Crises et comportements difficiles : et si c'était le langage ?

« Il fait des crises pour tout. » « Il frappe quand on lui dit non. » « À la garderie, on me dit qu’il ne suit pas le groupe. » Beaucoup de parents arrivent chez l’orthophoniste avec ces phrases-là. Ils se sentent découragés et ne comprennent pas pourquoi leur enfant réagit ainsi. Plusieurs ont déjà une intuition : « Il fait ça parce qu’il ne peut pas dire ce qu’il veut. »
Les crises font partie du développement. Mais quand un enfant comprend mal ce qu’on lui demande, manque de mots pour s’exprimer ou n’arrive pas à se faire comprendre, la frustration sort souvent par le comportement. L’Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec (OOAQ) cite d’ailleurs « votre enfant fait des colères quand il n’est pas compris » parmi les raisons de consulter une orthophoniste.
Ce guide s’adresse aux parents d’enfants de 2 à 10 ans. Il explique comment savoir si le langage fait partie de la réponse, quoi observer, quoi essayer à la maison et comment une orthophoniste peut aider. Il porte sur la communication. Le comportement et les émotions relèvent d’autres professionnels, que nous vous présentons plus loin. Pour les plus petits, notre section sur le langage précoce et les parleurs tardifs complète cette lecture.
Les crises, c’est normal ?
Oui, la plupart du temps. Les crises de colère sont fréquentes entre environ 18 mois et 3 ans, et elles diminuent habituellement vers 3 ou 4 ans, à mesure que l’enfant s’exprime avec des mots. Presque tous les enfants d’âge préscolaire en font parfois, mais moins d’un sur dix en fait chaque jour. Ce qui compte, c’est l’ensemble.
Naître et grandir, la référence québécoise des parents, situe les crises de colère surtout entre 18 et 36 mois. Parmi les déclencheurs, le site nomme le moment où l’enfant « manque de mots pour s’exprimer ». Il ajoute que les crises diminuent quand l’enfant peut s’exprimer davantage avec des mots.
Les chiffres vont dans le même sens. Dans une étude américaine auprès de 1 490 enfants d’âge préscolaire, environ 84 % faisaient des crises à l’occasion, mais 8,6 % seulement en faisaient chaque jour (Wakschlag et collègues, 2012). La plupart des crises sont courtes : dans une autre étude, 3 crises sur 4 duraient 5 minutes ou moins (Potegal et collègues, 2003).
Ce qui mérite un regard de plus près
Une crise isolée dit peu de choses. Ce sont les tendances qui comptent : à quelle fréquence, combien de temps, avec quelle intensité, et dans quelles situations. Une question est particulièrement utile ici : les mots font-ils partie du problème ? La crise suit-elle une consigne que l’enfant n’a peut-être pas comprise, ou un moment où il devait demander quelque chose sans en être capable ?
Se dire « c’est normal à son âge » ou « attendons qu’il ait 4 ans » ne répond pas à la question la plus importante : pourquoi ? Kimberly Martins, orthophoniste et fondatrice de VoxLingue, insiste sur ce point. Même quand une crise est typique de l’âge, on peut chercher ce qui la déclenche et agir. On peut aider l’enfant à reconnaître ce qui se passe, et lui offrir une autre façon de demander ou de refuser.

Quel est le lien entre le langage et le comportement ?
Les mots servent à demander, refuser, attendre et se calmer. Un enfant qui en a moins se fâche plus vite. Les recherches le confirment : les tout-petits qui parlent peu font des crises plus intenses, et les enfants ayant un trouble du langage ont plus souvent des difficultés de comportement. Le lien est réel, mais ne touche pas tous les enfants.
Pensez à tout ce qu’un enfant de 3 ans doit gérer avec des mots. Dire « c’est à moi », demander de l’aide, expliquer qu’il a faim, comprendre « on part dans cinq minutes ». S’il n’a pas les mots, il lui reste les gestes, les cris et parfois les coups. Ce n’est pas un caprice : c’est souvent le seul moyen qu’il a sous la main.
Ce que disent les études
Chez les tout-petits, une vaste étude auprès de 2 001 enfants de 12 à 38 mois a observé que moins un enfant dit de mots, plus ses crises sont fréquentes et intenses. Les « parleurs tardifs » de 24 à 30 mois avaient environ deux fois plus de risque de faire des crises sévères (Manning et collègues, 2019). L’étude reposait sur les réponses des parents, à un seul moment.
Une autre équipe a suivi 120 enfants de 18 mois à 4 ans. Ceux dont le langage était meilleur, ou progressait plus vite, se montraient moins en colère à 4 ans. En partie parce qu’ils savaient mieux demander de l’aide ou se changer les idées pendant une attente (Roben et collègues, 2013).
Plus tard, l’écart se confirme. Une synthèse de 47 études regroupant 63 153 enfants et adolescents a conclu que les jeunes ayant un trouble du langage présentent, en moyenne, plus de difficultés de comportement. Et cet écart augmente avec l’âge (Curtis et collègues, 2018). Une autre synthèse estime qu’ils sont environ deux fois plus susceptibles d’avoir plus tard des difficultés émotionnelles ou de comportement importantes (Yew et O’Kearney, 2013).
Il faut toutefois garder ces chiffres en perspective. À l’échelle de toute la population, le lien entre langage et comportement est modeste (Chow et collègues, 2018). La plupart des enfants qui ont un trouble du langage n’ont pas de trouble du comportement. Et la plupart des crises ne viennent pas du langage.
Le langage d’abord, le comportement ensuite ?
Les études qui suivent des enfants pendant des années suggèrent que les difficultés de langage précèdent plus souvent les difficultés de comportement que l’inverse (Petersen et collègues, 2013). Elles ne prouvent pas que l’un cause l’autre. Le tempérament, l’attention, le sommeil ou le stress familial jouent aussi. Mais elles donnent une bonne raison de regarder le langage tôt, plutôt que d’attendre.

Comment savoir si ça vient du langage ?
Regardez quatre parties de la communication. Comprendre : la crise suit-elle une consigne ou un changement qu’il n’a peut-être pas compris ? S’exprimer : a-t-il les mots pour demander, refuser ou expliquer ? Se faire comprendre : les autres le comprennent-ils ? Communiquer avec les autres : tours de parole, jeu, conflits.
La communication, ce n’est pas seulement parler. Un enfant peut avoir beaucoup de mots et mal comprendre les phrases longues. Il peut bien comprendre, mais manquer de mots pour dire ce qu’il veut. Il peut parler, mais être difficile à comprendre pour les adultes qui ne le connaissent pas. Ou encore bien parler, mais trouver difficile de se joindre à un jeu ou de régler un conflit avec des mots.
Dans chaque cas, la frustration peut sortir par le comportement. Les parents décrivent souvent les mêmes situations. Des crises très longues, des transitions difficiles (se préparer pour la garderie, arrêter de jouer pour venir manger), une grosse réaction au mot « non ». Ou un enfant qui mord ou frappe quand il n’obtient pas ce qu’il veut. Le tableau suivant aide à voir ce qui peut se cacher derrière.
| Ce que vous voyez | Ce qui peut venir du langage | Ce qui oriente aussi ailleurs |
|---|---|---|
| Une crise juste après une consigne ou un changement d’activité | Il n’a peut-être pas compris la consigne, ou ce qui s’en vient | La crise arrive même quand la consigne est courte, connue et montrée avec un geste ou une image |
| « Il n’écoute pas », vous devez tout répéter | Les phrases longues ou les mots comme « avant », « après », « sauf si » sont difficiles à comprendre | Il comprend bien quand vous vérifiez, mais il a du mal à rester attentif partout |
| Il pointe et crie pour obtenir quelque chose | Il a peu de mots ou de phrases pour demander | Il demande sans difficulté quand il est calme |
| Il prend les choses lui-même, sans rien demander | Demander est difficile ou ne fonctionne pas bien pour lui | Il le fait même quand il sait très bien demander |
| Il mord ou frappe pour refuser ou protester | Il ne sait pas encore dire « non », « arrête » ou « c’est à moi » | Il est agressif à presque chaque crise, même quand il a les mots |
| Il s’impatiente vite avec les adultes qu’il connaît moins | Les personnes nouvelles le comprennent moins bien que vous | La frustration est la même avec tout le monde, même avec vous |
| De 6 à 10 ans : conflits avec les amis, il « prend tout mal », ne saisit pas les blagues | L’usage social du langage et le langage non littéral (expressions, sous-entendus) sont difficiles | Les conflits surviennent aussi dans des jeux sans paroles |
| De 6 à 10 ans : opposition surtout aux devoirs, à la lecture ou pendant les longues explications | Les tâches très verbales lui demandent plus d’effort | L’opposition est la même dans toutes les activités |
Ce tableau ne pose pas de diagnostic. Il aide à formuler une question que l’orthophoniste pourra vérifier. Les deux colonnes de droite ne s’excluent pas : un enfant peut avoir une difficulté de langage et une autre difficulté en même temps.
Certains signes concernent le développement global plutôt que le langage seul : une motricité en retard, une grande difficulté à se calmer, des comportements répétitifs ou des intérêts très restreints. Dans ces situations, l’orthophoniste recommande de consulter le médecin de famille, qui pourra orienter vers une évaluation plus large. Nous y revenons plus loin, dans la section sur les professionnels.

Pourquoi c’est parfois plus calme à la maison
Les parents connaissent leur enfant mieux que personne. Ils devinent ce qu’il veut avant même qu’il le demande, comprennent ses mots mal prononcés et reconnaissent ses gestes. À la maison, l’enfant a donc moins besoin de mots pour se faire comprendre.
À la garderie ou à l’école, c’est différent. Les éducatrices, les enseignants et les autres enfants ne peuvent pas deviner aussi bien. L’enfant doit demander, expliquer et suivre des consignes de groupe. C’est souvent là que l’impatience et la frustration apparaissent. Si votre enfant est calme avec vous, mais en difficulté ailleurs, le langage mérite d’être regardé de plus près.
L’inverse arrive aussi. Certains enfants tiennent bon toute la journée et éclatent au retour à la maison, là où ils se sentent en sécurité. Dans les deux cas, noter où et avec qui les crises surviennent vous donne des indices précieux. La section sur l’observation, plus bas, vous explique comment faire.
« Il n’écoute pas » : et si c’était la compréhension ?
Les difficultés de compréhension sont celles qu’on remarque le moins. Un enfant qui ne comprend pas une consigne longue peut sembler distrait, opposant ou « dans la lune ». À l’école, le trouble développemental du langage (TDL) touche environ 7 % des enfants, soit à peu près deux élèves par classe, et il passe souvent inaperçu.
Un enfant qui comprend mal développe souvent des stratégies pour s’en sortir. Il observe les autres et les imite. Il suit le mouvement du groupe, avec un temps de retard. Ces stratégies fonctionnent assez bien pour cacher la difficulté, ce qui explique qu’on puisse passer à côté pendant longtemps.
À la garderie et à la maison
À la garderie ou à l’école, l’enfant qui ne comprend pas regarde souvent autour de lui pour copier les autres. Il a du mal à suivre le groupe, veut quitter le cercle pour faire autre chose, ou reste debout, figé, sans savoir quoi faire. On peut le croire distrait ou rêveur. À la maison, les parents ont l’impression qu’il n’écoute pas et doivent répéter sans cesse. Parent et enfant finissent par se sentir dépassés.
Les organismes professionnels font le même constat. Au Royaume-Uni, l’association des orthophonistes (RCSLT) rappelle que les enfants qui ont du mal à comprendre peuvent réagir par de la frustration ou de l’agressivité. Un enfant qui ne comprend pas la consigne peut alors sembler « défiant », alors qu’il ne sait simplement pas quoi faire.
Une difficulté souvent invisible
L’OOAQ décrit le TDL comme « peu connu, peu visible ». Il touche environ 7 % de la population, et il est cinq fois plus fréquent que l’autisme. Une grande étude anglaise auprès d’enfants de 4 à 5 ans arrive au même ordre de grandeur, soit environ deux enfants par classe de 30 (Norbury et collègues, 2016). Dans une étude américaine, seulement 29 % des parents d’enfants ayant un TDL avaient déjà été avertis d’une difficulté de langage (Tomblin et collègues, 1997).
Le TDL est aussi souvent associé à des difficultés de contrôle des émotions, selon l’OOAQ. Notre article sur le trouble du langage chez l’enfant bilingue explique comment on le reconnaît quand l’enfant parle plus d’une langue.
À l’école, de 6 à 10 ans
À l’âge scolaire, les difficultés de compréhension se cachent derrière des phrases comme « il n’écoute pas en classe ». Les consignes à plusieurs étapes, les explications orales et les devoirs demandent beaucoup de langage. Un enfant qui comprend mal peut décrocher, s’agiter ou refuser, et on voit d’abord le comportement.
Des études menées en clinique de pédopsychiatrie montrent l’ampleur du phénomène. Chez des enfants dirigés uniquement pour leur comportement ou leurs émotions, 34 % à 40 % avaient une difficulté de langage que personne n’avait soupçonnée (Cohen et collègues, 1993 et 1998). Ces difficultés étaient souvent plus subtiles, d’où le fait qu’on ne les avait pas vues.
Si votre enfant est suivi pour son comportement, demandez si son langage, et surtout sa compréhension, a été évalué. Ce n’est pas une remise en question du travail des autres professionnels. C’est une pièce d’information qui peut les aider, surtout si l’aide proposée passe beaucoup par la parole.
Comment observer avant de consulter ?
Avant de conclure, observez pendant une ou deux semaines. Notez ce qui s’est passé juste avant la crise, combien de temps elle a duré, comment elle s’est terminée, où, à quel moment et avec qui. Ensuite, prenez rendez-vous avec le médecin de famille, et faites vérifier l’audition si ça n’a jamais été fait.
Vos observations sont précieuses. Elles aident l’orthophoniste, le médecin ou tout autre professionnel à comprendre ce qui se passe, bien mieux qu’un souvenir général. Pour chaque crise, notez :
- Ce qui s’est passé : le type de comportement (pleurs, cris, coups, refus).
- Juste avant : une consigne, un « non », une transition, un bruit, une attente.
- La durée, et comment la crise s’est terminée.
- Les émotions de votre enfant avant et après.
- Où et quand : à la maison, à la garderie, le matin, avant le souper.
- Avec qui : est-ce plus fréquent avec un parent qu’avec l’autre, ou avec certaines personnes ?
- Votre hypothèse : selon vous, pourquoi est-ce arrivé ?
Après quelques jours, des tendances apparaissent souvent. Les crises suivent-elles surtout les consignes, les changements d’activité ou les moments où il doit demander quelque chose ? Si oui, le langage est une piste à explorer.
Posez-vous aussi deux questions. Y a-t-il eu un grand changement récemment, comme l’arrivée d’un bébé, un déménagement ou une nouvelle garderie ? Un changement peut expliquer de nouvelles réactions, et votre enfant aura besoin de temps et de sécurité pour s’adapter. Ensuite, se développe-t-il comme prévu dans tous les domaines : la motricité, les relations avec les autres, les émotions et le langage ?
Fiche à imprimer : Est-ce que ça vient du langage ? Grille d’observation (PDF, 1 page). Notez chaque crise pendant une ou deux semaines, puis apportez la grille à votre rendez-vous.
Pourquoi vérifier l’audition
Un enfant qui entend mal peut sembler ne pas écouter. Les otites à répétition ou le liquide derrière le tympan peuvent réduire l’audition par moments, sans que ça se voie. Avant de conclure à un problème de comportement ou de langage, une évaluation de l’audition est toujours une bonne idée si elle n’a jamais été faite.
L’association américaine des orthophonistes et audiologistes (ASHA) recommande d’ailleurs de vérifier l’audition chez tout enfant dont le langage tarde, pour écarter une perte auditive. Parlez-en au médecin de famille ou au CLSC, qui pourront vous diriger vers un audiologiste.
Quoi faire à la maison pour aider la communication ?
Allégez la part des mots. Utilisez des images et des gestes dans la routine pour que votre enfant sache ce qui s’en vient et ce qu’on attend de lui. Parlez en phrases courtes, une consigne à la fois, à sa hauteur. Annoncez les changements. Donnez-lui des mots pour demander et refuser, puis attendez sa réponse.
Ces stratégies sont celles que les orthophonistes recommandent souvent aux familles. Elles soutiennent la communication. Elles ne prétendent pas faire disparaître les crises, et elles ne remplacent pas l’aide d’un autre professionnel quand le comportement l’exige.
Montrer plutôt que dire
Les images et les gestes enlèvent une partie de la charge des mots. Un horaire du matin en images (s’habiller, déjeuner, manteau, garderie) permet à l’enfant de savoir ce qui vient ensuite, sans avoir à tout comprendre à l’oral. Vous pouvez simplement prendre en photo les vraies étapes de votre routine et les coller sur le frigo.
Pour les transitions, annoncez le changement et montrez-le. « Encore deux tours, puis on mange », en levant deux doigts. Puis montrez l’assiette ou la photo du repas. La formule « d’abord… ensuite… » aide beaucoup : « D’abord les souliers, ensuite le parc. » L’enfant sait ce qu’on attend de lui, et ce qui suit.
Parler simplement, et vérifier
Mettez-vous à sa hauteur et attendez qu’il vous regarde ou vous écoute avant de parler. Donnez une consigne à la fois, en phrases courtes. Évitez les mots abstraits comme « avant », « après » ou « sauf si » quand il est fâché ou fatigué. Puis vérifiez qu’il a compris : « Montre-moi ce que tu vas faire. »
Donnez-lui aussi des mots pour ce qu’il veut et ce qu’il refuse. « Tu peux dire : non merci. » « Dis : à moi. » « Tu peux dire : aide-moi. » Nommer ce qu’il ressent fait aussi partie du langage : « Tu es fâché, tu voulais continuer à jouer. » Après une question, attendez quelques secondes en silence. Beaucoup d’enfants ont besoin de ce temps pour trouver leurs mots.
| Au lieu de… | Essayez… |
|---|---|
| « Va te préparer, on part bientôt pour la garderie ! » | Montrer la photo du manteau : « Manteau. Ensuite, l’auto. » |
| « Arrête ça tout de suite et viens souper avant que ça refroidisse. » | « Encore deux tours (deux doigts), puis on mange. » |
| « Pourquoi tu as fait ça ? » | « Tu voulais le camion. Dis : à moi. » |
| « Range ta chambre. » | « D’abord les blocs dans la boîte. » (en montrant la boîte) |
| Répéter la même consigne plus fort | Se mettre à sa hauteur, montrer, puis demander : « Montre-moi. » |

Ce qui ne relève pas de l’orthophonie
Aider un enfant à se calmer pendant une crise, en restant soi-même calme et en l’accompagnant (on parle de corégulation), est essentiel. Ce n’est toutefois pas le rôle de l’orthophoniste. Le médecin, une psychoéducatrice ou un psychologue peuvent vous guider sur ce plan. L’orthophoniste, elle, vous aide à alléger la part des mots et à donner à votre enfant les moyens de dire ce qu’il veut.
Dans une famille bilingue
Selon l’OOAQ, le TDL n’est causé ni par un manque de stimulation ni par l’apprentissage de plusieurs langues. Un enfant bilingue qui a un TDL a des difficultés dans toutes ses langues. Continuez à parler la langue dans laquelle vous êtes à l’aise. Une évaluation tiendra compte de toutes les langues de votre enfant. Notre article sur les étapes du langage chez l’enfant bilingue donne des repères par âge.
Comment l’orthophoniste peut-elle aider ?
L’orthophoniste évalue la compréhension, l’expression, la parole et l’usage social du langage, dans chacune des langues de l’enfant. Elle vérifie si une difficulté de langage contribue aux crises. Elle travaille ensuite avec l’enfant, guide les parents et peut outiller la garderie ou l’école. Elle ne traite pas le comportement lui-même.
L’évaluation
L’évaluation en orthophonie commence par vos observations. La grille que vous avez remplie et vos inquiétudes orientent les questions. L’orthophoniste observe ensuite votre enfant en jeu et en conversation, et utilise des tâches adaptées à son âge. Elle regarde ce qu’il comprend, ce qu’il dit, comment il le dit et comment il communique avec les autres. Chez un enfant bilingue, elle tient compte de chaque langue.
À la fin, elle vous explique ce qu’elle a vu. Une difficulté de langage contribue-t-elle aux crises ? Si oui, laquelle ? Si non, vers qui vous tourner ? Dans les deux cas, vous repartez avec des pistes concrètes.
Le suivi
Si une difficulté de langage est en cause, le suivi vise la communication. Apprendre à demander, à refuser, à expliquer, à comprendre des consignes plus longues. Les mots des émotions peuvent aussi devenir des objectifs de vocabulaire. Les parents y jouent un grand rôle : les interventions guidées par l’orthophoniste et appliquées par les parents améliorent la compréhension et l’expression des jeunes enfants (Roberts et Kaiser, 2011).
L’orthophoniste peut aussi préparer avec vous des supports visuels adaptés à votre routine. Elle peut donner des pistes à l’éducatrice ou à l’enseignant pour que les consignes soient plus faciles à suivre en groupe. Si la famille préfère d’abord attendre de voir, quelques séances peuvent servir de point de départ. Si les choses changent peu, on explore d’autres services en parallèle.
Ce que l’orthophonie peut, et ne peut pas, promettre
Les données sont encourageantes, mais encore limitées. Dans une étude randomisée auprès de 97 enfants ayant un retard de langage, une intervention menée par les parents a été suivie, un an plus tard, de moins de comportements difficiles rapportés par les parents (Curtis et collègues, 2019). Une revue de 19 études va dans le même sens, mais la plupart étaient de qualité modeste (Law et collègues, 2012).
Nous ne promettons donc pas que l’orthophonie fera cesser les crises. Elle peut réduire une source de frustration importante, et rendre l’aide des autres professionnels plus accessible. Les thérapies qui passent par la parole sont en effet plus difficiles à suivre pour un enfant qui comprend mal (Cohen et collègues, 2000). Pour en savoir plus, consultez notre page sur les troubles du langage.

Orthophoniste, psychoéducatrice, psychologue : qui fait quoi ?
L’orthophoniste s’occupe de la communication. La psychoéducatrice aide l’enfant à s’adapter et accompagne le comportement au quotidien. Le psychologue évalue et traite les difficultés émotionnelles et de comportement. Le médecin écarte les causes médicales et oriente. Souvent, plusieurs travaillent ensemble, car le langage n’est qu’une pièce du casse-tête.
Les comportements difficiles ont rarement une seule cause. Le langage peut en faire partie, tout comme l’attention, la sensorialité, le sommeil, l’anxiété ou un changement dans la famille. C’est pourquoi l’enfant a parfois besoin de plus d’un type d’aide. « Le langage n’est qu’une pièce du casse-tête », rappelle Kimberly Martins.
| Professionnel | Son rôle auprès de l’enfant | Quand y penser |
|---|---|---|
| Orthophoniste | Comprendre, s’exprimer, se faire comprendre, communiquer avec les autres | Vous soupçonnez que le langage joue un rôle dans les crises |
| Médecin de famille ou pédiatre | Écarter une cause médicale, faire vérifier l’audition, orienter vers une évaluation du développement | Toujours un bon premier pas, surtout si plusieurs domaines vous inquiètent |
| Psychoéducatrice ou psychoéducateur | L’adaptation et le comportement au quotidien, à la maison, à la garderie ou à l’école | Les crises sont fréquentes ou intenses, ou vous vous sentez dépassé |
| Psychologue ou neuropsychologue | Les émotions, l’anxiété, le comportement, l’attention et le fonctionnement global | Les difficultés touchent plusieurs sphères ou persistent malgré l’aide |
| Ergothérapeute | La motricité, l’autonomie et le traitement sensoriel | Les vêtements, les bruits ou les textures déclenchent des crises; la motricité est en retard |
| Éducatrice spécialisée (CPE, école) | Le soutien de l’enfant dans le groupe | La garderie ou l’école a de la difficulté à l’accompagner |
Quand l’orthophoniste oriente ailleurs
Si elle remarque des signes qui touchent le développement global, l’orthophoniste recommande de consulter le médecin de famille. Une motricité en retard, une grande difficulté à se calmer, des comportements répétitifs ou des intérêts très restreints en font partie. Le médecin peut diriger l’enfant vers une évaluation du développement dans le réseau public. Les familles peuvent aussi consulter au privé pour éviter l’attente.
Si d’autres aspects sont touchés, elle peut aussi suggérer un ergothérapeute, un neuropsychologue ou une psychoéducatrice. Elle ne diagnostique pas le TDAH, l’anxiété, un trouble du comportement ou l’autisme. Ces évaluations relèvent du médecin, du psychologue ou du neuropsychologue.
Par où commencer au Québec
Le médecin de famille ou le CLSC est un bon point de départ. Pour les enfants de 0 à 5 ans, le programme Agir tôt du réseau public repère les signes de difficultés de développement et oriente vers les bons services. Il est gratuit, et vous pouvez appeler votre CLSC en tout temps si le développement de votre enfant vous inquiète.
Au privé, vous pouvez consulter une orthophoniste sans recommandation médicale. À l’école, parlez à l’enseignant et demandez quels services sont offerts, comme l’orthophonie ou la psychoéducation. Au CPE, une éducatrice spécialisée peut parfois soutenir l’enfant dans le groupe. Le délai d’attente au public vous inquiète ? Notre article sur l’attente en orthophonie au Québec explique vos options.

Quand consulter sans attendre
Certaines situations demandent l’avis d’un médecin, du CLSC ou d’un psychologue rapidement. Ces repères viennent de la recherche sur les crises chez les enfants d’âge préscolaire et de Naître et grandir. Ce ne sont pas des critères de diagnostic (Belden et collègues, 2008). Consultez si :
- votre enfant se blesse pendant les crises, ou blesse souvent les autres;
- les crises durent très longtemps (plus de 25 minutes en moyenne) ou surviennent plusieurs fois par jour, plusieurs jours de suite;
- il n’arrive presque jamais à se calmer, même avec votre aide;
- les crises restent fréquentes et intenses après 4 ans, ou apparaissent soudainement;
- vous vous sentez dépassé ou épuisé.
En cas de danger immédiat pour votre enfant ou pour quelqu’un d’autre, composez le 911. Pour parler rapidement à un professionnel en intervention psychosociale, appelez Info-Social au 811 (option 2). Le service est gratuit, confidentiel et offert 24 heures sur 24.
Et vous, les parents ?
Vivre avec des crises fréquentes est épuisant. Il est normal de se sentir impuissant ou à bout. Prendre soin de vous aide aussi votre enfant. Selon votre situation, l’orthophoniste peut vous suggérer du soutien pour vous-même : un thérapeute familial, des consultations de soutien ou des services de répit. Demander de l’aide n’est pas un aveu d’échec. C’est une façon de garder l’énergie dont votre enfant a besoin.
Ce qu’il faut retenir
Regardez le langage avant de juger le comportement. Avant de conclure que votre enfant « fait du comportement », demandez-vous s’il comprend ce qu’on lui demande, s’il a les mots pour répondre et si les autres le comprennent. Souvent, la réponse aide à voir ses crises autrement.
Les crises de colère et le langage sont liés, mais le langage n’explique pas tout. Observez, notez, faites vérifier l’audition et parlez-en à votre médecin. Allégez la part des mots avec des images et des gestes. Et si le langage vous semble en cause, une orthophoniste peut l’évaluer et vous outiller, en équipe avec les autres professionnels qui accompagnent votre enfant.
Prochaine étape
Imprimez la grille d’observation et notez les crises pendant une ou deux semaines. Si le langage, la compréhension ou la façon dont votre enfant se fait comprendre vous inquiète, une évaluation en orthophonie peut faire le point. Nos orthophonistes reçoivent les familles à Montréal et en ligne, en français et en anglais.
Cet article est une information générale. Il ne remplace pas une évaluation par un professionnel.
Questions fréquentes
Un retard de langage peut-il causer des crises ?
Il peut y contribuer. Les tout-petits qui parlent peu font, en moyenne, des crises plus fréquentes et plus intenses : les parleurs tardifs de 2 ans ont environ deux fois plus de risque de crises sévères (Manning et collègues, 2019). Mais le langage n’est jamais la seule explication. Le tempérament, le sommeil, l’attention et le contexte familial comptent aussi.
Les crises vont-elles cesser quand il parlera mieux ?
Souvent, elles diminuent à mesure que les mots arrivent. Les enfants dont le langage progresse se montrent en moyenne moins en colère vers 4 ans (Roben et collègues, 2013). Rien n’est garanti pour autant. Si les crises restent fréquentes et intenses après 4 ans, parlez-en au médecin.
Est-ce de ma faute ?
Non. Les crises font partie du développement, et un trouble du langage n’est pas causé par un manque de stimulation, selon l’OOAQ. Les stratégies de communication que vous mettez en place peuvent aider, mais elles ne veulent pas dire que vous avez mal fait avant.
Faut-il attendre qu’il ait 4 ans ?
Non. Si son langage vous inquiète, vous pouvez consulter à tout âge. Attendre ne dit pas pourquoi les crises surviennent. Une évaluation permet de savoir si une difficulté de langage joue un rôle, et de commencer à aider plus tôt si c’est le cas.
Orthophoniste ou psychoéducatrice : qui consulter d’abord ?
Si le langage vous inquiète, commencez par l’orthophoniste. Si c’est surtout le comportement, les émotions ou votre propre épuisement, la psychoéducatrice ou le médecin sont de bons points de départ. Souvent, les deux sont utiles, et chacun peut vous diriger vers l’autre.
Mon enfant comprend tout, mais parle peu : est-ce le langage ?
C’est possible. Le manque de mots suffit à créer beaucoup de frustration : il sait ce qu’il veut, mais ne peut pas le dire. L’orthophoniste vérifiera aussi sa compréhension. Les parents la surestiment souvent, parce que l’enfant s’appuie sur la routine et les gestes pour deviner.
Le bilinguisme peut-il causer des crises ?
Non, le bilinguisme ne cause pas de trouble du langage. Un enfant qui apprend deux langues peut parfois chercher ses mots, surtout s’il entre dans une garderie ou une école dans une langue qu’il connaît moins. Si les difficultés touchent toutes ses langues, une évaluation est indiquée.
L’orthophonie peut-elle régler les problèmes de comportement ?
Elle aide la communication, ce qui peut réduire une source importante de frustration. Une étude randomisée a observé moins de comportements difficiles après une intervention de langage menée par les parents (Curtis et collègues, 2019). Mais l’orthophonie ne traite pas le comportement lui-même, et nous ne promettons pas que les crises cesseront.
Et si c’était un TDAH ?
Le TDL et le TDAH peuvent coexister chez un même enfant. Seul un médecin, un psychologue ou un neuropsychologue peut poser un diagnostic de TDAH. Notre article sur le TDAH et le langage explique comment l’attention influence la communication.
Mon enfant a été renvoyé de la garderie : que faire ?
C’est une situation difficile, et plusieurs familles la vivent. Demandez une rencontre pour comprendre ce qui se passe et dans quelles situations. Prenez rendez-vous avec le médecin de famille et faites évaluer le langage. Une éducatrice spécialisée ou une psychoéducatrice peut aussi aider l’enfant à s’intégrer dans son prochain milieu.


