Bégaiement ou hésitation normale ? Comment faire la différence, de l'enfance à l'âge adulte

« Je veux, je veux le camion ! » Votre enfant de 3 ans répète ses mots depuis quelques semaines, et vous vous demandez si c’est du bégaiement. Ou alors c’est vous : vous trébuchez sur certains mots en réunion, au téléphone, quand vous êtes fatigué, et vous vous posez la même question.
Tout le monde hésite en parlant. Les « heu », les phrases recommencées et les mots répétés font partie de la parole de tous les jours. Le bégaiement ou l’hésitation normale ne se distinguent donc pas par la simple présence d’accrocs. Comme l’explique l’Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec (OOAQ), ce sont le type d’accrocs, leur fréquence, leur durée, le nombre de répétitions et la tension qui font la différence.
Ce guide vous aide à reconnaitre ces différences, d’abord chez l’enfant, puis chez l’adolescent et l’adulte. Il explique quand consulter une orthophoniste, et pourquoi un bégaiement qui apparait soudainement chez un adulte demande d’abord une visite chez le médecin.
Tout le monde hésite : à quoi ressemblent les hésitations normales ?
Tout le monde a des accrocs en parlant. Ce sont des « heu », des « ben », des « tsé », une phrase qu’on recommence, un groupe de mots ou un long mot répété une fois. Ces hésitations augmentent avec la fatigue, l’excitation ou une idée difficile à formuler. Elles sont détendues, et la personne s’en rend rarement compte.
L’OOAQ le rappelle dans sa page sur le bégaiement et les troubles de la fluidité : il arrive à tout le monde d’hésiter, et répéter un mot entier ou dire « euh » peut être une hésitation normale. Les orthophonistes parlent de disfluidités, en France de disfluences : ce sont tous ces petits accrocs dans le rythme de la parole. Nos articles sur le bégaiement abordent aussi la façon d’aider un jeune enfant qui bégaie.
Chez l’enfant de 2 à 5 ans
Entre 2 et 5 ans, le langage se développe très vite. L’enfant a beaucoup de choses à dire, et ses mots ne suivent pas toujours ses idées. Selon Naître et grandir, dans la plupart des cas, les répétitions d’un jeune enfant sont des hésitations normales, et non du bégaiement. Elles reviennent souvent quand il est fatigué ou énervé.
À quoi ressemblent-elles ? L’enfant répète un groupe de mots (« je vais, je vais manger avec maman ») ou un mot de deux syllabes ou plus (« avec, avec maman »), en général une seule fois. L’Association bégaiement communication ajoute que ces répétitions sont dites calmement, comme si l’enfant réfléchissait, sans tension ni mouvement du visage. L’enfant s’en rend rarement compte.
Chez l’adulte
Les adultes hésitent eux aussi, et plus souvent qu’on le croit. Une étude sur des conversations entre adultes a montré que les hésitations augmentent quand l’idée à exprimer est plus difficile à planifier (Bortfeld et collègues, 2001). La fatigue, la nervosité ou une présentation devant un groupe produisent le même effet. Ces accrocs ordinaires ne sont pas du bégaiement.
À quoi ressemble le bégaiement ?
Le bégaiement a ses propres formes. On répète un son ou une syllabe (« b-b-ballon »), un petit mot d’une syllabe (« mon-mon chat »), on étire un son (« mmmmaman ») ou on bloque, sans qu’aucun son ne sorte. Il s’accompagne souvent d’effort ou de tension. C’est le type d’accroc, plus que leur nombre, qui compte.
Ces accrocs, les orthophonistes les appellent des disfluidités de type bégaiement. Une personne qui bégaie a aussi des hésitations ordinaires, comme tout le monde. Ce qui change, ce sont ces formes particulières, et souvent l’effort qui les accompagne.
Une équipe de chercheurs américains a comparé de jeunes enfants qui venaient de commencer à bégayer et des enfants du même âge qui ne bégayaient pas. Dès les premiers mois, la différence ne tenait pas seulement à la quantité d’accrocs : elle tenait à leur type (Ambrose et Yairi, 1999).
| Hésitation normale | Bégaiement | |
|---|---|---|
| Ce qu’on entend | « Heu », « ben », « tsé » ; une phrase recommencée ; un long mot ou un groupe de mots répété | Un son ou une syllabe répété (« b-b-ballon », « so-so-soccer ») ; un mot d’une syllabe répété (« mon-mon chat ») ; un son étiré (« mmmmaman ») ; un blocage silencieux |
| Comment ça sonne | Détendu, comme si la personne réfléchissait | Souvent tendu, avec de l’effort |
| Ce qu’on voit | Rien de particulier | Parfois des clignements, une grimace, un mouvement de la tête ou du corps |
| Ce que la personne remarque | Rarement quelque chose | Souvent : surprise, frustration, envie d’éviter certains mots |

Le centre hospitalier pour enfants CHEO, à Ottawa, le résume simplement : personne n’a une parole parfaitement fluide. Ce sont les formes du bégaiement, et ce qui les entoure, qui doivent attirer votre attention. Notre page sur l’orthophonie pour le bégaiement décrit comment nous évaluons ces différences.
Pourquoi compter ne suffit pas
Vous lirez peut-être qu’un enfant bégaie s’il a plus de trois accrocs sur cent mots. Ce repère existe dans certaines évaluations en anglais, mais ce n’est pas un test à faire à la maison. Les enfants bilingues, par exemple, répètent naturellement plus de sons et de mots. Une étude auprès d’enfants bilingues qui ne bégayaient pas a trouvé des taux de 3 % à 22 % (Byrd et collègues, 2015).
Un chiffre seul peut donc inquiéter pour rien, ou rassurer à tort. L’orthophoniste regarde l’ensemble : les formes, la tension, les réactions et l’histoire de la personne.
Au-delà des sons : tension, évitement et bégaiement caché
Ce qu’on entend n’est qu’une partie du bégaiement. Il y a aussi la tension dans le visage ou le cou, les clignements, les mouvements de tête, les mots qu’on remplace, les situations qu’on évite comme le téléphone ou commander au restaurant. Certaines personnes cachent si bien leur bégaiement qu’on le remarque à peine.
L’Association américaine de l’audition, de la parole et du langage (ASHA) appelle ces gestes des comportements associés. On peut voir la mâchoire se serrer, les yeux cligner, la tête faire un petit mouvement ou le pied taper pour « débloquer » un mot. D’autres signes s’entendent à peine : un « ben » ajouté pour lancer la phrase, un mot remplacé par un autre, un détour pour éviter un son difficile.
Avec le temps, certaines personnes apprennent à cacher presque complètement leur bégaiement. On parle alors de bégaiement caché, ou masqué. De l’extérieur, la parole semble fluide. De l’intérieur, la personne surveille chaque phrase, change ses mots, renonce à poser une question. Selon l’ASHA, cacher son bégaiement est associé à plus d’anxiété et à une moins bonne qualité de vie. Peu de bégaiement visible ne veut donc pas dire peu d’impact.
Le bégaiement varie aussi d’un jour à l’autre et d’une situation à l’autre. Le téléphone et les groupes sont souvent plus difficiles. Chanter ou parler en même temps que quelqu’un le diminue souvent. C’est normal, et ça ne veut pas dire que la personne « pourrait parler sans bégayer si elle le voulait ».

Chez l’enfant : est-ce que ça va passer ?
Souvent, mais pas toujours, et rarement en quelques semaines. Le bégaiement commence le plus souvent entre 2 et 5 ans, parfois en quelques jours. Dans une étude australienne, environ un enfant sur neuf avait commencé à bégayer à 4 ans, et environ 65 % ne bégayaient plus à 7 ans.
Cette étude a suivi plus de 1 600 enfants de la population générale (Reilly et collègues, 2009 et 2013). Chez près de la moitié des enfants, le bégaiement est apparu en un à trois jours. Les enfants qui ont commencé à bégayer n’étaient pas plus timides que les autres avant que ça commence, et leur milieu familial n’était pas en cause.
La récupération prend du temps. Dans la même étude, environ 6 % des enfants seulement avaient cessé de bégayer un an après le début. À 7 ans, environ 65 % ne bégayaient plus (Kefalianos et collègues, 2017). Naître et grandir parle de 65 à 75 % d’enfants dont le bégaiement disparait dans les cinq ans.
Certains facteurs rendent le bégaiement plus susceptible de durer : être un garçon, avoir un parent qui bégaie encore, un bégaiement qui dure ou qui augmente, un début plus tardif, ou d’autres difficultés de parole ou de langage. Aucun de ces facteurs ne permet toutefois de prédire l’avenir d’un enfant en particulier.
Pourquoi les chiffres varient
Vous verrez des chiffres de récupération de 65 % à 90 %. Ils varient selon le type d’étude : un groupe d’enfants de la population générale ou un groupe vu en clinique, suivi pendant deux ans ou pendant dix.
Même les documents de l’OOAQ ne donnent pas tous le même chiffre. Le CHU Sainte-Justine le reconnait : on ne sait pas encore bien quels enfants s’en sortiront seuls. C’est pour cette raison que les repères pour consulter, plus bas, comptent plus qu’un pourcentage.

Ce n’est pas la faute des parents
Le bégaiement a une base biologique. Dans une étude finlandaise auprès de jumeaux, la plus grande part des différences entre les enfants s’expliquait par la génétique (Rautakoski et collègues, 2012). Des gènes précis ont aussi été associés au bégaiement. Le bégaiement est d’ailleurs souvent présent dans la famille.
L’OOAQ est clair : le bégaiement n’est pas causé par un trouble émotionnel, un traumatisme, la timidité ou un manque d’intelligence. Il ne s’attrape pas non plus en imitant quelqu’un.
L’Association bégaiement communication le résume ainsi : « Le bégaiement est causé par le stress. FAUX : le stress ne cause pas le bégaiement, mais il est vrai qu’il peut, dans certains cas, le moduler ou l’accentuer. » La fatigue, l’excitation ou une journée chargée peuvent le rendre plus visible, sans en être la cause.
Quand consulter pour un enfant ?
Dès que vous êtes inquiet. Avant 4 ans, Naître et grandir conseille de consulter si le bégaiement dure depuis plus de 6 mois, si quelqu’un dans la famille bégaie, si votre enfant y réagit ou si vous vous inquiétez. À partir de 4 ans, consultez dès que vous remarquez un bégaiement.
Les guides québécois sont clairs sur un point : vous n’avez pas à attendre six mois si quelque chose vous inquiète. Votre inquiétude compte. Une étude américaine auprès de 472 jeunes enfants a d’ailleurs trouvé que l’inquiétude des parents correspondait bien à ce que les orthophonistes mesuraient (Tumanova et collègues, 2014).
Consultez sans attendre, peu importe l’âge, si vous remarquez :
- de la tension, de l’effort ou des mouvements du visage ou du corps quand il parle ;
- un bégaiement qui devient plus fréquent ou qui dure plus longtemps ;
- de la frustration, des pleurs ou de la colère liés à sa parole ;
- un enfant qui évite de parler, chuchote ou dit que c’est trop difficile.

Ces repères viennent de l’OOAQ, de Naître et grandir et du CHU Sainte-Justine. Pourquoi l’âge de 4 ans ? Parce qu’après cet âge, il devient plus rare que le bégaiement disparaisse sans aide, explique Naître et grandir. Sa fiche Bégaiement ou hésitation? donne d’autres exemples concrets.
À l’école et à l’adolescence
Le bégaiement peut aussi apparaitre ou devenir plus visible à l’âge scolaire. Les exposés oraux, la lecture à voix haute et les moqueries peuvent peser lourd. Si votre enfant d’âge scolaire bégaie encore, il est probable que le bégaiement reste, note le CHEO. L’objectif devient alors de l’aider à communiquer avec aisance et confiance, et de soutenir l’école dans la même direction.
Mon enfant est bilingue
Les enfants bilingues qui bégaient bégaient habituellement dans toutes leurs langues. L’évaluation doit donc tenir compte de chacune. À l’inverse, un enfant qui apprend deux langues peut répéter plus de mots et de sons sans bégayer. Ce qui oriente vers le bégaiement, c’est surtout l’effort, les blocages et la façon dont l’enfant réagit.
Rien ne démontre que parler deux langues cause le bégaiement, même si les études ne concordent pas toutes. Ne cessez jamais de parler votre langue à votre enfant à cause du bégaiement. Notre article sur les enfants bilingues et les troubles du langage explique comment l’évaluation tient compte des deux langues.
En attendant : comment réagir
Écoutez ce que votre enfant dit, plutôt que la façon dont il le dit. Laissez-lui le temps de finir, sans terminer ses mots à sa place. Évitez les « ralentis », « respire » ou « prends ton temps » : Naître et grandir déconseille ces consignes. Notre article Le bégaiement chez le jeune enfant : comment les parents peuvent aider donne d’autres idées pour la maison.
Chez l’adulte : hésitation, nervosité ou bégaiement ?
Tous les adultes hésitent plus quand ils sont fatigués, nerveux ou qu’ils expliquent une idée difficile. Le bégaiement est différent : les mêmes blocages ou répétitions, souvent depuis l’enfance, et parfois une longue habitude d’éviter certains mots ou situations. Environ un adulte sur cent bégaie. Le stress peut le rendre plus visible, mais il ne le cause pas.
Une revue publiée en 2025 estime qu’un peu moins de 1 % des adultes bégaient, en comptant ceux qui cachent leur bégaiement (Gattie et collègues). L’OOAQ et l’Association bégaiement communication parlent d’environ 1 % de la population, avec environ quatre hommes pour une femme.
Comment savoir si vos accrocs sont du bégaiement ? Les hésitations ordinaires d’un adulte ressemblent à celles décrites plus haut : des « heu », des phrases recommencées, plus nombreuses quand on est nerveux.
Le bégaiement, lui, prend les formes du tableau : des sons répétés, des sons étirés, des blocages, souvent sur les mêmes sons ou les mêmes mots. Dans la grande majorité des cas, il a commencé dans l’enfance. Notre page orthophonie pour adultes présente les services offerts aux adultes.
« Je bégaie seulement au téléphone »
Le bégaiement qui apparait surtout dans certaines situations est typique : au téléphone, en se présentant, en commandant, devant un groupe. Certaines personnes connaissent leurs mots difficiles et les remplacent si vite que personne ne s’en rend compte. Si vous vous reconnaissez, une orthophoniste peut vous aider à y voir clair. Les adultes consultent habituellement d’eux-mêmes, et savent bien décrire ce qu’ils vivent.
Le bégaiement et l’anxiété
En moyenne, les adultes qui bégaient vivent plus d’anxiété sociale que les autres, selon une méta-analyse de 2014 (Craig et Tran). Cette anxiété peut s’installer avec les années, à force de réactions négatives et de situations évitées. Elle n’est pas la cause du bégaiement. L’orthophoniste et le psychologue travaillent souvent ensemble, et les thérapies cognitivo-comportementales ont donné de bons résultats dans un essai clinique.
Si le bégaiement s’accompagne d’anxiété, de tristesse ou d’idées noires, parlez-en à un médecin ou à un psychologue. Au Québec, Info-Social 811 offre une consultation gratuite et confidentielle, jour et nuit. Partout au Canada, on peut appeler ou texter le 9-8-8 en cas de crise.
Ce que la thérapie vise chez l’adulte
Il n’est jamais trop tard pour consulter, rappelle l’OOAQ, qui ajoute que « le bégaiement peut bien se vivre ». Chez l’adulte, la thérapie ne cherche pas à effacer le bégaiement. Elle vise une parole plus facile et une communication plus confiante, avec des techniques pour bégayer avec moins d’effort, pour parler de façon plus fluide, ou pour revoir sa relation avec le bégaiement. Les résultats varient d’une personne à l’autre, et les objectifs se décident ensemble.

Bégaiement soudain chez l’adulte : voir un médecin d’abord
Un bégaiement soudain à l’âge adulte est d’abord une question médicale. C’est vrai aussi pour un adolescent qui n’a jamais bégayé. Il peut suivre un accident vasculaire cérébral, un traumatisme crânien ou une autre atteinte du cerveau, plus rarement un stress important ou un médicament. Avec des signes d’AVC, faites le 911.
Ce type de bégaiement est rare, mais il ne faut pas attendre. Dans une étude belge auprès de 319 personnes hospitalisées après un AVC, environ 5 % avaient développé un bégaiement (Theys et collègues, 2011). On parle alors de bégaiement neurogène. Le bégaiement dit psychogène, lié à un stress ou à un choc, est encore plus rare.
Appelez le 911 immédiatement si le bégaiement apparait avec l’un de ces signes :
- le visage qui s’affaisse d’un côté, ou un bras ou une jambe faible ou engourdi ;
- de la difficulté à parler ou à comprendre ;
- un trouble de la vue, un mal de tête soudain et intense ou une perte d’équilibre.
Cœur + AVC le rappelle : un AVC est une urgence médicale. Ne vous rendez pas à l’hôpital par vos propres moyens ; l’ambulance vous conduira à l’hôpital le plus proche qui traite les AVC.

Sans ces signes, consultez rapidement votre médecin, surtout si le bégaiement est apparu après un coup à la tête ou après avoir commencé un nouveau médicament. Ne cessez pas un médicament de vous-même : parlez-en au médecin ou au pharmacien.
L’Association bégaiement communication le rappelle : il faut aussi vérifier qu’il s’agit vraiment de bégaiement, et non d’une difficulté de mémoire ou de langage. C’est pourquoi le médecin et l’orthophoniste travaillent ensemble. Le médecin cherche la cause ; l’orthophoniste évalue la parole et la communication, et accompagne la personne une fois la cause connue.
Et le bredouillement ?
Le bredouillement est une autre difficulté de fluidité. La parole semble très rapide ou irrégulière, les syllabes se télescopent, les hésitations ordinaires sont nombreuses, et la personne s’en rend souvent peu compte. Il peut exister avec un bégaiement. Une orthophoniste peut faire la différence.
Une personne qui bredouille dira par exemple « j’veuxallerchezmamie » d’un seul souffle, en avalant des syllabes. Ses interlocuteurs lui demandent souvent de répéter.
Contrairement au bégaiement, le bredouillement diminue souvent quand la personne fait attention à sa parole, par exemple dans une situation formelle. Il est rarement repéré avant l’âge de 8 ans, et on ne sait pas encore combien de personnes il touche. L’intervention travaille surtout le rythme, les pauses, la clarté et la conscience de sa propre parole.
Ce que fait l’orthophoniste
L’orthophoniste évalue la parole dans son ensemble. Elle l’observe dans différentes situations et dans chaque langue de la personne, avec la tension, l’évitement et l’effet au quotidien. Chez le jeune enfant, des programmes qui impliquent les parents ont été évalués dans des essais cliniques. Chez l’adolescent et l’adulte, on vise une communication plus facile et plus confiante.
L’évaluation commence par l’histoire : quand le bégaiement a commencé, comment il a évolué, s’il y a d’autres personnes qui bégaient dans la famille, et ce que la personne ou les parents ont remarqué. L’orthophoniste écoute ensuite la parole en conversation, en lecture ou en jeu, et cherche à comprendre comment le bégaiement est vécu. Notre page sur l’évaluation en orthophonie explique comment se déroule une première rencontre.
Chez les enfants d’âge préscolaire, des programmes qui guident les parents à la maison ont fait l’objet d’essais cliniques. Dans un essai publié en 2005, les enfants suivis bégayaient nettement moins que ceux qui n’avaient pas encore reçu d’intervention (Jones et collègues). Dans un autre, aux Pays-Bas, deux approches différentes ont donné des résultats semblables après 18 mois (2015). Naître et grandir le résume : que le bégaiement soit passager ou persistant, une intervention précoce est souhaitable.
Il n’existe ni médicament ni traitement qui « guérit » le bégaiement. Mais personne n’en est responsable, et il existe de l’aide à tout âge.

Les ressources au Québec et au Canada
Au Québec, un intervenant du CLSC peut vous orienter, et certains centres de réadaptation offrent des services publics pour le bégaiement, avec des critères d’âge et de durée. L’OOAQ tient un répertoire des orthophonistes en pratique privée, qu’on peut filtrer par domaine. L’Association bégaiement communication, autrefois l’Association des bègues du Canada, offre de l’information en français, des groupes et du soutien. L’Association canadienne du bégaiement offre aussi des groupes de soutien, surtout en anglais.
Ce qu’il faut retenir
Tout le monde hésite. Le bégaiement se reconnait à ses formes particulières, répétitions de sons ou de petits mots, sons étirés, blocages, et souvent à l’effort qui les accompagne.
Retenez trois repères. Chez l’enfant, votre inquiétude suffit pour consulter, et à partir de 4 ans, on consulte dès qu’on remarque un bégaiement. Chez l’adulte, il n’est jamais trop tard pour en parler à une orthophoniste. Et un bégaiement qui apparait soudainement à l’âge adulte se montre d’abord à un médecin.
Prochaine étape
Fiche à imprimer : Hésitation ou bégaiement ? (PDF, 1 page). Une grille pour noter ce que vous entendez et remarquez, avec les repères pour consulter.
Notre page sur l’orthophonie pour le bégaiement explique comment nous accompagnons les enfants, les adolescents et les adultes, à la clinique du Marché Central ou en téléorthophonie.
Questions fréquentes
Est-ce normal qu’un enfant de 3 ans répète des mots ?
Souvent, oui. Entre 2 et 5 ans, beaucoup d’enfants répètent un groupe de mots ou un mot plus long, calmement, comme s’ils réfléchissaient : ce sont des hésitations normales. Répéter des sons, des syllabes ou de petits mots avec effort est différent. Si les deux vous semblent présents, ou si vous êtes inquiet, consultez une orthophoniste.
Répéter un mot entier, est-ce du bégaiement ?
Ça dépend du mot. Répéter une fois un mot de deux syllabes ou plus, sans tension, est une hésitation normale selon Naître et grandir. Répéter un petit mot d’une syllabe, comme « mon-mon chat », ressemble davantage au bégaiement, selon le CHEO et l’ASHA. C’est l’ensemble, avec la tension et la fréquence, qui permet de trancher.
Le bégaiement disparait-il tout seul ?
Chez beaucoup de jeunes enfants, oui, mais lentement. Dans une grande étude australienne, environ 65 % des enfants qui avaient commencé à bégayer ne bégayaient plus à 7 ans. Après 4 ans, il devient plus rare que le bégaiement disparaisse sans aide. C’est pourquoi on consulte dès qu’on le remarque à partir de cet âge.
Le stress cause-t-il le bégaiement ?
Non. Le bégaiement a une base biologique, avec une forte part génétique. Le stress, la fatigue ou l’excitation peuvent le rendre plus visible, mais ils ne le causent pas. L’OOAQ rappelle aussi qu’il n’est pas causé par un trouble émotionnel, un traumatisme ou la timidité. Les parents n’en sont pas responsables.
Faut-il dire à mon enfant de ralentir ?
Non. Les consignes comme « ralentis », « respire » ou « prends ton temps » sont déconseillées par Naître et grandir. Elles mettent l’accent sur la façon de parler plutôt que sur le message. Écoutez ce que votre enfant dit, laissez-lui le temps de finir, et parlez vous-même calmement, sans le faire remarquer.
Le bilinguisme cause-t-il le bégaiement ?
Rien ne le démontre, même si les études ne concordent pas toutes. Les enfants bilingues répètent naturellement plus de mots et de sons, ce qui peut ressembler à du bégaiement sans en être. Ceux qui bégaient bégaient habituellement dans toutes leurs langues. Ne cessez pas de parler votre langue à votre enfant à cause du bégaiement.
Peut-on commencer à bégayer à l’âge adulte ?
C’est rare. La plupart des adultes qui bégaient ont commencé dans l’enfance. Un bégaiement qui apparait soudainement à l’âge adulte peut suivre un AVC, un coup à la tête ou une autre atteinte du cerveau, plus rarement un stress important ou un médicament. Il faut d’abord voir un médecin, et faire le 911 s’il y a des signes d’AVC.
Pourquoi je bégaie plus quand je suis fatigué ou nerveux ?
Le bégaiement varie selon les jours et les situations. La fatigue, la nervosité ou la pression de se dépêcher le rendent souvent plus visible, sans en être la cause. Le téléphone et les groupes sont souvent plus difficiles. Si vos accrocs prennent les formes du bégaiement, une orthophoniste peut vous aider à mieux comprendre ce qui se passe.
Bégaiement et bredouillement : quelle différence ?
Le bégaiement se reconnait à des sons répétés, des sons étirés et des blocages, souvent avec effort. Le bredouillement se reconnait plutôt à une parole très rapide ou irrégulière, où les syllabes se télescopent, avec beaucoup d’hésitations ordinaires. La personne qui bredouille s’en rend souvent peu compte. Les deux peuvent exister ensemble.
Est-ce qu’on guérit du bégaiement ?
Il n’existe ni médicament ni traitement qui guérit le bégaiement. Beaucoup de jeunes enfants cessent toutefois de bégayer, et l’intervention précoce aide. Chez l’adolescent et l’adulte, la thérapie vise une parole plus facile et une communication plus confiante. Comme le dit l’OOAQ, le bégaiement peut bien se vivre.


