Otites à répétition et langage : ce que le liquide dans l'oreille change vraiment

« Neuf otites cet hiver. » Depuis qu’il a commencé la garderie, votre enfant enchaîne les maux d’oreille, les nuits courtes et les antibiotiques. Et une question s’ajoute aux autres : s’il parle peu, ou pas très clairement, est-ce que les otites causent un retard de langage ?
Vous êtes loin d’être seuls à vous la poser. Au Québec, près d’un enfant de 17 mois sur deux a eu au moins une otite au cours de l’année précédente (Institut de la statistique du Québec, 2025).
Kimberly Martins, orthophoniste et fondatrice de VoxLingue, entend souvent la question dès le premier appel. Certains parents ont déjà fait vérifier l’audition de leur enfant et veulent maintenant une évaluation du langage. D’autres se demandent si les otites expliquent qu’il n’arrive pas à prononcer certains sons.
En ligne, les réponses se contredisent. Certaines pages affirment que les otites retardent le langage, d’autres qu’il n’y a aucun lien. La réalité se situe entre les deux, et elle est plutôt rassurante.
Ce guide explique ce que le liquide derrière le tympan change vraiment pour l’audition de votre enfant, et ce que montrent les études sur les otites et le langage. Il propose aussi quoi faire pendant que le liquide est là, et dans quels cas consulter sans attendre.
Otite ou liquide derrière le tympan : quelle différence ?
Une otite moyenne aiguë est une infection : elle fait mal et donne souvent de la fièvre. Ensuite, du liquide peut rester derrière le tympan pendant des semaines, sans douleur. On parle alors d’otite séreuse. C’est surtout ce liquide, souvent silencieux, qui diminue l’audition. Presque tous les enfants en ont au moins une fois avant l’école.
L’otite aiguë, celle qui réveille la nuit, se remarque. Votre enfant se tire l’oreille, pleure, fait de la fièvre, et vous consultez. C’est le domaine du médecin, et Naître et grandir explique bien comment la reconnaître et la soigner.
L’otite séreuse, elle, passe souvent inaperçue. Le liquide reste dans l’oreille moyenne, sans infection active et sans douleur (American Academy of Otolaryngology, 2016). Il peut suivre une otite aiguë, mais il apparaît aussi parfois sans otite remarquée. Beaucoup de parents ne savent jamais que leur enfant en a eu. Les médecins l’appellent aussi « otite moyenne avec épanchement ».
C’est très courant. Environ neuf enfants sur dix ont du liquide dans l’oreille au moins une fois avant l’école. Plus de la moitié en ont pendant leur première année, et plus de six sur dix avant 2 ans (American Academy of Otolaryngology, 2016).
Pourquoi ce liquide change-t-il l’audition ? Normalement, l’oreille moyenne est remplie d’air. Le tympan et les trois petits os qui transmettent le son vibrent librement. Quand l’air est remplacé par du liquide, ils bougent moins bien, et le son arrive plus faible à l’oreille interne. La bonne nouvelle : chez les jeunes enfants, la plupart des pertes auditives sont temporaires (HealthLinkBC, 2019).

Combien de temps le liquide reste-t-il ?
Après une otite, environ trois enfants sur quatre n’ont plus de liquide trois mois plus tard. Quand il s’installe, il part beaucoup plus lentement, et environ un enfant sur trois refait d’autres épisodes. Les médecins surveillent habituellement pendant trois mois, puis demandent un test d’audition si le liquide est toujours là.
Dans la plupart des cas, le liquide se résorbe seul (Rosenfeld et Kay, 2003). Mais quand il est là depuis longtemps, il part beaucoup plus lentement : environ un enfant sur trois en est libéré après un an. Et environ un enfant sur trois en refait d’autres épisodes, souvent pendant les mois froids et les années de garderie (American Academy of Otolaryngology, 2016).
Le repère de trois mois vient des lignes directrices médicales. Pour un enfant en bonne santé, le médecin surveille. Si le liquide est toujours là après trois mois, il demande un test d’audition (American Academy of Otolaryngology, 2016). Pour certains enfants, on n’attend pas : c’est l’objet de la section sur les enfants à surveiller, plus bas.
Les tubes sont envisagés surtout quand le liquide reste dans les deux oreilles trois mois ou plus et que l’audition est touchée. C’est une décision médicale, prise avec l’oto-rhino-laryngologiste (ORL).
Un mot sur les médicaments. Les antibiotiques, la cortisone, les antihistaminiques et les décongestionnants ne sont pas recommandés pour le liquide seul (American Academy of Otolaryngology, 2016). Ils restent utiles pour d’autres situations, comme une otite aiguë : votre médecin vous guidera.

Qu’entend un enfant qui a du liquide dans les oreilles ?
Un peu comme si on écoutait avec les doigts dans les oreilles. Les sons doux, les fins de mots et la parole dans le bruit passent le plus mal. La baisse est souvent légère, parfois modérée, et elle change d’une semaine à l’autre : un jour il entend bien, le lendemain beaucoup moins.
En moyenne, le liquide fait perdre l’équivalent d’une perte auditive légère. Mais les écarts sont grands : certains enfants entendent presque normalement, d’autres ont une perte modérée (American Academy of Otolaryngology, 2016). Et la parole dans le bruit est la plus touchée (Cai et McPherson, 2017).
C’est pour ça que la baisse passe facilement inaperçue. Votre enfant entend encore les voix fortes, la musique, et son nom quand vous êtes près de lui. Ce qu’il perd, ce sont les sons doux, les mots dits de loin et les conversations dans une pièce bruyante, comme un local de garderie à l’heure du dîner.
L’effet change aussi avec le temps. Le liquide monte et descend, d’une semaine à l’autre. Un jour, votre enfant semble tout comprendre; le lendemain, il a l’air distrait. Ce n’est pas de la mauvaise volonté : il entend vraiment moins bien certains jours.
Ce que ça change pour un enfant qui apprend le français
En français, une partie du sens passe par de petits sons faibles. « Le » ou « les », « il » ou « ils », les terminaisons du pluriel et du féminin, les sons « s » et « ch » : ce sont souvent les premiers à disparaître quand l’oreille est bouchée.
Imaginez la phrase « Tu veux mettre tes souliers ? » Avec du liquide dans les oreilles, votre enfant pourrait n’en saisir que des morceaux, un peu comme « …u veu… mè… é… ouliers ? ». Il devine le reste grâce au contexte, mais il entend moins de modèles clairs pour apprendre.
Quand ces épisodes durent, votre enfant peut sembler moins clair ou plus lent à faire des phrases. Pour savoir ce qu’on attend selon l’âge, voyez notre article sur ce que les autres devraient comprendre selon l’âge.

Les otites causent-elles un retard de langage ?
Pas à elles seules. Mais du liquide qui baisse l’audition souvent et longtemps met un enfant à risque de difficultés de parole et de langage. Ce qui compte, ce n’est pas le nombre d’otites, mais combien de temps le liquide reste et à quel point il baisse l’audition. Chez la plupart des enfants, l’écart est petit et temporaire.
C’est la question que les parents posent le plus souvent, et la réponse courte est rassurante. Une grande analyse a regroupé quatorze études qui avaient suivi des enfants pendant plusieurs années (Roberts et collab., 2004). Chez les enfants en bonne santé, le liquide dans l’oreille avait peu ou pas de lien avec leur langage ou leur prononciation plus tard.
« Peu », ce n’est pas « rien ». Dans certaines de ces études, les enfants qui avaient souvent du liquide comprenaient et parlaient un peu moins bien à l’âge préscolaire. L’écart était petit. Et la plupart des études ne tenaient pas compte d’autres facteurs, comme le milieu de vie, qui pouvaient l’expliquer en partie.
C’est aussi ce que constate Kimberly Martins en clinique. Tout ce qui diminue l’audition de façon régulière et prolongée peut nuire à la parole et au langage, parce que l’enfant reçoit un moins bon retour de ce qu’il entend et dit. Il n’y a jamais une seule cause. Mais un enfant qui a souvent du liquide, avec une baisse d’audition, est à risque.
Ce n’est pas le nombre d’otites qui compte
Les parents comptent les otites, et c’est normal : chacune est éprouvante. Mais pour le langage, la vraie question est plutôt celle-ci : pendant combien de temps votre enfant a-t-il moins bien entendu ?
Une otite qui guérit vite laisse peu de traces sur l’audition. À l’inverse, un enfant peut n’avoir eu qu’une seule otite et garder du liquide pendant des mois sans que personne s’en aperçoive. Des chercheurs néerlandais le résument ainsi : ce n’est pas l’otite elle-même, mais l’importance de la baisse d’audition qui est liée aux difficultés plus tard (Zumach et collab., 2011).
Une petite étude américaine va dans le même sens (Shriberg et collab., 2000). Parmi les enfants qui entendaient presque normalement entre 12 et 18 mois, environ deux sur cent avaient un retard de parole à 3 ans. Parmi ceux qui entendaient moins bien, c’était environ un sur trois.
Pourquoi la plupart des enfants rattrapent
Dans les études qui ont suivi les enfants jusqu’à l’école, les écarts s’estompaient avec le temps. Aux Pays-Bas, le lien entre la baisse d’audition et le langage, visible vers 2 ans, avait disparu à 7 ans (Zumach et collab., 2010). Aux États-Unis, les enfants qui avaient eu beaucoup de liquide avant 2 ans avaient rattrapé les autres en deuxième année (Roberts et collab., 2002).
Ces mêmes études montrent quelque chose d’encourageant. Le milieu familial était plus fortement lié au langage des enfants que le liquide ou l’audition (Roberts et collab., 2002). En Angleterre, les enfants les plus touchés par le liquide avaient des résultats verbaux un peu plus faibles à 4 ans, surtout quand il y avait peu de stimulation à la maison. À 8 ans, l’écart avait presque disparu (Hall et collab., 2014).
Autrement dit, vous avez une vraie influence. Parler, lire et jouer avec votre enfant compte encore plus pendant les périodes où il entend moins bien. La section « Pendant que le liquide est là », plus bas, donne des façons concrètes de le faire.
Il faut aussi dire ce que ces études ne montrent pas. Elles portaient sur des enfants en bonne santé, surtout anglophones ou néerlandophones, et aucune n’a été menée au Québec ou en français. Elles disent aussi peu de choses des enfants qui ont déjà un retard ou une condition particulière. On en parle dans la section sur les enfants à surveiller.
Ce que montrent les études
| Étude | Ce qu’elle a fait | Ce qu’elle a trouvé | Ce que ça veut dire pour vous |
|---|---|---|---|
| Roberts et collab., 2004 | Analyse de quatorze études qui ont suivi des enfants | Peu ou pas de lien entre le liquide et le langage plus tard | Les otites ne condamnent pas le langage de votre enfant |
| Paradise et collab., 2001 à 2007 | Plus de quatre cents enfants avec du liquide persistant : tubes rapidement ou attente | Aucune différence de langage, de parole ou d’apprentissage à 3, 4, 6 et 9 à 11 ans | Les tubes sont une décision médicale, pas un traitement du langage |
| Revues Cochrane, 2010 et 2023 | Regroupement des essais sur les tubes | Audition meilleure surtout les six premiers mois; pas d’effet clair sur le langage | Les tubes aident l’audition un temps; le langage se travaille aussi |
| Zumach et collab., 2010; Roberts et collab., 2002 | Enfants suivis de la petite enfance jusqu’à l’école | Les écarts du début avaient disparu à 7 ans ou en deuxième année | La plupart des enfants rattrapent |
| Hall et collab., 2014 | Plus de mille enfants anglais suivis jusqu’à 8 ans | Effet du liquide plus marqué quand il y avait peu de stimulation à la maison | Ce que vous faites à la maison compte |
Les tubes vont-ils l’aider à parler ?
Les tubes sont une décision médicale, prise avec l’ORL. Ils rétablissent l’audition rapidement, surtout pendant les premiers mois. Mais dans un grand essai, poser des tubes tôt plutôt qu’attendre n’a pas amélioré le langage, à 3 ans comme à 9 ou 11 ans. Les tubes rendent l’audition; ils n’enseignent pas les mots manqués.
Les tubes sont de très petits drains placés dans le tympan, lors d’une courte intervention appelée myringotomie. Ils laissent entrer l’air dans l’oreille moyenne, et le liquide peut s’écouler. Ce n’est pas à l’orthophoniste de les recommander ou non : c’est la décision du médecin et de la famille.
Ce que les études montrent, c’est leur effet sur le langage. Dans un grand essai américain, plus de quatre cents enfants avec du liquide persistant ont reçu des tubes rapidement, ou plus tard si le liquide restait. À 3, 4 et 6 ans, puis entre 9 et 11 ans, leur langage, leur parole et leurs apprentissages étaient semblables (Paradise et collab., 2001 à 2007).
Même chez les enfants qui avaient du liquide dans les deux oreilles presque en continu, ou la perte d’audition la plus marquée, les tubes précoces n’ont pas fait de différence à 3 ans (Paradise et collab., 2003). Les revues Cochrane vont dans le même sens : les tubes améliorent l’audition surtout dans les six premiers mois, sans effet clair sur le langage (Browning et collab., 2010; MacKeith et collab., 2023).
Une limite importante : ces essais portaient sur des enfants en bonne santé. Aucun n’a étudié les enfants qui ont déjà un retard de langage. Pour eux, on ne sait pas, et c’est une raison de plus pour ne pas attendre avant de consulter.
Les tubes rendent l’audition; ils n’enseignent pas les mots manqués.
À quoi s’attendre après les tubes
En ligne, certains parents racontent que leur enfant s’est mis à parler presque du jour au lendemain. D’autres n’ont vu aucun changement marqué. Les deux arrivent. Les tubes rendent l’audition, mais ils ne rattrapent pas à eux seuls les mots que votre enfant n’a pas entendus pendant des mois.
Quand un enfant avait une baisse d’audition due au liquide, Kimberly Martins s’attend à ce qu’il entende mieux dans les mois qui suivent les tubes. L’orthophoniste suit alors l’évolution de sa parole et de son langage, et donne aux parents des stratégies pour stimuler son développement.
Si le langage ne progresse pas dans les mois qui suivent les tubes, parlez-en à une orthophoniste. Le problème n’était peut-être pas seulement dans les oreilles.
Les enfants à surveiller de plus près
Certains enfants ont plus à perdre quand ils entendent moins bien. Ce sont ceux qui ont déjà un retard de langage, une perte auditive permanente, la trisomie 21, une fente palatine, un trouble du spectre de l’autisme, un retard de développement ou un trouble important de la vision. Pour eux, on n’attend pas trois mois : test d’audition sans délai.
Pourquoi ces enfants ? Parce qu’ils ont moins de marge. Un enfant qui apprend déjà ses mots avec difficulté, ou qui compte sur l’audition pour compenser sa vision, perd davantage quand l’oreille se bouche (American Academy of Otolaryngology, 2016).
Certains en ont aussi beaucoup plus souvent. Chez les enfants qui ont une fente palatine, le liquide est presque toujours présent. Chez ceux qui ont la trisomie 21 ou une fente palatine, de six à près de neuf sur dix en ont (American Academy of Otolaryngology, 2016).
Pour ces enfants, les lignes directrices disent clairement de ne pas surveiller longtemps. Test d’audition dès que le liquide est repéré, et suivi plus serré avec le médecin. Rappelons que les grands essais sur les tubes ne les incluaient pas : on ne peut pas leur appliquer les mêmes conclusions rassurantes.
Si votre enfant fait partie de ces enfants, ce n’est pas un jugement sur ce que vous faites. C’est simplement le signe que chaque épisode de liquide compte davantage, et qu’il vaut mieux vérifier tôt.

Comment savoir s’il entend bien ?
Certains signes peuvent vous mettre la puce à l’oreille. Il monte le son de la télé, ne répond pas quand on l’appelle d’une autre pièce, ou dit souvent « quoi ? ». Mais seul un test d’audition le confirme. Au Québec, une audiologiste au privé vous reçoit sans référence; au public, c’est gratuit, parfois sur référence.
D’autres signes possibles : il semble distrait, « dans sa bulle », un peu maladroit, ou il dort mal (NHS, 2023; American Academy of Otolaryngology, 2016). Aucun de ces signes ne suffit à lui seul. Mais si plusieurs reviennent, surtout après une otite, un test d’audition est une bonne idée.
Les parents racontent souvent à notre équipe que leur enfant ne répond pas toujours, sauf si on lui parle très fort. Il semble distrait, ou fait souvent répéter. Mais certains enfants qui ont du liquide se comportent exactement comme les autres : on ne le voit pas toujours.
Un test normal à la naissance est rassurant, mais il n’exclut pas une baisse d’audition plus tard (Québec.ca, 2025). Le liquide peut s’installer à tout âge.
Au Québec, commencez par le médecin ou Info-Santé 811 pour les oreilles. Pour l’audition, l’Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec explique où trouver une audiologiste : au privé, sans référence médicale; au public, gratuitement, mais certains établissements demandent une référence. Le programme Agir tôt peut aussi diriger votre enfant vers une audiologiste.
L’Ordre recommande de consulter une audiologiste si votre enfant d’âge préscolaire a des difficultés de langage ou des otites fréquentes. Depuis novembre 2024, l’audiologiste peut aussi identifier une otite séreuse lors de son évaluation; le traitement, lui, reste médical (OOAQ, 2025). En Ontario, vous pouvez voir un audiologiste sans référence du médecin (CASLPO, 2026).
Si votre enfant n’a jamais eu de test d’audition, notre équipe recommande toujours d’en faire un. Pour passer par le réseau public, demandez une référence à votre médecin. Dans certaines cliniques privées, le test peut être couvert par la RAMQ avec une référence médicale, ou remboursé en partie par une assurance privée : renseignez-vous auprès de la clinique. S’il n’y a ni inquiétude ni signe, l’orthophoniste peut commencer à aider votre enfant pendant qu’il attend son test.
À quoi ressemble un test d’audition chez un tout-petit
Le test ne fait pas mal, et il ressemble surtout à un jeu. Dès 6 mois environ, l’audiologiste apprend à votre enfant à tourner la tête vers un son; chaque bonne réponse allume un jouet. De 2 à 4 ans environ, le test devient un jeu : mettre un bloc dans un seau chaque fois qu’il entend un son (HealthLinkBC, 2019).
Tympanométrie et test d’audition : pas la même chose
La tympanométrie mesure comment le tympan bouge, et elle détecte le liquide (HealthLinkBC, 2019). Elle ne dit pas, à elle seule, à quel point votre enfant entend. Un enfant peut donc avoir du liquide et réussir son test d’audition le même jour. Si son langage vous inquiète, ce résultat ne doit pas vous empêcher de consulter.

Enfants bilingues : faut-il laisser tomber une langue ?
Non. Aucune étude ne montre que parler deux langues aggrave l’effet des otites. Par contre, dans le bruit, un enfant qui écoute dans sa langue seconde perd plus de mots. Les échanges calmes, face à face, dans chacune de ses langues comptent donc encore plus pendant les épisodes de liquide.
À Montréal, beaucoup de tout-petits vivent en deux ou trois langues. Quand les otites s’accumulent, certains parents se demandent s’il faudrait simplifier et n’en garder qu’une. Les recherches ne vont pas dans ce sens. Apprendre deux langues ne cause pas de retard de langage (Société canadienne de pédiatrie, 2026), et aucune étude ne montre que le bilinguisme aggrave les effets du liquide.
Il y a quand même une nuance utile. Dans une classe bruyante, des élèves qui écoutaient dans leur langue seconde perdaient plus de mots que leurs camarades, même avec une audition normale (Nelson et collab., 2005). Ce n’était pas une étude sur les otites, mais elle aide à comprendre où se trouvent les situations difficiles.
Pour beaucoup de familles, la garderie est l’endroit le plus bruyant de la journée, et souvent celui de la langue seconde. La maison devient alors l’endroit où votre enfant entend sa langue clairement, de près, sans bruit. Continuez à lui parler dans la langue qui vous vient naturellement. Selon Kimberly Martins, un enfant qui apprend deux ou trois langues n’a pas besoin de mesures différentes pendant un long épisode de liquide. Les mêmes gestes l’aident, dans chacune de ses langues.
Si une évaluation est nécessaire, l’orthophoniste regarde toutes les langues de votre enfant. C’est essentiel pour distinguer une simple différence d’un vrai trouble du langage.
Pendant que le liquide est là : quoi faire à la maison et à la garderie
Attirez son attention avant de parler, et placez-vous face à lui, tout près. Fermez la télé et la musique, et parlez clairement, un peu plus lentement. Rapprochez-vous plutôt que de crier. Utilisez des gestes et des images, lisez ensemble et prévenez l’éducatrice. Ce sont des conseils de professionnels, pas des recettes testées dans des essais.
C’est la question que les parents posent souvent en ligne : « Qu’est-ce qu’on fait en attendant ? » Voici ce que recommandent les lignes directrices et les équipes d’orthophonie et d’audiologie (American Academy of Otolaryngology, 2016; NHS Leeds, 2025; Naître et grandir, 2023) :
- Attirez son attention d’abord. Dites son nom ou touchez-lui l’épaule, puis parlez.
- Face à face, à sa hauteur. Restez proche, à environ une longueur de bras, pour qu’il voie votre visage.
- Moins de bruit. Fermez la télé, la musique et la tablette quand vous lui parlez.
- Clairement, un peu plus lentement. Parlez un peu plus fort, sans crier.
- Des gestes et des images. Montrez l’objet, pointez, mimez.
- Redites plutôt que corriger. S’il dit un mot de travers, redites-le correctement dans une phrase, sans lui demander de répéter.
- Lisez ensemble chaque jour. Les mêmes livres, souvent : il entend les mêmes mots de près, encore et encore.
À la garderie, quelques gestes simples de l’éducatrice aident beaucoup. Demandez-lui d’appeler votre enfant par son nom avant de lui parler, de le placer près d’elle pendant les consignes et de se mettre à sa hauteur. Un court message suffit souvent : « Il a du liquide dans les oreilles en ce moment; il entend moins bien dans le bruit. »
Ces conseils viennent de l’expérience des professionnels. Ils n’ont pas été testés comme tels dans des essais, mais ils sont simples, sans risque, et bons pour le langage de tous les enfants.
Si Kimberly Martins ne devait retenir que quelques gestes, ce seraient ceux-ci. Appuyez-vous beaucoup sur les gestes et les images. Parlez face à face, un peu plus lentement, et un peu plus fort si vous avez la voix douce : votre enfant voit aussi votre bouche. Réduisez le bruit autour. Et suivez les recommandations du médecin pour le liquide, que des tubes soient prévus ou non.

Quand consulter en orthophonie sans attendre les oreilles
N’attendez pas que les oreilles soient réglées pour consulter si le langage vous inquiète. Consultez si votre enfant a déjà un retard, s’il perd des mots, s’il n’atteint pas les repères de son âge ou si vous avez un doute. L’orthophoniste vérifiera que l’audition a été testée et regardera le langage dans toutes ses langues.
Les otites ne devraient jamais devenir la raison d’attendre. Le liquide peut expliquer une partie des difficultés, mais pas forcément toutes. Et si votre enfant a besoin d’aide pour son langage, plus tôt elle commence, mieux c’est.
Parlez-en à une orthophoniste si :
- vers 12 mois, votre enfant fait peu ou pas de gestes, comme pointer ou faire bye-bye;
- vers 18 mois, il ne dit aucun mot;
- vers 2 ans, il ne combine pas encore deux mots, comme « encore lait »;
- vers 3 ans, vous avez vous-même souvent du mal à le comprendre;
- à tout âge, il perd des mots ou des gestes qu’il utilisait;
- il fait partie des enfants plus à risque décrits plus haut.
Pour les repères détaillés, voyez notre guide sur les parleurs tardifs.
Au Québec, le CLSC offre des services en orthophonie gratuits, sans référence, par le programme Agir tôt, de la naissance jusqu’à l’entrée à l’école. Les délais peuvent être longs : notre article sur l’attente en orthophonie au Québec explique quoi faire en attendant. Au privé, vous pouvez consulter une orthophoniste directement, sans référence. En Ontario, le programme public de parole et langage préscolaire est gratuit et ne demande pas de référence.
Lors d’une évaluation en orthophonie, l’orthophoniste vous demandera si l’audition a été vérifiée, et vous orientera vers une audiologiste au besoin. Elle regardera ce que votre enfant comprend et dit, dans chacune de ses langues.
Le conseil de Kimberly Martins est simple : si quelque chose vous inquiète dans sa parole ou son langage, consultez. L’orthophoniste vous dira si l’inquiétude est justifiée et quoi faire ensuite. Et si on vous conseille d’attendre, vous aurez au moins l’esprit tranquille. Si un suivi est recommandé, voyez notre page sur les troubles du langage.
Ce qu’il faut retenir
Les otites à répétition sont éprouvantes pour toute la famille, mais elles condamnent rarement le langage. Ce qui compte, c’est l’audition : combien de temps le liquide reste, et à quel point il fait baisser ce que votre enfant entend. La plupart des enfants rattrapent, et ce que vous faites à la maison pèse lourd dans la balance.
Pendant les épisodes de liquide, rapprochez-vous, parlez face à face et réduisez le bruit. Faites vérifier l’audition si le liquide dure ou si vous avez un doute. Et si un retard de langage vous inquiète, n’attendez pas que les oreilles soient réglées.
Prochaine étape
Gardez sous la main la fiche « Pendant les otites : comment aider mon enfant à entendre et à parler, à la maison et à la garderie », à imprimer et à remettre à l’éducatrice. Si le langage de votre enfant vous inquiète, nos orthophonistes peuvent l’évaluer en clinique à Montréal ou en télépratique partout au Québec et en Ontario. Pour en savoir plus, explorez notre section Langage précoce et parleurs tardifs.
Fiche imprimable : Pendant les otites : comment aider mon enfant à entendre et à parler, à la maison et à la garderie (PDF).
Questions fréquentes
Combien d’otites, c’est trop ?
Il n’y a pas de chiffre magique. C’est le médecin qui décide quand diriger votre enfant vers un ORL, selon la fréquence des otites et la durée du liquide. Pour le langage, ce qui compte n’est pas le nombre d’otites, mais combien de temps votre enfant a moins bien entendu (Zumach et collab., 2011).
Une otite d’un seul côté peut-elle nuire au langage ?
Beaucoup moins. Quand une seule oreille a du liquide, l’autre continue d’entendre normalement. Les études sur le langage et les décisions sur les tubes portent surtout sur le liquide dans les deux oreilles (American Academy of Otolaryngology, 2016). Si votre enfant a toujours du liquide du même côté, parlez-en quand même au médecin.
Mon enfant a du liquide, mais a réussi son test d’audition : est-ce que ça peut quand même jouer ?
Oui, c’est possible. L’audition peut varier d’une semaine à l’autre avec le liquide, et un test donne une image d’une seule journée (American Academy of Otolaryngology, 2016). Si le langage de votre enfant vous inquiète, consultez une orthophoniste, même si le test était normal.
Combien de temps après les tubes verra-t-on une différence ?
L’audition s’améliore habituellement vite, surtout dans les six premiers mois (MacKeith et collab., 2023). Le langage, lui, prend plus de temps : votre enfant doit encore apprendre les mots qu’il entendait mal. Tous les enfants ne réagissent pas de la même façon. Si rien ne bouge après quelques mois, consultez une orthophoniste.
Faut-il une référence pour voir une audiologiste ?
Au Québec, non, si vous consultez au privé. Au public, le test est gratuit, mais certains établissements demandent une référence du médecin. Le programme Agir tôt peut aussi diriger votre enfant vers une audiologiste (OOAQ). En Ontario, pas besoin de référence non plus pour voir un audiologiste (CASLPO, 2026).
Les antibiotiques font-ils partir le liquide ?
Non, pas le liquide seul. Les lignes directrices ne recommandent ni antibiotiques, ni cortisone, ni antihistaminiques, ni décongestionnants pour une otite séreuse (American Academy of Otolaryngology, 2016). Les antibiotiques restent utiles dans d’autres situations, comme certaines otites aiguës. Votre médecin vous dira ce qui convient à votre enfant.
Peut-on prévenir les otites ?
On peut en réduire le risque. Évitez la fumée secondaire, allaitez si c’est possible pour vous, limitez la suce après la première année et gardez les vaccins à jour. La garderie augmente aussi le risque (Société canadienne de pédiatrie, 2022). Votre médecin reste la référence.
La suce cause-t-elle des otites ?
Elle augmente un peu le risque. Dans un essai finlandais, limiter la suce chez les moins de 18 mois a réduit les otites de près d’un tiers (Niemelä et collab., 2000). Votre médecin ou votre orthophoniste peut vous aider à la réduire en douceur.
Mon enfant a eu beaucoup d’otites et prononce mal : est-ce lié ?
Pas à elles seules. Une analyse de quatorze études a trouvé peu ou pas de lien entre le liquide et la prononciation plus tard (Roberts et collab., 2004). Une audition plus faible peut jouer pendant les épisodes. Une évaluation en orthophonie, avec un test d’audition, permet de faire la part des choses.
Les otites causent-elles des troubles d’apprentissage plus tard ?
Pas selon les grands essais. Une étude américaine a suivi plus de quatre cents enfants avec du liquide persistant jusqu’à 9 à 11 ans. Leur langage, leur parole et leurs apprentissages étaient semblables, qu’ils aient eu des tubes tôt ou non (Paradise et collab., 2007).
Les otites peuvent-elles causer un trouble du traitement auditif ?
La question est encore étudiée, et les résultats ne permettent pas de conclure. Si votre enfant entend bien au test, mais semble avoir du mal à comprendre dans le bruit ou à suivre les consignes, une évaluation en audiologie et en orthophonie aide à y voir clair.
Faut-il prévenir la garderie ?
Oui. Quelques gestes simples de l’éducatrice aident beaucoup : appeler votre enfant par son nom avant de lui parler, le placer près d’elle pendant les consignes, et se mettre à sa hauteur. Ce sont les mêmes conseils qu’à la maison (American Academy of Otolaryngology, 2016). La fiche imprimable plus haut les résume.



