Bégaiement ou hésitation normale : quoi écouter, et surtout quoi regarder
Révision clinique : Kimberly Martins, M.A. CCC-SLP · · Politique éditoriale

Aujourd’hui, 22 octobre, c’est la Journée internationale de sensibilisation au bégaiement. C’est l’occasion de répondre à une question que beaucoup de parents d’enfants de 2 à 5 ans se posent : il bégaie, ou il hésite comme tous les enfants de son âge ?
La question est légitime. Dans une grande étude australienne, environ 1 enfant sur 9 avait commencé à bégayer avant 4 ans (revue Cochrane, 2021). Et presque tous les enfants accrochent sur des mots pendant qu’ils apprennent à faire de longues phrases.
Ce qu’il faut savoir
Les hésitations normales sont détendues. Entre 3 et 5 ans, un enfant répète souvent une fois un mot de deux syllabes ou plus : « Je vais manger avec avec maman ». Ou un bout de phrase, parfois toute la phrase : « Je vais, je vais manger ». Il ajoute des « euh », il recommence sa phrase. Ça arrive plus souvent quand il est fatigué ou excité, et il ne semble pas s’en rendre compte (Naître et grandir, 2024).
Le bégaiement sonne autrement : des sons ou des syllabes répétés, des sons étirés, des blocages où rien ne sort. « Je vvvveux a-a-aller à la p-p-piscine. » Il apparaît le plus souvent entre 2 et 5 ans, parfois plus tard, même à la puberté.
L’indice le plus fiable se voit souvent plus qu’il ne s’entend. Le bégaiement s’accompagne fréquemment de tension ou d’effort : les yeux qui clignent, une grimace, la tête qui bouge, de la frustration, l’envie d’éviter certains mots (ASHA). Les hésitations normales n’ont rien de tout ça.
Est-ce que ça va passer ? Souvent, mais lentement : selon Naître et grandir, 65 à 75 % des enfants qui bégaient s’en sortent dans les cinq ans suivant son apparition.
Quand consulter ? Voici nos repères, inspirés de ceux de Naître et grandir.
- Avant 6 ans : si le bégaiement dure depuis plus de 6 mois, si quelqu’un dans la famille bégaie ou a bégayé, si votre enfant y réagit (il évite de parler, se fâche, a honte), ou si vous êtes inquiet.
- À 6 ans et plus : dès que vous l’observez.
Chez le tout-petit, des hésitations ou des mots qui ne viennent pas peuvent aussi signaler une difficulté de langage plutôt qu’un bégaiement. Parlez-en donc à une orthophoniste : ensemble, vous déciderez de surveiller pendant six mois ou de faire une évaluation.
Kimberly l’a déjà écrit : elle croit fermement à l’intervention précoce. Quand on évalue un enfant qui bégaie, on commence par son histoire : quand c’est apparu, si quelqu’un d’autre dans la famille a bégayé, comment ça change d’une situation à l’autre. Puis on l’écoute parler dans plusieurs contextes. Avant 6 ans, on évalue aussi tout son langage, pour écarter une difficulté qui contribuerait aux accrocs ; après 6 ans, seulement si quelque chose nous inquiète. Votre CLSC peut aussi vous orienter.
Deux précisions, enfin. Le bégaiement ne vient ni des émotions, ni de l’intelligence, ni de la façon dont vous élevez votre enfant ; des facteurs génétiques y jouent un rôle. Et parler deux langues ne cause pas le bégaiement. Les enfants bilingues répètent d’ailleurs naturellement plus de mots et de sons, sans bégayer. Ne cessez pas de parler votre langue à la maison.
À essayer cette semaine
Cinq minutes, zéro question. Pour les enfants de 2 à 6 ans : utile pour tous, et encore plus si vous entendez du bégaiement.
Choisissez cinq minutes par jour, toujours au même moment : après le souper, ou au bain. Votre enfant choisit le jeu. Vous suivez.
Pendant ces cinq minutes, aucune question. Au lieu de « Qu’est-ce que tu construis ? », décrivez ce que vous voyez, sans vous presser : « Tu mets le bloc rouge… tout en haut. » Puis attendez. Comptez jusqu’à trois dans votre tête avant de reparler.
S’il accroche sur un mot, gardez le regard sur lui, laissez-le finir, puis répondez à ce qu’il a dit : « Oui ! La tour est plus grande que toi ! » Ne terminez pas le mot à sa place. Évitez aussi « ralentis » et « prends ton temps », des consignes que Naître et grandir déconseille.
Pourquoi ça marche : selon la Stuttering Foundation, un enfant parle plus librement quand il exprime ses idées que lorsqu’il répond aux questions d’un adulte. Et votre propre façon de parler, sans hâte, l’aide davantage que n’importe quel conseil. À la fin de la semaine, observez s’il parle plus longtemps, ou plus facilement.
Pour les adultes
Environ 1 % de la population bégaie, selon l’OOAQ. Tous les adultes hésitent davantage quand ils sont fatigués ou nerveux. Le bégaiement, lui, revient d’une situation à l’autre, et s’accompagne souvent de tension ou d’évitement : changer de mot à la dernière seconde, laisser quelqu’un d’autre faire l’appel.
Un bégaiement qui apparaît soudainement chez un adulte qui n’a jamais bégayé, surtout après une maladie ou une blessure à la tête, doit d’abord être vu par un médecin. S’il s’accompagne d’autres signes soudains, comme une faiblesse d’un côté du corps ou un trouble de la vue, composez le 9-1-1.
À Montréal, l’Association bégaiement communication (ABC) présente aujourd’hui une activité au Festival international du cinéma adapté de Montréal, de 13 h à 14 h 30. Sa journée-rencontre a lieu le samedi 24 octobre, de 9 h à 16 h. L’ABC offre aussi des groupes d’intervention à distance pour les adultes qui bégaient.
À lire ailleurs
« Bégaiement (ou trouble de la fluidité) », OOAQ : en une page, l’ordre des orthophonistes explique ce qui distingue le bégaiement d’une hésitation. Le type d’accroc compte, mais aussi sa fréquence, sa durée et la tension.
De VoxLingue
Notre nouveau guide, Bégaiement ou hésitation normale ?, compare les deux de l’enfance à l’âge adulte. Il comprend une fiche à imprimer pour noter ce que vous entendez, à apporter à l’orthophoniste.
Votre question : qu’est-ce qu’on vous a déjà conseillé de dire à un enfant qui bégaie ? Répondez à ce courriel en une ligne : on lit toutes les réponses.
Cette infolettre informe et ne remplace pas une évaluation. Read in English
