Liste d'attente en orthophonie au Québec : ce qui se passe et quoi faire en attendant

Par Vladimir Romanov, B. Eng., MBA24 min de lecture

Illustration d'un calendrier avec une date cochée et de bulles de parole, pour le guide sur la liste d'attente en orthophonie au Québec

Quand un enfant est inscrit sur une liste d’attente en orthophonie au Québec, l’attente peut durer des mois, parfois plus d’un an. Pour beaucoup de parents, c’est le moment le plus difficile : l’inquiétude est là, et on a l’impression qu’il n’y a rien d’autre à faire qu’attendre l’appel.

Les familles nous posent souvent les mêmes questions. Combien de temps ça va prendre ? Est-ce qu’Agir tôt, c’est de l’orthophonie ? Faut-il commencer au privé, et perd-on sa place si on le fait ? Que peut-on faire à la maison, sans se transformer en thérapeute ?

Ce guide répond à ces questions. Il explique le parcours public, étape par étape, et ce que veulent vraiment dire les chiffres d’attente publiés. Il aide à décider s’il vaut mieux attendre ou agir maintenant, et propose un plan simple pour faire de l’attente un temps utile, à la maison, à la garderie et avec votre dossier.

Combien de temps dure la liste d’attente en orthophonie au Québec ?

Il n’existe pas un seul délai. L’attente varie selon la région, l’âge de l’enfant et le type de service attendu. Les chiffres publiés ne mesurent pas tous la même chose : un premier service Agir tôt peut venir en quelques mois, alors que l’orthophonie individuelle peut prendre plus d’un an.

C’est pour ça que les parents entendent des chiffres qui semblent se contredire. Un article parle de 106 jours, un autre de 410 jours, une voisine a attendu deux ans. Chacun peut avoir raison, parce que chacun mesure un moment différent du parcours.

Quatre chiffres, quatre réalités

Le délai pour un premier service Agir tôt était de 106 jours au début de 2024. Les enfants de 5 et 6 ans attendaient en moyenne 410 jours pour l’orthophonie. En 2025, les enfants encore sur une liste de CLSC avaient déjà attendu 228 jours en moyenne. À la clinique, nous voyons souvent des familles attendre un à deux ans.

Le chiffre Ce qu’il mesure Source
106 jours Délai pour un premier service Agir tôt, tous services confondus, au Québec Données du réseau rapportées par Le Soleil, février 2024
410 jours Attente moyenne pour l’orthophonie chez les 5 et 6 ans, au Québec Ministère de la Santé, rapporté par Le Devoir, janvier 2025 (données de janvier 2024)
228 jours Temps déjà attendu, en moyenne, par les 11 276 jeunes de 0 à 17 ans encore sur une liste d’orthophonie en CLSC Santé Québec, réponse à une demande d’accès à l’information, juin 2026 (données 2025)
1 à 2 ans Ce que nous observons souvent avant l’appel du CLSC pour des services en orthophonie Notre expérience clinique

Le troisième chiffre est souvent mal compris. Il ne dit pas combien de temps il faudra à votre enfant pour être vu. Il dit depuis combien de temps les enfants encore inscrits attendent déjà. Une moitié d’entre eux attendait depuis plus de quatre mois.

Montréal n’est pas uniforme non plus. Selon les mêmes données de Santé Québec, le temps déjà attendu allait en moyenne d’environ 47 jours dans le Nord-de-l’Île à 635 jours dans l’Ouest-de-l’Île en 2025. D’une rue à l’autre, selon le CLSC de votre territoire, l’expérience peut être très différente.

Graphique du temps moyen déjà attendu pour l’orthophonie en CLSC à Montréal en 2025 : 47 jours dans le Nord-de-l’Île, 55 au Centre-Sud, 168 dans l’Est, 232 au Centre-Ouest et 635 dans l’Ouest-de-l’Île, contre 228 jours pour l’ensemble du Québec

Pourquoi est-ce si long ?

Le dépistage repère maintenant plus d’enfants, et les demandes ont augmenté plus vite que le nombre d’orthophonistes. Selon l’Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec (OOAQ), un délai raisonnable pour voir un enfant à risque serait d’un à trois mois.

Le ministère de la Santé l’explique lui-même : les initiatives de dépistage, dont le programme Agir tôt, ont fait augmenter le nombre d’enfants dirigés vers l’orthophonie. Santé Québec indiquait aussi en 2025 que le financement d’Agir tôt avait permis d’embaucher près de 175 orthophonistes depuis 2019. Mieux repérer les enfants est une bonne nouvelle, mais les ressources n’ont pas suivi au même rythme.

Certaines régions réorganisent leurs services pour réduire l’attente. Sur la Côte-Nord, par exemple, des ateliers offerts à tous les parents avant l’orthophonie individuelle ont fait baisser le délai pour un premier service à 125 jours, selon Radio-Canada en juin 2026. Les personnes qui travaillent dans le réseau public font beaucoup avec peu : l’attente n’est le reflet de personne en particulier.

Agir tôt : comment ça fonctionne, étape par étape

Agir tôt est un programme public gratuit et volontaire pour les enfants de moins de 7 ans. Vous pouvez faire une demande directement à votre CLSC, ou par le 811, sans référence du médecin ni diagnostic. Viennent ensuite une évaluation des besoins, un dépistage en ligne au besoin, puis des services adaptés à votre enfant.

Le programme vise à repérer tôt les signes de difficulté dans le développement et à orienter l’enfant vers les bons services, avant l’entrée à l’école. Il ne s’agit pas seulement d’orthophonie : selon les besoins, l’enfant peut aussi rencontrer une éducatrice spécialisée, une ergothérapeute ou une physiothérapeute. Le site officiel du programme Agir tôt décrit ses services.

Le parcours suit souvent ces étapes. Lors de la vaccination de 18 mois, l’infirmière peut remplir avec vous un court questionnaire sur le développement, l’ABCdaire. Vous pouvez aussi faire la demande vous-même, à tout âge avant 7 ans. Une intervenante évalue ensuite vos besoins avec vous. Elle peut proposer des questionnaires de dépistage en ligne, puis vous orienter vers les services du programme.

Les cinq étapes du programme Agir tôt : la demande au CLSC ou par le 811, l’évaluation des besoins, le dépistage en ligne au besoin, les ateliers et le coaching des parents, puis l’orthophonie si nécessaire et la transition vers l’école

À Montréal, chaque CIUSSS a sa porte d’entrée pour les services aux enfants, et les formats varient : ateliers, interventions individuelles, simples conseils. Si une évaluation complète en orthophonie est proposée à un moment du parcours, notre article sur ce qui se passe lors d’une évaluation en orthophonie vous aidera à vous y préparer.

Faut-il une référence du médecin ?

Non. Les parents peuvent s’adresser directement à leur CLSC. Un médecin, une éducatrice ou l’école peuvent aussi diriger votre enfant vers Agir tôt, mais seulement avec votre accord. Aucun diagnostic n’est nécessaire pour recevoir des services.

Le cadre officiel du programme est clair sur ce point : les familles inquiètes peuvent faire une demande sans référence médicale. Il précise aussi que le dépistage en ligne n’est pas une condition d’accès. C’est un outil parmi d’autres, et il n’est pas nécessaire dans toutes les situations.

Un atelier de groupe, ce n’est pas « rien »

Plusieurs régions offrent d’abord des ateliers pour les parents, des capsules vidéo ou du coaching en groupe, avant l’orthophonie individuelle. Ce n’est pas un refus de services : c’est souvent le premier palier. Participez, posez vos questions, et dites si les difficultés persistent.

Le cadre du programme donne l’exemple de capsules vidéo suivies de trois à cinq rencontres de coaching en groupe pour les parents. C’est un exemple, pas une règle : chaque établissement organise ses services à sa façon. Ce format repose sur une idée solide. Quand une orthophoniste forme et accompagne les parents, ceux-ci deviennent très efficaces pour soutenir le langage au quotidien.

Si votre enfant progresse peu après ces ateliers, dites-le clairement à l’intervenante. Décrivez ce que vous observez, avec des exemples. C’est cette information qui permet d’orienter votre enfant vers un service plus intensif.

Et à 7 ans ?

Agir tôt vise à accompagner l’enfant jusqu’à son entrée à l’école et au début du primaire. Si les besoins demeurent, le dossier peut être transféré à une autre équipe après 7 ans. À l’école, les services dépendent ensuite des ressources de votre centre de services scolaire.

Le programme veut éviter qu’un enfant déjà suivi se retrouve sans réponse pendant la transition vers la maternelle. Si votre enfant approche de 5 ou 6 ans et attend toujours, demandez à la personne qui gère votre dossier ce qui est prévu pour la rentrée. La section sur l’école, plus bas, explique la suite.

Attendre ou commencer au privé : comment décider ?

Beaucoup d’enfants qui parlent tard rattrapent leur retard, mais personne ne peut prédire lesquels à 2 ans. Une évaluation permet de savoir où en est votre enfant. Si une thérapie est indiquée, quelques séances de coaching vous donnent des stratégies à utiliser tout au long de l’attente.

C’est une décision personnelle, qui dépend de votre inquiétude, de votre budget et de ce que vous observez. Il n’y a pas de mauvaise réponse. Mais il est utile de savoir ce que la recherche dit sur l’option « attendre et voir ».

Ce que dit la recherche sur « attendre et voir »

Environ la moitié à deux tiers des enfants qui parlent tard rattrapent les autres. Mais 20 à 40 % ont encore des difficultés à 4 ans, et rien ne permet de savoir à l’avance dans quel groupe sera votre enfant. Votre inquiétude compte : elle est confirmée dans environ 80 % des cas.

Selon l’American Speech-Language-Hearing Association, 50 à 70 % des enfants qui parlent tard rattrapent leurs pairs vers la fin du préscolaire ou à l’âge scolaire. L’Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec rappelle de son côté que 20 à 40 % ont encore des difficultés de langage à 4 ans, et environ 20 % à 7 ans.

Le problème, c’est qu’on ne sait pas lesquels. Dans une grande étude britannique auprès de plus de 8 000 enfants, publiée en 2003, prédire l’évolution d’un enfant à partir de son profil à 2 ans s’est révélé beaucoup trop imprécis pour être utile en clinique. Les enfants dont les difficultés persistaient n’étaient pas toujours ceux qui avaient le plus de retard au départ.

Trois chiffres sur les enfants qui parlent tard : 50 à 70 % rattrapent leurs pairs, 20 à 40 % ont encore des difficultés à 4 ans, et environ 80 % des inquiétudes des parents sont confirmées ; à 2 ans, personne ne peut prédire quel enfant rattrapera son retard

Votre intuition, elle, est un bon indicateur. Selon l’OOAQ, l’inquiétude des parents au sujet du langage est confirmée dans environ 80 % des cas, et une étude québécoise a trouvé que seulement 3,6 % des parents inquiets l’étaient à tort. Si quelque chose vous préoccupe, ça vaut la peine d’en parler.

Agir tôt fait aussi une différence mesurable. Dans un essai allemand publié en 2009, 75 % des enfants de 2 ans dont les parents avaient suivi un programme de trois mois avec des professionnels avaient un langage expressif dans la normale à 3 ans. Dans le groupe qui attendait, c’était 44 %. L’étude était petite, mais elle illustre ce que l’attente peut couter.

C’est pourquoi l’American Speech-Language-Hearing Association recommande, pour un enfant qui parle tard sans autre inquiétude, une surveillance accompagnée de stimulation du langage, et non une attente passive. Au Québec, l’OOAQ rappelle que l’intervention précoce est capitale quand des signes de difficulté apparaissent. Naître et grandir le dit simplement : il n’est pas nécessaire d’attendre un certain âge, ni que l’enfant parle, pour consulter.

Enfin, une précision qui soulage beaucoup de parents : parler tard n’est pas la faute des parents. Une étude australienne auprès de 1 766 enfants n’a trouvé aucun lien entre le fait de parler tard à 2 ans et les pratiques parentales, la scolarité ou le revenu des parents.

Les signes qui justifient de ne pas attendre

Certains signes méritent une évaluation sans attendre l’appel du CLSC : un enfant qui semble mal comprendre, qui fait peu de gestes, qui a très peu de mots ou ne combine pas deux mots vers 2 ans. Faites aussi vérifier son audition.

Âge (approximatif) Ce qui mérite une évaluation
Vers 18 mois Moins d’une quinzaine de mots ; peu de gestes pour communiquer (pointer, montrer, faire bye-bye)
Vers 2 ans Ne combine pas encore deux mots, comme « encore lait » ou « papa parti »
Vers 2 ans et demi Ne fait pas encore de petites phrases de deux ou trois mots
À tout âge Semble ne pas comprendre ce qu’on lui dit dans des situations simples ; semble mal entendre ; votre inquiétude persiste

Ces âges sont approximatifs. Les repères de 18 mois et de 2 ans viennent de normes établies auprès d’enfants québécois francophones, citées par l’OOAQ : à 24 mois, 97 % des enfants combinent déjà des mots. La difficulté à comprendre est le signe qui prédit le plus fortement des difficultés qui persistent.

Pour un enfant qui apprend deux langues, on compte tous ses mots, dans toutes ses langues. Notre guide sur les étapes du langage chez l’enfant bilingue explique comment faire.

Ce que nous recommandons à la clinique

Quand une famille nous consulte pendant qu’elle attend le CLSC, nous commençons par une évaluation. Elle sert à comprendre le développement de la parole et du langage de l’enfant, ses forces et ses difficultés. Parfois, l’évaluation rassure : l’enfant progresse, et quelques conseils suffisent pour la suite.

Si une thérapie est indiquée, nous recommandons de commencer sans attendre l’appel du CLSC. Dans notre expérience, cet appel peut prendre un à deux ans, et le service public offre ensuite un nombre limité de séances. Ce temps compte beaucoup chez un jeune enfant.

Il n’est pas nécessaire de s’engager pour des mois. Même quelques séances apportent du soutien, du coaching et des stratégies que vous pourrez utiliser chaque jour à la maison. C’est ce que montre la recherche : selon une revue Cochrane, des parents formés par une orthophoniste obtiennent des progrès comparables à ceux d’une thérapie offerte par l’orthophoniste elle-même.

Si vous hésitez, une évaluation en orthophonie vous donne un portrait clair de la situation, que vous décidiez ensuite d’attendre le public ou non.

Public et privé en même temps : comment ça marche ?

Le public et le privé peuvent travailler ensemble. Un rapport d’évaluation au privé décrit les besoins de votre enfant et peut mettre à jour son dossier au CLSC. Parfois, l’équipe publique passe alors directement à l’intervention. Informez votre CLSC et transmettez le rapport si vous le souhaitez : les professionnels peuvent se coordonner.

Dans notre expérience, consulter au privé ne vous fait pas perdre votre place sur la liste du CLSC. Informez-en la personne qui gère votre dossier, et demandez-lui comment le rapport privé peut être utilisé. Chaque établissement a ses façons de faire.

Transmettre le rapport reste votre choix. Les formulaires de demande du réseau public invitent d’ailleurs à joindre les rapports pertinents, avec l’autorisation des parents. Quand le public et le privé se parlent, chacun peut travailler sur des objectifs différents, au lieu de recommencer les mêmes étapes.

Schéma du public et du privé en parallèle : la demande au CLSC et la liste d’attente d’un côté, l’évaluation au privé et le coaching de l’autre, reliés par le rapport, qui peut servir au CLSC, à la garderie, à l’école et à Retraite Québec

Le privé ne veut pas dire se déplacer chaque semaine. Avec de jeunes enfants, une grande partie du travail consiste à accompagner le parent, ce qui se prête bien à la téléorthophonie partout au Québec.

Ce qu’un rapport privé peut changer

Le rapport précise les besoins de votre enfant et oriente vers les bons services. Il peut mettre à jour le dossier au CLSC, appuyer une demande d’aide à l’intégration en garderie, un plan d’intervention à l’école ou une demande de supplément pour enfant handicapé.

Concrètement, le rapport d’une orthophoniste fait partie des documents reconnus pour l’allocation d’intégration en service de garde subventionné. À l’école, il peut appuyer la mise en place d’un plan d’intervention. Auprès de Retraite Québec, une évaluation récente et complète fait partie de ce qui est demandé pour le supplément pour enfant handicapé. Les sections suivantes détaillent chacune de ces aides.

Ce qu’il ne garantit pas

Un rapport privé ne garantit pas une place plus rapide sur la liste publique. Chaque établissement a ses règles et ses priorités. Il évite parfois une deuxième évaluation, mais ce n’est jamais automatique.

Il ne remplace pas non plus les décisions du réseau public, de l’école ou de Retraite Québec, qui appliquent leurs propres critères. Le rapport apporte de l’information claire, et c’est souvent ce qui manque dans un dossier.

Que faire à la maison en attendant ?

Dix à quinze minutes de vrai jeu, chaque jour, en tête-à-tête, valent mieux que des exercices. Suivez l’intérêt de votre enfant, répondez à ce qu’il dit en ajoutant un mot, lisez ensemble, fermez la télé en arrière-plan et continuez de parler votre langue.

Les enfants apprennent mieux en jouant. Vous n’avez pas besoin de matériel spécial ni de devenir orthophoniste. Ce qui compte, c’est un moment prévisible, chaque jour, où vous êtes disponible pour jouer, lire un livre ou faire une activité avec votre enfant. C’est la qualité des échanges, plus que la quantité de mots, qui soutient le langage.

Six stratégies pour 10 à 15 minutes de jeu par jour : suivre son intérêt, attendre, ajouter un mot, lire ensemble, fermer la télé et parler votre langue

Jouer : suivre son intérêt

Choisissez un moment calme, assoyez-vous à sa hauteur et laissez-le choisir le jeu. S’il aligne ses autos, alignez des autos à côté de lui. S’il remplit un seau de sable, remplissez le vôtre. En suivant ce qui l’intéresse déjà, vous parlez exactement de ce qui retient son attention.

Ensuite, attendez. Un regard, un geste ou un son est une façon de prendre son tour. Laissez quelques secondes de silence avant de parler à sa place : c’est souvent dans cette pause que l’enfant essaie quelque chose.

Répondre et ajouter un mot

Quand votre enfant dit quelque chose, reprenez son idée et ajoutez-y un petit morceau. S’il dit « auto », vous pouvez répondre « une auto rouge ! ». S’il dit « tombé », essayez « le bloc est tombé ». Vous lui montrez le mot suivant, sans corriger ni demander de répéter.

Évitez les questions-tests comme « c’est quoi, ça ? » ou « dis “ballon” ». Elles mettent de la pression et arrêtent souvent l’échange. Commentez plutôt ce que vous faites ensemble, avec des phrases courtes et claires, un peu plus longues que les siennes.

Les orthophonistes utilisent ces techniques et les enseignent aux parents. Chez les enfants qui parlent tard, les études observent que les parents qui reprennent et complètent les mots de leur enfant ont des enfants qui parlent davantage.

Lire ensemble, autrement

Lire un livre ensemble aide le langage, surtout quand l’enfant participe. Il n’est pas nécessaire de lire le texte mot à mot. Montrez les images, nommez ce que votre enfant pointe, laissez-le tourner les pages et revenir dix fois au même livre.

Les programmes qui apprennent aux parents à lire de cette façon améliorent le vocabulaire des enfants, selon une analyse de 19 essais publiée en 2020, surtout quand on lit souvent. Quelques minutes chaque jour, au coucher ou après le souper, font plus qu’une longue séance de temps en temps.

Les écrans : d’abord la télé en arrière-plan

Une télé allumée dans la pièce réduit les échanges entre le parent et l’enfant, même quand personne ne la regarde. C’est le changement le plus simple : fermez-la pendant les repas, les jeux et les routines.

La Société canadienne de pédiatrie recommande d’éviter les écrans avant 2 ans, sauf les appels vidéo avec des proches, et de limiter le temps d’écran à environ une heure par jour entre 2 et 5 ans. Si votre enfant regarde une émission, regardez-la avec lui et parlez-en ensemble. Ses conseils sur le temps d’écran et les jeunes enfants sont clairs et réalistes.

Parler votre langue

Apprendre deux langues ou plus ne cause pas de difficultés de langage et ne les aggrave pas. Vous n’avez donc pas à abandonner votre langue, même si votre enfant parle tard. Parlez-lui dans la langue où vous êtes le plus à l’aise : c’est là que vos échanges sont les plus riches.

Pour de bonnes idées gratuites, consultez la page de Naître et grandir sur les difficultés de langage chez l’enfant, révisée par une orthophoniste. Le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal offre aussi des capsules vidéo animées par des orthophonistes, avec dix activités à faire à la maison.

Si vous voulez être accompagné pour appliquer ces stratégies, le coaching parental inspiré de l’approche Hanen est conçu pour ça. Vous apprenez les stratégies en jouant avec votre enfant, et l’orthophoniste vous guide en direct.

C’est la qualité des échanges, plus que la quantité de mots, qui soutient le langage.

La garderie et le CPE : des alliés pendant l’attente

Parlez à l’éducatrice de ce que vous observez. Elle peut soutenir votre enfant dans le groupe et vous donner des idées. En garderie subventionnée, le rapport d’une orthophoniste, sans diagnostic, peut appuyer une demande d’allocation qui finance du soutien supplémentaire.

Les éducatrices voient votre enfant avec d’autres enfants, dans un autre contexte. Ce qu’elles remarquent complète ce que vous voyez à la maison. Partagez avec elles les stratégies que vous utilisez, pour que votre enfant entende la même approche dans ses deux milieux. Quand des éducatrices sont formées à ces stratégies, de petites études montrent qu’elles attendent davantage l’initiative des enfants, et que les enfants parlent plus.

Certaines garderies reçoivent aussi du soutien du gouvernement et ont accès à des éducatrices spécialisées. Celles-ci peuvent travailler avec votre enfant dans le groupe, pour l’aider à y trouver sa place.

Le principal outil financier est l’allocation pour l’intégration en service de garde, du ministère de la Famille. Elle est versée au service de garde subventionné (CPE, garderie subventionnée ou milieu familial reconnu), et non aux parents. Elle n’exige pas de diagnostic, mais une confirmation des besoins de l’enfant par un professionnel reconnu, dont les orthophonistes. C’est le parent qui demande et autorise cette évaluation.

Une allocation complémentaire existe pour des besoins plus importants, mais elle est réservée aux enfants admissibles au supplément pour enfant handicapé. Dans tous les cas, parlez-en d’abord avec la direction de la garderie : c’est elle qui fait la demande.

Suivre son dossier sur la liste d’attente

Un dossier suivi de près aide votre enfant. Appelez pour faire le point tous les trois à six mois, signalez tout changement, continuez les suivis avec votre médecin, demandez un test d’audition et notez ce que votre enfant dit et comprend.

Un appel tous les trois à six mois n’a rien d’insistant. Demandez où en est la demande, et informez la personne qui gère le dossier de tout changement : une nouvelle inquiétude, un changement de garderie, un rapport privé, une recommandation de l’éducatrice. Ces informations peuvent permettre de voir votre enfant plus tôt, ou de l’orienter vers un autre type de service.

Liste des parents pendant l’attente : appeler tous les 3 à 6 mois, signaler tout changement, garder les suivis avec le médecin, faire vérifier l’audition et tenir un carnet des mots de l’enfant

Continuez aussi les visites avec le médecin qui suit votre enfant. Parlez-lui de l’attente et demandez-lui s’il connait des ressources dans votre secteur, comme des organismes communautaires ou des fondations qui aident à payer des services privés. Si vous n’avez pas de médecin de famille, le Guichet d’accès à la première ligne est accessible par le 811, option 3, ou en ligne.

L’audition mérite une attention particulière. Quand le langage se développe lentement, il est recommandé de faire vérifier l’audition par une audiologiste, même si le test à la naissance était normal. C’est un examen simple, qui écarte une cause possible et oriente la suite.

Enfin, tenez un petit carnet. Notez les nouveaux mots, les petites phrases, ce que votre enfant comprend, avec des dates et des exemples. Ces notes aident chaque professionnel qui rencontrera votre enfant, et elles vous montrent souvent des progrès que le quotidien rend invisibles.

Aide financière et ressources gratuites

Les services publics sont gratuits. Au privé, plusieurs assurances remboursent l’orthophonie, et les frais comptent pour les crédits d’impôt pour frais médicaux du Québec et du fédéral. Un trouble du langage peut aussi donner droit au supplément pour enfant handicapé. Des ressources gratuites existent aussi.

Au privé, l’OOAQ estime que le taux horaire varie habituellement entre 100 $ et 200 $, les évaluations étant souvent facturées à part. Avant de commencer, vérifiez votre couverture d’assurance et demandez une estimation des frais.

Aide Pour qui Ce qu’il faut savoir
Assurances privées Les familles qui ont une assurance collective ou individuelle Plusieurs assureurs remboursent l’orthophonie, selon certaines conditions. Appelez votre assureur avant de commencer.
Crédit d’impôt pour frais médicaux (Québec) Toute famille qui paie des services d’orthophonie Les honoraires d’une orthophoniste membre de l’Ordre comptent comme frais médicaux. Conservez vos reçus.
Crédit d’impôt pour frais médicaux (fédéral) Toute famille qui paie des services d’orthophonie L’orthophoniste fait partie des professionnels reconnus au Québec par l’Agence du revenu du Canada.
Supplément pour enfant handicapé (Retraite Québec) Les enfants dont le trouble du langage limite beaucoup le quotidien depuis au moins un an 2 892 $ par année en 2026. Il faut une évaluation récente et complète ; la conclusion d’une orthophoniste seule ne suffit pas.
Crédit d’impôt pour personnes handicapées (fédéral) Les enfants qui ont de grandes difficultés à se faire comprendre, presque tout le temps Critères stricts. Une orthophoniste peut remplir l’attestation pour la catégorie « parler ».
Association des jeunes bègues du Québec Les jeunes de 17 ans et moins qui bégaient Jusqu’à 400 $ par demande pour des services en orthophonie, selon le revenu familial.
Cliniques universitaires Les familles qui cherchent des services à moindre cout Des étudiantes en orthophonie, supervisées par des orthophonistes, à l’Université de Montréal, à l’Université Laval et à l’UQTR.

Pour le crédit du Québec, Revenu Québec explique les conditions sur sa page frais médicaux. Pour le supplément, Retraite Québec décrit les critères liés aux troubles du langage, qui varient selon l’âge.

Plusieurs ressources sont gratuites. Les CIUSSS de Montréal proposent des capsules et des trousses pour les parents, comme celles du programme Agir tôt du CIUSSS de l’Est-de-l’Île. Le programme Une naissance, un livre offre une trousse de lecture aux parents qui abonnent leur bébé de moins d’un an à la bibliothèque. Enfin, l’OOAQ offre un répertoire pour trouver une orthophoniste au privé.

Et quand mon enfant va à l’école ?

À l’école, les services d’orthophonie dépendent des ressources de votre centre de services scolaire. Un rapport d’évaluation peut appuyer un plan d’intervention avec des adaptations. Un diagnostic ne devrait pas être une condition pour recevoir de l’aide : ce sont les besoins de l’élève qui comptent.

Certaines écoles ont accès à une orthophoniste, d’autres très peu. Selon l’Association québécoise des orthophonistes et audiologistes, les ressources diminuent après le premier cycle du primaire, et une orthophoniste au secondaire est très rare. Pour savoir ce qui est offert, adressez-vous à l’école ou à votre centre de services scolaire.

Le plan d’intervention est l’outil principal. Il peut prévoir des adaptations, qui aident l’élève sans changer ce qu’on attend de lui, comme plus de temps ou des consignes données à l’oral et à l’écrit. Il peut aussi prévoir des modifications, qui changent les attentes du programme dans une matière. L’école doit faire un plan d’intervention pour les élèves reconnus en difficulté, et peut en faire un pour tout élève dont les difficultés persistent.

Pour certains élèves, l’école peut demander qu’un code soit reconnu. Le code 34, par exemple, concerne un trouble sévère du langage confirmé par une orthophoniste. Mais le Protecteur du citoyen a rappelé en 2022 que l’idée qu’il faut un diagnostic, puis un code, pour recevoir des services est une croyance répandue et erronée. Les services doivent suivre les besoins de l’élève.

Questions fréquentes

Peut-on rester sur la liste du CLSC si on consulte au privé ?

Dans notre expérience, oui : commencer au privé ne vous fait pas perdre votre place sur la liste du CLSC. Informez la personne qui gère votre dossier et demandez-lui comment le rapport privé peut être utilisé. Les deux peuvent se compléter, chacun travaillant sur des objectifs différents.

Faut-il une référence médicale pour Agir tôt ?

Non. Les parents peuvent faire une demande directement à leur CLSC, sans référence médicale. Un médecin, une éducatrice ou l’école peuvent aussi diriger un enfant vers le programme, toujours avec l’accord des parents. Aucun diagnostic n’est nécessaire pour recevoir des services.

Le dépistage en ligne est-il obligatoire ?

Non. Les questionnaires en ligne sont un outil que l’intervenante peut proposer pour mieux cerner les besoins de votre enfant. Le cadre officiel du programme précise qu’ils ne sont pas nécessaires dans toutes les situations et qu’ils ne sont pas une condition pour recevoir des services.

L’orthophonie au privé est-elle couverte par la RAMQ ?

Les services d’orthophonie du réseau public, comme le CLSC, Agir tôt et l’école, sont gratuits. Au privé, les frais sont payés par la famille ou remboursés en partie par une assurance privée. Ils comptent aussi pour les crédits d’impôt pour frais médicaux du Québec et du fédéral.

Combien coute un orthophoniste au privé ?

Selon l’Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec, le taux horaire au privé varie habituellement entre 100 $ et 200 $, et les évaluations sont souvent facturées à part. Demandez une estimation écrite avant de commencer, et vérifiez ce que votre assurance rembourse.

Peut-on déduire les frais d’orthophonie de ses impôts ?

Oui. Les honoraires d’une orthophoniste comptent comme frais médicaux pour le crédit d’impôt du Québec et pour celui du fédéral. Conservez tous vos reçus. Les frais doivent avoir été payés sur une période de 12 mois et ne pas avoir été remboursés par une assurance.

Est-ce de ma faute si mon enfant parle tard ?

Non. Une grande étude australienne n’a trouvé aucun lien entre le fait de parler tard à 2 ans et les pratiques parentales, la scolarité ou le revenu des parents. Ce que vous faites maintenant compte quand même : les échanges du quotidien soutiennent le langage, quelle que soit la cause du retard.

Mon enfant est bilingue : faut-il ne parler qu’une seule langue ?

Non. Apprendre deux langues ou plus ne cause pas de difficultés de langage et ne les aggrave pas. Continuez de parler la langue où vous êtes le plus à l’aise. Notre article sur le trouble du langage chez l’enfant bilingue explique comment distinguer une différence d’un trouble.

Mon enfant a eu beaucoup d’otites : est-ce la cause ?

Pas nécessairement. Chez un enfant en bonne santé, le liquide dans les oreilles a peu ou pas de lien avec le langage plus tard, et les tubes ne l’ont pas amélioré dans les études. Mais un enfant qui parle tard doit voir une audiologiste, même si son test à la naissance était normal.

Qu’arrive-t-il à 7 ans s’il est encore sur la liste ?

Agir tôt vise à accompagner l’enfant jusqu’à l’école et au début du primaire. Si les besoins demeurent après 7 ans, le dossier peut être transféré à une autre équipe. À l’école, les services dépendent des ressources du centre de services scolaire. Demandez tôt ce qui est prévu pour la rentrée.

La téléorthophonie fonctionne-t-elle avec un jeune enfant ?

Avec les tout-petits, une grande partie du travail consiste à guider le parent pendant qu’il joue avec son enfant. La téléorthophonie s’y prête bien : l’orthophoniste observe vos échanges à la maison et vous propose des stratégies sur place. C’est une option utile si vous êtes loin d’une clinique ou si vos horaires sont chargés.

Faut-il un diagnostic pour obtenir de l’aide à la garderie ou à l’école ?

Non. L’allocation d’intégration en garderie repose sur une confirmation des besoins, et non sur un diagnostic. À l’école, le Protecteur du citoyen rappelle que les services doivent suivre les besoins de l’élève, et non dépendre d’un diagnostic ou d’un code.

En résumé

L’attente en orthophonie est longue, mais elle n’a pas à être un temps perdu. Comprendre le parcours public vous aide à savoir où en est votre enfant et quelles questions poser. Une évaluation, quand l’inquiétude est là, vous dit si une aide est nécessaire maintenant.

Pendant ce temps, vous restez le meilleur allié de votre enfant. Quelques minutes de jeu chaque jour, un livre partagé, une télé fermée, un dossier suivi tous les trois à six mois : ce sont de petits gestes, et ils comptent.

Pour vous aider à vous organiser pendant la liste d’attente en orthophonie, nous avons préparé un aide-mémoire à imprimer, « Mon plan pendant l’attente ». Pour aller plus loin, nos articles sur l’évaluation en orthophonie répondent aux autres questions des familles.

Aperçu de l’aide-mémoire à imprimer « Mon plan pendant l’attente », avec le suivi du dossier, les stratégies de jeu, une liste de choses à faire et un carnet de mots

Aide-mémoire à imprimer : Mon plan pendant l’attente (PDF, 1 page). Gardez-le sur le frigo ou dans le dossier de votre enfant.

Services connexes

À lire aussi

Recevez le prochain numéro

Des idées concrètes pour la communication à la maison, une fois par mois.

Parlons de ce que vous observez.

Aucune référence médicale requise. Appelez la clinique ou envoyez-nous une demande, et nous vous jumellerons avec l'orthophoniste qui convient.