l’audition : un enfant qui entend mal peut sembler ne pas réagir à son prénom.

Qui évalue quoi au Québec ?
Le médecin de famille ou le pédiatre regarde le développement global et oriente. Le CLSC dépiste les retards de développement, sans référence. L’orthophoniste évalue la communication. Le diagnostic d’autisme est posé par un médecin, un psychologue ou un neuropsychologue. Ces évaluations se complètent : aucune ne remplace les autres.
Le parcours varie d’une région à l’autre, mais il commence souvent au même endroit. Vous pouvez parler de vos inquiétudes au médecin de famille ou au pédiatre. Il regarde le développement global, fait vérifier l’audition et oriente vers les bons services. Vous pouvez aussi appeler le 811 ou votre CLSC directement : le dépistage y est offert de la naissance à l’entrée à l’école, sans référence médicale.
Le programme Agir tôt, offert par les CLSC, s’adresse aux enfants de moins de 7 ans et à leur famille. Il est gratuit et volontaire. Le dépistage sert à repérer les retards de développement et à orienter l’enfant vers l’équipe du CLSC, qui réunit plusieurs professionnels. Le dépistage lui-même ne pose pas de diagnostic. Dans certaines régions, dont une partie de Montréal, ce passage au CLSC est d’ailleurs une étape préalable à une évaluation diagnostique dans le réseau public.
L’orthophoniste évalue la compréhension, l’expression, la parole et l’usage social du langage, dans chacune des langues de l’enfant. Elle peut conclure à un retard ou à un trouble du langage. Elle ne pose pas le diagnostic d’autisme. Son rapport aide toutefois l’équipe qui le pose, et oriente l’enfant vers les bons services.
Si ses observations suggèrent qu’une évaluation du développement global serait utile, elle vous l’explique : le langage peut n’être qu’une partie des difficultés. Un enfant qui a du mal à se réguler, sur le plan des émotions ou du mouvement, a aussi plus de mal à recevoir et à traiter le langage. Vous pouvez consulter une orthophoniste au public ou au privé, sans référence. Notre page sur l’évaluation en orthophonie explique comment elle se déroule.
Le diagnostic d’autisme, lui, est réservé aux médecins (surtout les pédiatres et les pédopsychiatres), aux psychologues et neuropsychologues, et aux infirmières praticiennes spécialisées en santé mentale (ministère de la Santé et des Services sociaux, 2024).
Comme ce diagnostic demande une évaluation globale, le médecin de famille oriente habituellement vers une équipe de plusieurs professionnels. Les délais varient selon la région et peuvent être longs. Certaines familles, souvent avec une assurance privée, choisissent une évaluation au privé auprès d’un psychologue ou d’un neuropsychologue. Dans les deux cas, rien ne vous oblige à attendre la fin de ce parcours pour aider votre enfant.
| Qui | Ce qu’il ou elle fait | Comment y accéder |
|---|---|---|
| Médecin de famille ou pédiatre | Regarde le développement global, fait vérifier l’audition, oriente | Rendez-vous habituel |
| CLSC (Agir tôt) | Dépiste les retards de développement, oriente vers les services | 811 ou votre CLSC, sans référence |
| Orthophoniste | Évalue la communication, conclut sur le langage, accompagne l’enfant et les parents | Public ou privé, sans référence |
| Audiologiste | Vérifie l’audition | Souvent par le médecin ou le CLSC |
| Médecin, psychologue ou neuropsychologue | Pose le diagnostic d’autisme | Public (par le CLSC ou le médecin) ou privé |

Le Canada ne fait pas comme les États-Unis
Une bonne partie de ce qu’on lit en ligne vient des États-Unis. Là-bas, les pédiatres font remplir un questionnaire de dépistage de l’autisme pour tous les enfants, à 18 et à 24 mois. Au Canada, la Société canadienne de pédiatrie juge les données insuffisantes pour recommander ce dépistage systématique. Elle recommande plutôt de suivre le développement de chaque enfant à chaque visite, et de réagir dès qu’une inquiétude apparait (2019).
Les questionnaires que vous trouvez en ligne, comme le M-CHAT, sont des outils de dépistage. Ils ne posent pas de diagnostic. Un résultat « à risque » veut souvent dire que l’enfant a besoin d’une évaluation de son développement, pas forcément qu’il est autiste. Si vous en avez rempli un et qu’il vous inquiète, apportez-le au médecin.
En Ontario
En Ontario, le diagnostic peut être posé par un médecin, un psychologue, un associé en psychologie ou une infirmière praticienne. Le Programme d’orthophonie préscolaire accueille les enfants de la naissance à l’entrée à l’école, sans recommandation du médecin. Le Programme ontarien des services en matière d’autisme offre aussi des programmes destinés aux parents de jeunes enfants.
Faut-il attendre le diagnostic pour commencer l’orthophonie ?
Non. Au Québec, le ministère de la Santé et des Services sociaux précise que les services, dont l’intervention, doivent être offerts même sans diagnostic. L’Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec indique qu’on peut commencer l’orthophonie dès qu’un trouble du spectre de l’autisme est soupçonné. Aider la communication n’a pas besoin d’étiquette.
Les textes sont clairs. Selon le ministère, « les services offerts, dont l’intervention, doivent être offerts même en l’absence d’un diagnostic afin de répondre aux besoins de l’enfant et de sa famille » (2024). Et selon l’OOAQ, « dès qu’un TSA est soupçonné, il est possible de débuter l’intervention orthophonique ».
La Société canadienne de pédiatrie va dans le même sens. Elle recommande d’orienter les enfants « immédiatement vers des services d’intervention précoce », sans attendre l’évaluation diagnostique (2019). Dans la réalité, certains services publics dépendent encore d’un diagnostic. Mais le principe est établi : les besoins de votre enfant passent avant l’étiquette.
Attendre pour voir n’est pas recommandé non plus. Les lignes directrices québécoises jugent « préjudiciable » de seulement rassurer les parents ou de leur conseiller d’attendre (2012). Beaucoup de parleurs tardifs rattrapent leur retard. Mais à 2 ans, personne ne peut prédire lesquels (Dale et collègues, 2003).

À quoi ressemble l’orthophonie avec un tout-petit
Avec un enfant de 2 ans, l’orthophonie passe par le jeu, et par vous. L’orthophoniste observe comment votre enfant communique, puis vous montre des façons simples d’enrichir vos échanges au quotidien : au bain, au repas, pendant le jeu. Le but : qu’il puisse demander, partager et se faire comprendre.
Les programmes d’accompagnement parental en sont un bon exemple. Le programme Hanen Parler, un jeu à deux (It Takes Two to Talk) s’adresse aux parents d’enfants qui ont un retard de langage. Le programme More Than Words, offert en anglais, s’adresse aux parents d’enfants autistes ou qui ont besoin de soutien en communication sociale. Des études montrent qu’un accompagnement parental précoce aide la communication des tout-petits, avant même un diagnostic (Whitehouse et collègues, 2021).
L’orthophonie ne « prévient » pas l’autisme, et personne ne peut promettre un résultat. Elle aide votre enfant à communiquer à sa façon, et vous aide à le comprendre. Notre approche est neuroaffirmative : le but est une communication confortable et efficace, pas de rendre l’enfant plus « typique ». Notre page sur la communication sociale et l’autisme présente cette approche.
Enfant bilingue : est-ce la faute des deux langues ?
Non. Apprendre deux langues ou plus ne cause ni l’autisme ni un retard de langage, et ne nuit pas au langage d’un enfant autiste. Deux études menées à Montréal le montrent. Pour avoir un portrait juste, on compte les mots dans toutes les langues de l’enfant, et on garde la langue de la maison.
Dans une première étude montréalaise, les enfants autistes exposés à deux langues n’avaient pas plus de retard de langage que les enfants autistes qui n’en entendaient qu’une (Hambly et Fombonne, 2012). Une seconde a montré que, chez les enfants autistes comme chez les autres, c’est la quantité de langue entendue qui prédit le vocabulaire (Gonzalez-Barrero et Nadig, 2018).
« Trop de langues le mêlent » est pourtant une idée que nos orthophonistes corrigent souvent. Le bilinguisme peut expliquer moins de mots dans une langue. Il n’explique pas un enfant qui, dans toutes ses langues, ne pointe pas, ne partage pas et ne réagit pas.
Quand un enfant reçoit un diagnostic d’autisme, une question revient souvent : faut-il continuer à l’élever dans deux langues ? Les études citées plus haut vont dans ce sens. Beaucoup d’enfants autistes ont aussi une langue préférée. Certains refusent la langue de la maison, trouvent l’anglais plus facile ou refusent le français à l’école. C’est fréquent, et l’orthophoniste peut vous guider.
Un enfant qui entre dans une garderie où l’on parle une nouvelle langue peut aussi parler très peu pendant une courte période. Ou délaisser la langue de la maison. Ce n’est pas la même chose qu’une perte d’habiletés, et l’orthophoniste peut vous aider à faire la différence. Notre article sur la différence entre bilinguisme et trouble du langage explique comment évaluer un enfant bilingue de façon juste.
Surtout, ne cessez pas de parler votre langue. L’OOAQ recommande d’utiliser la langue que vous maitrisez le mieux, pour des échanges plus fréquents et plus riches. C’est vrai pour tous les enfants, autistes ou non.

En attendant : quoi faire cette semaine ?
Prenez rendez-vous avec le médecin ou appelez le CLSC, et demandez un test d’audition. Notez ce que vous observez pendant une semaine et filmez deux ou trois courtes scènes du quotidien. Demandez à la garderie ce qu’elle remarque. Et commencez dès maintenant quelques habitudes simples qui aident tous les tout-petits à communiquer.
Les observations des parents sont précieuses. Notez, par exemple, s’il pointe pour montrer, s’il réagit à son prénom, quels gestes il utilise, ce qu’il comprend et quels mots il dit, dans chacune de ses langues. Notez aussi tout mot qu’il ne dit plus. De courtes vidéos aident beaucoup les professionnels, qui ne voient votre enfant que quelques minutes. Les éducatrices de la garderie peuvent aussi partager ce qu’elles observent en groupe.
À la maison, quelques habitudes aident tous les tout-petits, quelle que soit la réponse :
- suivez ce qui l’intéresse et jouez avec lui, face à face, à sa hauteur;
- nommez ce qu’il regarde ou ce qu’il tient (« un camion ! un gros camion ! »);
- attendez quelques secondes avant de l’aider, pour lui laisser une chance de communiquer;
- ajoutez des gestes à vos mots, et reprenez ses mots en les allongeant un peu.
Continuez surtout à jouer et à échanger avec votre enfant, et donnez-lui des occasions d’être avec d’autres enfants et d’autres adultes. Toute inquiétude de parent est valable. Si vous vous sentez écartés et que l’inquiétude reste, vous pouvez aussi contacter directement une orthophoniste, une ergothérapeute, un psychologue ou un neuropsychologue pour voir si une évaluation est indiquée.
Prenez soin de vous aussi. Les associations régionales en autisme accueillent les familles, avec ou sans diagnostic. Comme le rappelle la Fédération québécoise de l’autisme, les inquiétudes des parents sont toujours valables. Si votre enfant est sur une liste d’attente au public, notre guide sur l’attente en orthophonie au Québec propose d’autres pistes pour cette période.
Fiche imprimable : Avant le rendez-vous : ce que j’observe chez mon tout-petit (PDF, 1 page).
Prochaine étape
Devant la question « retard de langage ou autisme ? », le nombre de mots ne raconte qu’une partie de l’histoire. Ce qui aide vraiment à y voir clair, c’est la façon dont votre enfant partage son attention, comprend et communique avec vous, observée dans le temps par des professionnels. Aucun signe pris seul ne permet de conclure, et la réponse est parfois « les deux » ou « pas encore ».
Vous n’avez pas besoin d’une réponse définitive pour commencer à aider votre enfant à communiquer.
Si une question vous habite, parlez-en au médecin ou au CLSC, et faites vérifier l’audition. Sachez aussi qu’une orthophoniste peut évaluer la communication de votre enfant sans diagnostic et sans référence. Pour savoir comment nous travaillons avec les tout-petits et leurs parents, consultez notre page sur la communication sociale et l’autisme.
Questions fréquentes
Un enfant qui fait un bon contact visuel peut-il être autiste ?
Oui. Beaucoup d’enfants autistes regardent leurs proches dans les yeux, surtout dans les moments qu’ils aiment. Le contact visuel seul ne permet ni de confirmer ni d’écarter l’autisme. Les professionnels regardent l’ensemble : le partage de l’attention, les gestes, la compréhension, l’imitation et la façon d’utiliser les mots.
Le « syndrome d’Einstein », ça existe ?
Ce n’est pas un diagnostic reconnu : le terme ne figure pas dans les classifications médicales officielles. Il désigne des enfants qui parlent tard, puis rattrapent leur retard. Ces enfants existent, mais personne ne peut savoir d’avance si un tout-petit en fera partie. C’est pourquoi on ne recommande pas d’attendre.
Les garçons parlent-ils plus tard que les filles ?
Les garçons sont un peu plus nombreux parmi les parleurs tardifs (Zubrick et collègues, 2007). Mais être un garçon n’explique pas un retard réel, et ne justifie pas d’attendre. Un garçon qui parle peu à 2 ans mérite la même attention qu’une fille dans la même situation.
Une orthophoniste peut-elle diagnostiquer l’autisme ?
Non, ni au Québec ni en Ontario. L’orthophoniste évalue la communication et peut conclure à un retard ou à un trouble du langage. Le diagnostic d’autisme est posé par un médecin, un psychologue ou un neuropsychologue (et en Ontario, aussi par une infirmière praticienne ou un associé en psychologie). Le rapport de l’orthophoniste aide l’équipe qui pose le diagnostic.
Faut-il un diagnostic pour avoir de l’orthophonie ?
Non. Le ministère de la Santé et des Services sociaux précise que les services doivent être offerts même sans diagnostic. L’OOAQ indique qu’on peut commencer l’orthophonie dès qu’un trouble du spectre de l’autisme est soupçonné. Au privé, vous pouvez consulter une orthophoniste sans référence.
Un retard de langage peut-il « devenir » de l’autisme ?
Non. Un retard de langage ne se transforme pas en autisme. Par contre, un enfant d’abord vu pour son langage peut recevoir plus tard un diagnostic d’autisme, parce que les deux peuvent coexister et que certains signes se précisent avec le temps. C’est d’ailleurs un parcours fréquent au Québec.
Il comprend tout, mais il ne parle pas : est-ce rassurant ?
Une bonne compréhension est un signe encourageant. Vérifiez-la toutefois sans gestes : un enfant peut suivre la routine sans comprendre tous les mots. Et consultez quand même si les mots ne viennent pas. Une orthophoniste peut confirmer ce qu’il comprend et l’aider à s’exprimer.
Il répète des phrases de ses émissions : est-ce de l’autisme ?
Pas forcément. Répéter des phrases entendues, ce qu’on appelle l’écholalie, est une façon d’apprendre le langage. On l’observe chez certains enfants autistes et chez d’autres. Notre article sur le traitement gestaltiste du langage et l’écholalie explique ce que ces phrases peuvent vouloir dire.
À quel âge un bébé pointe-t-il du doigt ?
Habituellement entre 12 et 18 mois environ. Il pointe d’abord pour demander, puis pour vous montrer quelque chose qui l’intéresse. Si votre enfant ne pointe pas vers 16 à 18 mois, parlez-en au médecin, surtout s’il utilise aussi peu d’autres gestes.
Les questionnaires en ligne sont-ils fiables ?
Ce sont des outils de dépistage, pas des diagnostics. Un résultat « à risque » veut souvent dire qu’une évaluation du développement est utile, pas forcément que l’enfant est autiste. Si un questionnaire vous inquiète, apportez-le au médecin. Au Canada, on suit plutôt le développement de chaque enfant à chaque visite.
Combien de temps faut-il attendre pour une évaluation de l’autisme au Québec ?
Ça varie beaucoup selon la région, et ça peut être long. Certaines familles choisissent le privé pour aller plus vite. Dans tous les cas, vous n’avez pas à attendre le diagnostic pour commencer à soutenir la communication de votre enfant, à la maison et avec une orthophoniste.
Faut-il abandonner une de nos langues ?
Non. Apprendre plusieurs langues ne cause pas l’autisme et ne nuit pas au langage d’un enfant autiste. Parlez à votre enfant dans la langue que vous maitrisez le mieux. Des échanges riches et fréquents l’aident davantage qu’une langue que vous parlez moins naturellement.



