Les écrans causent-ils un retard de langage ? Ce que dit vraiment la recherche

Votre tout-petit dit encore peu de mots, et une question vous trotte dans la tête : est-ce à cause des écrans ? C’est souvent l’une des premières questions que les parents posent à l’orthophoniste. La suivante vient vite : faut-il tout enlever, ou peut-on en garder un peu pour arriver à faire le souper ?
Les écrans font partie de la vie de famille. Les manchettes, elles, se contredisent : certaines parlent d’un « fléau », d’autres d’applications qui apprennent à parler. Au Québec, l’Ordre des orthophonistes et audiologistes (OOAQ) rappelle que les interactions humaines en temps réel sont essentielles au langage, et que l’usage des écrans est une responsabilité partagée (2025).
Ce guide fait le point, sans jugement. Il explique si les écrans causent un retard de langage selon la recherche, ce qui compte plus que le nombre de minutes, quoi faire dans la vraie vie, et quand consulter, peu importe les habitudes d’écran. Pour les repères généraux, notre section sur le langage précoce et les parleurs tardifs complète cette lecture.
Les écrans causent-ils vraiment un retard de langage ?
La recherche montre un lien réel, mais modeste, et surtout des associations. En moyenne, plus de temps d’écran va avec un langage un peu plus faible, alors que regarder ensemble va avec un langage un peu meilleur. Aucune étude ne prouve que les écrans, à eux seuls, causent un retard de langage.
Les recherches regroupées donnent la meilleure vue d’ensemble. En 2020, une équipe canadienne a combiné quarante-deux études portant sur près de dix-neuf mille enfants (Madigan et collègues). Plus de temps d’écran allait avec un langage un peu plus faible. À l’inverse, regarder avec un adulte et choisir des émissions éducatives allaient avec un langage un peu meilleur. Dans les deux cas, les liens étaient faibles.
Reste à savoir dans quel sens va le lien. À Calgary, une étude a suivi environ deux mille cinq cents enfants (Madigan et collègues, 2019). Plus de temps d’écran à 2 et à 3 ans y précédait des résultats un peu plus faibles à un questionnaire de développement, un ou deux ans plus tard. L’inverse n’a pas été observé. Ce questionnaire mesure le développement global, pas seulement le langage.
Au Québec, l’Étude longitudinale du développement des enfants du Québec va dans le même sens. Plus de télé à 29 mois y était associée à un vocabulaire réceptif plus faible (les mots que l’enfant comprend) à l’entrée à la maternelle (Pagani et collègues, 2013).
Au Japon, une grande étude a trouvé que plus le temps d’écran était élevé à 1 an, plus les retards de communication étaient fréquents à 2 ans (Takahashi et collègues, 2023). L’écart était le plus marqué au-delà de quatre heures par jour.
Ces études ont toutefois une limite. Aucune n’a réparti des enfants au hasard entre plus ou moins d’écrans. Un enfant qui parle déjà peu, ou une famille épuisée, peut aussi se tourner davantage vers les écrans.
Kimberly Martins, orthophoniste et fondatrice de VoxLingue, résume bien ce que la recherche permet de dire. Selon elle, les écrans ne causent pas un trouble. Ils peuvent toutefois aggraver une difficulté déjà présente, parce qu’ils prennent du temps dans la journée. C’est du temps que l’enfant aurait pu passer à échanger avec les autres, ou à jouer seul et à développer son jeu.
La vraie question devient donc : qu’est-ce que l’écran remplace ?

Ce que l’écran remplace : les échanges
Le langage se construit dans les échanges avec les personnes. Quand un écran est allumé, les adultes parlent moins et les enfants vocalisent moins. Or, les tours de parole entre 18 et 24 mois prédisent le langage des années plus tard. La télé en arrière-plan et nos propres téléphones comptent aussi, même quand l’enfant ne regarde pas.
Un tour de parole, c’est un petit aller-retour : l’enfant fait un son, vous répondez, il répond à son tour. Une étude américaine a enregistré des journées complètes chez des tout-petits, puis a revu les enfants environ dix ans plus tard (Gilkerson et collègues, 2018). Les tours de parole entre 18 et 24 mois prédisaient leur vocabulaire, mieux que le nombre de mots entendus.
D’autres enregistrements montrent ce qui se passe quand un écran joue. En Australie, des tout-petits ont porté un petit enregistreur pendant des journées entières, de 12 à 36 mois (Brushe et collègues, 2024). Chaque minute d’écran de plus allait avec moins de mots d’adulte, moins de sons de l’enfant et moins de tours de parole. L’écart était le plus grand à 3 ans.
La télé en arrière-plan
La télé allumée en fond compte, même quand l’enfant ne la regarde pas. « Il ne la regarde même pas » : nos orthophonistes entendent souvent cette phrase. Elles expliquent que la télé reste une distraction dans la pièce, pour l’enfant comme pour le parent.
Les études vont dans le même sens. Dans une expérience en laboratoire, les parents parlaient moins à leur tout-petit, et moins bien, quand une émission pour adultes jouait en arrière-plan (Kirkorian et collègues, 2009). Dans une autre étude, chaque heure de télé audible allait avec plusieurs centaines de mots d’adulte en moins entendus par l’enfant (Christakis et collègues, 2009).
Dans les recherches regroupées de 2020, la télé en arrière-plan montrait l’un des liens les plus nets avec un langage plus faible, mais sur cinq études seulement. C’est aussi une situation fréquente au Québec. Selon l’Institut de la statistique du Québec (2025), environ un tout-petit de 2 ans et demi sur quatre vit dans une famille où la télé est souvent ou toujours allumée, même si personne ne la regarde.
Et notre téléphone à nous ?
Nos propres écrans comptent aussi. Dans une petite étude, des mères enseignaient deux nouveaux mots à leur enfant de 2 ans (Reed et collègues, 2017). Quand un appel téléphonique interrompait l’enseignement, l’enfant n’apprenait pas le mot, même s’il l’avait entendu aussi souvent. L’OOAQ parle de technoférence : un écran qui interrompt, même brièvement, l’échange entre le parent et l’enfant.
Pas de culpabilité : tout le monde consulte son téléphone. L’idée est de protéger quelques moments par jour, face à face, comme le bain ou l’histoire avant le dodo.

Tous les écrans ne se valent pas
Un appel vidéo où grand-maman répond n’a rien à voir avec une émission regardée seul ou une télé allumée toute la journée. Ce qui aide, c’est un écran qui rassemble les personnes et fait parler. Ce qui nuit, c’est l’écran qui prend la place des échanges, sans que personne en parle.
Le tableau suivant classe les situations courantes, de la plus utile à la moins utile pour le langage.
| Situation | Ce qui se passe pour le langage | Quoi essayer |
|---|---|---|
| Un appel vidéo avec un proche qui répond | Un vrai échange : l’enfant peut apprendre des mots, parce que la personne lui répond | Rester à côté de l’enfant pour l’aider à suivre la conversation |
| Une émission lente, regardée ensemble | Le parent nomme ce qu’on voit et pose des questions : l’émission devient un échange | Nommer, poser une question, faire le lien avec la vraie vie |
| Une émission regardée seul | Pas d’échange pendant ce temps | Regarder les premières minutes ensemble, puis en reparler |
| Des vidéos et applis rapides dites « éducatives » | Peu ou pas d’apprentissage de mots avant 2 ans | Choisir des contenus plus lents, puis jouer ensemble après |
| La télé en arrière-plan toute la journée | Moins de paroles adressées à l’enfant, même s’il ne regarde pas | L’éteindre quand personne ne la regarde |
Les applis et vidéos « éducatives »
Le mot « éducatif » sur une appli ou une vidéo ne garantit pas que l’enfant apprend. Dans une étude, des bébés de 12 à 18 mois ont regardé un DVD de vocabulaire plusieurs fois par semaine, pendant un mois (DeLoache et collègues, 2010). Ils n’ont pas appris plus de mots qu’un groupe qui ne l’avait pas vu. Ils ont appris le plus quand leurs parents leur enseignaient les mêmes mots au quotidien.
Au Québec, le guide Mieux vivre avec notre enfant de l’INSPQ (2026) précise que les applications et les vidéos dites « éducatives », malgré leur nom, n’aident pas les enfants de moins de 2 ans à se développer. Après 2 ans, la Société canadienne de pédiatrie conseille de choisir des émissions éducatives et adaptées à l’âge, et de les regarder avec l’enfant. Les deux conseils se complètent : ils ne visent pas le même âge.
Les appels vidéo, ça compte ?
Pour nos orthophonistes, un appel vidéo n’est pas du temps d’écran comme les autres. L’enfant échange avec une vraie personne, à travers un écran, comme au téléphone. La Société canadienne de pédiatrie en fait d’ailleurs l’exception à sa recommandation pour les moins de 2 ans.
La recherche explique pourquoi. Des tout-petits ont appris de nouveaux mots par appel vidéo en direct, mais pas avec une vidéo enregistrée de la même personne (Roseberry et collègues, 2014; Myers et collègues, 2017). La différence : la personne à l’écran leur répond. Au Québec, environ un enfant de 17 mois sur six utilise un écran chaque jour pour parler avec sa famille (ISQ, 2024).
Pour que l’appel soit un vrai échange, le guide Mieux vivre conseille qu’un adulte aide l’enfant pendant la conversation. Vous pouvez répéter ce que grand-maman dit, montrer l’objet dont elle parle ou inviter votre enfant à faire bye-bye.
Quand l’écran est son seul intérêt
Nos orthophonistes partent toujours des intérêts de l’enfant. Mais quand la tablette est la seule chose qu’il veut, la situation devient délicate. Elles aident alors les parents à partir de cet intérêt pour en faire un moment d’échange, plutôt qu’un visionnement passif.
Concrètement, vous pouvez regarder un court extrait ensemble et faire des pauses pour nommer ce que vous voyez. Vous pouvez chanter sa chanson préférée avec lui, puis la reprendre sans l’écran, avec les gestes. Ou faire entrer son personnage préféré dans le jeu, avec de vrais jouets.

Combien de temps d’écran selon l’âge ?
Au Canada, la Société canadienne de pédiatrie déconseille les écrans avant 2 ans, sauf les appels vidéo avec des proches. De 2 à 5 ans, elle recommande environ une heure par jour ou moins, si possible en regardant avec l’enfant, et d’éteindre la télé en arrière-plan. La règle des garderies québécoises va dans le même sens.
La Société canadienne de pédiatrie a mis à jour ses conseils aux parents sur les écrans et les jeunes enfants en mars 2025. Avant 2 ans, l’utilisation des écrans n’est pas recommandée, sauf le vidéobavardage avec des adultes bienveillants, comme la famille élargie. De 2 à 5 ans, elle recommande de limiter l’utilisation régulière à un maximum d’une heure par jour. Le gouvernement du Québec fait les mêmes recommandations.
Plusieurs pages citent encore une déclaration de la Société canadienne de pédiatrie publiée en 2017. Elle a été retirée de son site : la fiche de 2025, aux limites semblables, est la référence actuelle.
Et à la garderie ?
À la garderie, la règle est inscrite dans un règlement. L’article 115 du Règlement sur les services de garde éducatifs à l’enfance interdit les écrans aux enfants de moins de 2 ans. Après 2 ans, un écran n’est permis que s’il fait partie du programme éducatif, de façon occasionnelle, sans dépasser 30 minutes dans une même journée.
La réalité des familles québécoises
Beaucoup de familles dépassent ces repères. Selon l’Institut de la statistique du Québec, vers 17 mois, environ un tout-petit sur quatre passe une heure ou plus par jour devant un écran en semaine (2024). C’est environ un sur trois la fin de semaine. Vers 2 ans et demi, c’est plus de quatre sur dix en semaine, et près des deux tiers la fin de semaine (2025).
Ces chiffres ne servent pas à juger : ils montrent que vous êtes loin d’être seuls. Les minutes restent un repère, pas un test. Ce qui se passe pendant et autour de l’écran compte davantage : qui regarde avec l’enfant, ce qu’on regarde, et ce que l’écran remplace.

Familles bilingues : peut-on apprendre une langue avec des vidéos ?
Les vidéos ne remplacent pas les personnes pour apprendre une langue. Des bébés ont appris les sons d’une nouvelle langue avec une personne en vrai, mais pas avec la même personne en vidéo. Gardez votre langue à la maison, et voyez les appels vidéo avec la famille à l’étranger comme de vraies conversations.
Une étude américaine l’a bien montré (Kuhl et collègues, 2003). Des bébés de 9 mois ont entendu du mandarin pendant une douzaine de courtes séances. Ceux qui l’entendaient d’une personne présente apprenaient à distinguer des sons de cette langue. Ceux qui voyaient la même personne en vidéo, ou l’entendaient en audio, n’en tiraient aucun effet mesurable. C’est une seule étude, sur les sons plutôt que les mots.
Chez les tout-petits bilingues, la façon de regarder semble compter plus que la durée. Une étude canadienne a comparé des tout-petits unilingues anglais, unilingues français et bilingues anglais-français (Hudon et collègues, 2013). La quantité de télé n’était pas liée au vocabulaire. Par contre, la télé pour adultes, la télé en arrière-plan, l’écoute en solo et un début précoce allaient avec un vocabulaire plus faible, surtout en anglais chez les bilingues.
Nous n’avons trouvé aucune étude qui montre que des vidéos dans la langue de la maison suffisent à faire apprendre cette langue à un tout-petit. Selon nos orthophonistes, une vidéo garde quand même une valeur si le parent la regarde avec l’enfant et en fait un moment d’échange.
Gardez surtout votre langue à la maison : c’est en vous entendant la parler que votre enfant l’apprend. Les appels vidéo avec les grands-parents à l’étranger sont précieux : ce sont de vraies conversations, avec quelqu’un qui répond.
17 h, le souper et la tablette : des solutions réalistes
Pas besoin de zéro écran pour aider votre enfant à parler. De petits changements comptent : éteindre la télé en arrière-plan, regarder les premières minutes ensemble, choisir des émissions plus lentes et prévoir une activité sans écran pour les moments les plus difficiles. Et si vous avez besoin d’une pause, ce n’est pas un échec.
Le souper est souvent le moment le plus difficile de la journée. Tout le monde est fatigué, le repas doit se faire, et la tablette règle le problème en deux secondes. Plusieurs parents québécois le font : environ un sur cinq dit utiliser souvent l’écran pour occuper son enfant pendant qu’il fait autre chose (ISQ, 2024).
Kimberly Martins, orthophoniste et fondatrice de VoxLingue, commence par regarder la journée de la famille. Elle propose ensuite des activités que l’enfant peut faire pendant que le parent cuisine. Elle observe s’il arrive à jouer seul, ou s’il préfère s’asseoir près du parent, dans sa chaise haute, avec une activité ou un livre. Tout dépend, précise-t-elle, de l’âge de l’enfant et de ses besoins.
Quelques idées pour ce moment-là :
- un panier de jouets réservé au souper, sorti seulement à cette heure-là;
- des contenants, des cuillères en bois et des aliments à toucher, dans la chaise haute près de vous;
- un livre cartonné ou à rabats, à portée de main plutôt qu’un écran;
- de la musique ou des histoires audio, qui laissent la place aux échanges;
- une petite tâche de « grand » : laver les légumes, brasser la salade, mettre les serviettes.
Pendant ce temps, parlez de ce que vous faites. « Je coupe la carotte. Crac ! Une autre carotte. » Ces petites phrases comptent, même quand il ne répond pas encore avec des mots.
Et si, certains soirs, vous avez besoin d’une pause, ce n’est pas un échec. Kimberly ne fait jamais honte aux parents pour ça. Elle leur explique plutôt les types de contenus à choisir. Sur la télé ou sur une tablette avec contrôle parental, le parent garde le contrôle sur ce que l’enfant voit. C’est différent d’un enfant laissé seul à faire défiler des vidéos sur YouTube.
Quand vous regardez une émission ensemble, nommez ce que vous voyez et posez une question : « Où est le chien ? Il court ! » Les programmes d’accompagnement parental, comme le programme Hanen Parler, un jeu à deux, montrent aux parents comment multiplier ces échanges au quotidien.
Quand on change les habitudes : à quoi s’attendre
Quand une famille réduit les écrans, les échanges augmentent souvent. Kimberly le constate : il y a plus d’interactions entre l’enfant et ses parents, et plus d’occasions pour l’enfant d’essayer de communiquer.
Les premiers jours peuvent toutefois être difficiles. Un enfant à qui on enlève quelque chose qu’il aime peut faire plus de crises. C’est normal. Restez calme près de lui, nommez ce qu’il ressent et proposez la nouvelle activité. Les spécialistes parlent de corégulation : votre calme l’aide à retrouver le sien. Avec le temps, la situation s’améliore habituellement.
Fiche imprimable : Moins d’écran, plus d’échanges : des idées réalistes pour les moments où l’écran dépanne (PDF, 1 page).
Les écrans peuvent-ils causer l’autisme ?
Non, la recherche ne montre pas que les écrans causent l’autisme. Une synthèse de 2023 conclut que le lien n’est pas suffisamment appuyé. Certains enfants chez qui on a plus tard remarqué des signes d’autisme passaient déjà plus de temps devant les écrans. Si l’autisme vous inquiète, regardez la communication au-delà des mots.
Cette synthèse regroupe quarante-six études et plus d’un demi-million de participants (Ophir et collègues, 2023). Une fois corrigé le biais de publication, le lien entre les écrans et l’autisme n’était plus significatif.
Les auteurs n’excluent pas l’explication inverse : des enfants autistes pourraient se tourner davantage vers les écrans pour éviter des situations sociales plus difficiles pour eux. Une petite étude va dans ce sens. Des enfants chez qui on a plus tard noté des signes d’autisme ou de TDAH avaient déjà plus de temps d’écran à 18 mois (Hill et collègues, 2024). Le lien peut donc aller dans les deux sens.
Vous verrez peut-être l’expression « autisme virtuel » en ligne. Ce n’est pas un diagnostic reconnu, et aucune étude contrôlée ne l’appuie. Comme le rappellent nos orthophonistes, les écrans ne sont pas la cause d’un trouble.
Si l’autisme vous inquiète, notre article Retard de langage ou autisme ? explique ce que les professionnels observent au-delà des mots : le pointage, le partage de l’attention, l’imitation.
Il parle peu : faut-il couper les écrans ou consulter ?
Les deux peuvent se faire en même temps, mais n’attendez pas qu’une « pause d’écrans » règle tout. Réduire les écrans améliore l’environnement de l’enfant; ce n’est ni un test ni un traitement. Si votre enfant parle peu pour son âge, ne pointe pas, ne partage pas ou a perdu des mots, consultez.
En évaluation, l’orthophoniste parle toujours des habitudes d’écran. Elle cherche à comprendre une journée typique de votre enfant, pour adapter ses recommandations et vous accompagner dans les prochaines étapes. Les écrans font partie du portrait, mais ils ne l’expliquent jamais à eux seuls.
Certains repères méritent d’en parler au médecin ou à une orthophoniste, quelles que soient les habitudes d’écran :
| Vers quel âge (approximatif) | Ce qui mérite d’en parler |
|---|---|
| Vers 12 mois | Peu ou pas de gestes (pointer, saluer de la main); peu de réaction à son prénom |
| Vers 16 à 18 mois | Aucun mot; ne pointe pas pour montrer |
| Vers 24 mois | Peu ou pas de combinaisons de deux mots (« encore lait », « papa parti ») |
| À tout âge | Une perte de mots ou d’habiletés |
Ces repères servent à décider quand consulter, pas à conclure. Ils viennent surtout d’études menées auprès d’enfants anglophones. Chez un enfant bilingue, comptez les mots dans toutes ses langues. Et faites vérifier l’audition : un enfant qui entend mal peut sembler distrait ou peu intéressé à parler.
Vous pouvez parler de vos inquiétudes au médecin ou au CLSC. Vous pouvez aussi consulter une orthophoniste au public ou au privé, sans référence. Notre page sur les retards et troubles du langage explique ce que l’orthophoniste évalue, et notre page sur l’évaluation en orthophonie décrit comment elle se déroule.

Et la tablette de communication ?
Une tablette de communication n’est pas du temps d’écran. En communication alternative et améliorée (CAA), la tablette est la façon dont l’enfant communique : c’est sa voix. Elle ne devrait jamais lui être retirée, même quand on réduit les autres écrans. La CAA ne retarde pas la parole : elle donne à l’enfant un moyen de se faire comprendre pendant que ses mots se développent.
Ce qu’il faut retenir
Les écrans ne causent pas, à eux seuls, un retard de langage : le lien existe, mais il est modeste. Ce qui fait parler un enfant, ce n’est pas l’absence d’écran : ce sont les échanges avec vous. Pas besoin de viser la perfection. Éteindre la télé en arrière-plan, regarder ensemble et prévoir une activité pour les moments difficiles font déjà une différence.
Ce qui fait parler un enfant, ce n’est pas l’absence d’écran : ce sont les échanges avec vous.
Prochaine étape
Imprimez la fiche « Moins d’écran, plus d’échanges » et choisissez un seul moment de la journée à changer cette semaine. Si votre enfant parle peu pour son âge, n’attendez pas de voir l’effet d’une pause d’écrans : une évaluation en orthophonie peut faire le point. Nos orthophonistes reçoivent les familles à Montréal et en ligne, en français et en anglais.
Cet article est une information générale. Il ne remplace pas une évaluation par un professionnel.
Questions fréquentes
Si j’arrête les écrans, va-t-il se mettre à parler ?
Réduire les écrans augmente souvent les échanges à la maison, et c’est une bonne chose. Mais ce n’est pas un traitement, et personne ne peut prédire l’effet sur un enfant en particulier. S’il parle peu pour son âge, consultez sans attendre de voir l’effet d’une pause d’écrans. Les deux démarches peuvent se faire en même temps.
Les appels vidéo comptent-ils comme du temps d’écran ?
Pas comme les autres écrans. Pendant un appel vidéo, l’enfant échange avec une vraie personne qui lui répond, comme au téléphone. La Société canadienne de pédiatrie en fait l’exception à sa recommandation pour les moins de 2 ans. Restez près de votre enfant pendant l’appel pour l’aider à suivre la conversation.
Les comptines sur YouTube, c’est correct ?
Elles sont plus utiles quand vous les chantez avec lui. Faites les gestes ensemble, arrêtez la vidéo pour reprendre un couplet, puis chantez la même comptine sans l’écran, au bain ou en voiture. Évitez le défilement automatique d’une vidéo à l’autre. Avant 2 ans, la Société canadienne de pédiatrie ne recommande pas les écrans, sauf les appels vidéo.
Regarder ensemble ou lui donner la tablette pour le distraire : quelle différence ?
Une grande différence. Dans les recherches regroupées, regarder avec un adulte allait avec un langage un peu meilleur, alors que plus de temps d’écran allait avec un langage un peu plus faible. Quand vous regardez ensemble, vous nommez, vous posez des questions et vous faites le lien avec la vraie vie. L’écran devient alors un point de départ pour parler.
Il répète des phrases de ses émissions : est-ce un problème ?
Pas forcément. Répéter des phrases entendues, ce qu’on appelle l’écholalie, est une façon d’apprendre le langage chez certains enfants, autistes ou non. Si votre enfant parle surtout avec des phrases toutes faites et peu avec ses propres mots, parlez-en à une orthophoniste.
Les écrans sont-ils permis à la garderie ?
Au Québec, le règlement sur les services de garde éducatifs interdit les écrans aux enfants de moins de 2 ans. Après 2 ans, un écran n’est permis que s’il fait partie du programme éducatif, de façon occasionnelle, et sans dépasser 30 minutes dans une même journée. Vous pouvez demander à la garderie comment elle applique cette règle.
En France, on dit pas d’écran avant 3 ans : qui a raison ?
Les deux visent la même chose : protéger le temps d’échange des tout-petits. En France, les autorités recommandent aucun écran avant 3 ans, et les écrans sont interdits dans les lieux d’accueil des moins de 3 ans depuis 2025. Au Canada et au Québec, le repère officiel est 2 ans, sauf les appels vidéo. Ici, suivez les recommandations canadiennes.
Les applis éducatives aident-elles à parler ?
Pas avant 2 ans. Le guide Mieux vivre de l’INSPQ précise que les applications et les vidéos dites « éducatives », malgré leur nom, n’aident pas les moins de 2 ans à se développer. Dans une étude, des bébés n’ont pas appris plus de mots avec un DVD de vocabulaire. Ils ont appris le plus avec leurs parents, au quotidien.
Mon enfant peut-il apprendre le français avec des vidéos ?
Pas avec les vidéos seules. Un enfant apprend une langue avec les personnes qui la lui parlent, dans des échanges où on lui répond. Pour le français, la garderie, les amis, les activités et les livres lus à voix haute lui offrent de vrais échanges. Et à la maison, continuez de parler la langue que vous maitrisez le mieux.
Est-ce de ma faute s’il parle peu ?
Non. Aucune étude ne montre que les écrans, à eux seuls, causent un retard de langage, et un enfant parle peu pour bien des raisons. Les écrans font partie de la vie de presque toutes les familles. Ce qui compte, c’est ce que vous faites à partir d’aujourd’hui : plus d’échanges, et une évaluation si vous êtes inquiets.
Une tablette de communication, c’est du temps d’écran ?
Non. Une tablette utilisée en communication alternative et améliorée (CAA) est la façon dont votre enfant communique : c’est sa voix. On ne la retire jamais, même quand on réduit les autres écrans. Elle ne retarde pas la parole. Elle lui donne un moyen de se faire comprendre pendant que ses mots se développent.
À quel âge peut-on commencer les écrans ?
Selon la Société canadienne de pédiatrie, les écrans ne sont pas recommandés avant 2 ans, sauf les appels vidéo avec des proches. De 2 à 5 ans, elle recommande un maximum d’une heure par jour, idéalement en regardant avec l’enfant. Selon la même société savante, rien n’indique qu’il soit utile de commencer tôt : les tout-petits apprennent surtout avec les personnes.



