Respiration buccale et ronflement chez l'enfant : courant, mais pas normal

Un petit ronflement qui vient de la chambre d’à côté. Une bouche entrouverte devant la télé. Et cette phrase qu’on entend souvent : « Tout le monde ronfle dans la famille. » La respiration buccale et le ronflement chez l’enfant sont si fréquents qu’on finit par les croire sans importance.
Pourtant, fréquent ne veut pas dire normal. Au repos et pendant le sommeil, un enfant respire normalement par le nez, sans bruit. Quand il ronfle presque chaque nuit ou garde la bouche ouverte la plupart du temps, c’est un signal. Pas une urgence, mais une raison de regarder de plus près.
Ce guide explique ce qui est typique et ce qui ne l’est pas, les signes à surveiller la nuit et le jour, et pourquoi ça vaut la peine de s’en occuper. Il présente aussi qui consulter au Québec, dans quel ordre, et ce qu’une orthophoniste peut faire, ou non.
Ronfler et respirer par la bouche, est-ce normal chez l’enfant ?
C’est fréquent, mais ce n’est pas ce qu’on attend. Au repos et pendant le sommeil, un enfant respire normalement par le nez, sans bruit, les lèvres fermées et la langue contre le palais. Un ronflement passager pendant un rhume est courant. Ronfler presque chaque nuit, ou garder la bouche ouverte la plupart du temps, est un signal à vérifier.
Courant ne veut pas dire normal
Une orthophoniste interviewée par l’Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec (OOAQ) le dit sans détour : « Le ronflement à aucun moment ça fait partie du développement normal de l’être humain. » Elle ajoute qu’il « ne devrait pas être banalisé ». Le ronflement régulier n’est pas une étape du développement, comme la perte des dents de lait. C’est un symptôme qui mérite qu’on s’y arrête.
Les chiffres montrent pourquoi on le banalise. Selon une revue de recherche de 2008 (Lumeng et Chervin), environ 7 à 8 % des enfants ronflent selon leurs parents, et de 1,5 à 6 % ronflent « toujours ». L’apnée du sommeil touche environ 1 à 5 enfants sur 100, le plus souvent entre 2 et 8 ans, selon l’hôpital SickKids et la Fondation Sommeil.
Beaucoup d’enfants qui ronflent n’ont donc pas d’apnée. Mais le ronflement régulier reste la porte d’entrée pour la repérer.
La respiration par la bouche est encore plus répandue. Les études donnent des chiffres très différents selon la façon de la mesurer : le jour ou la nuit, d’après les parents ou d’après un examen. Retenez seulement qu’elle est courante, et qu’elle n’est pas le mode de respiration attendu. Nos articles sur les habitudes orales abordent aussi la suce, le pouce et la posture de la langue.
À quoi ressemble une respiration typique
Au repos, quand l’enfant ne parle pas et ne mange pas, ses lèvres se touchent sans effort. Il respire par le nez. Sa langue repose contre le palais, juste derrière les dents du haut, et sa mâchoire est détendue. L’OOAQ décrit cette posture de repos comme la position naturelle et sans effort de la langue et des lèvres.
Pendant le sommeil, la respiration typique est silencieuse et régulière. L’enfant bouge un peu, mais il ne lutte pas pour respirer. Le ronflement reste rare et passager, par exemple pendant un rhume.

Comment savoir si mon enfant respire par la bouche ou fait de l’apnée ?
Observez la nuit et le jour. La nuit : un ronflement fort presque chaque nuit, des pauses suivies d’un sursaut, un sommeil agité ou en sueur, la bouche ouverte. Le jour : de la fatigue, de l’irritabilité, de la difficulté à se concentrer, une bouche souvent ouverte. Seule une évaluation médicale peut dire s’il s’agit d’apnée.
L’apnée du sommeil, c’est quand la respiration s’arrête ou diminue par moments pendant le sommeil, parce que le passage de l’air se bloque. Selon le CHU Sainte-Justine, ces pauses peuvent faire baisser l’oxygène dans le sang et couper le sommeil. Un enfant qui en souffre se plaint rarement de fatigue. On remarque plutôt de l’agitation, de l’irritabilité ou de la difficulté à se concentrer, note la Fondation Sommeil.
Le tableau ci-dessous aide à faire la différence. Il ne pose pas de diagnostic : il vous dit quoi noter, et quand en parler.
| Courant | À surveiller | À montrer au médecin bientôt | |
|---|---|---|---|
| Ronflement | Pendant un rhume, quelques nuits | Plusieurs nuits par semaine, sans rhume | Fort et régulier, ou avec des pauses suivies d’un sursaut |
| Bouche | Ouverte quand le nez est bouché | Ouverte la plupart du temps, le jour comme la nuit | Respire seulement par la bouche ; nez qui semble toujours bouché |
| Sommeil | Quelques réveils | Sommeil agité, positions inhabituelles | Sueurs abondantes, réveils en sursaut, cou très renversé, pipi au lit |
| Le jour | Fatigue après une grosse journée | Irritable, distrait, souvent fatigué | Somnolence, difficultés d’attention ou d’apprentissage, croissance qui inquiète |

Certains enfants ont besoin d’un avis plus rapidement, même avec des signes plus discrets. C’est le cas des enfants qui ont un surplus de poids, une trisomie 21, ou une condition qui touche les muscles, le crâne ou la mâchoire. Leur médecin connait déjà ce risque : parlez-lui de leur sommeil.
La Société canadienne de pédiatrie résume bien la règle : si votre enfant ronfle bruyamment de façon régulière, ou s’il semble arrêter de respirer un court moment avant de reprendre son souffle, parlez-en à votre médecin. Sa fiche De saines habitudes de sommeil pour votre bébé et votre enfant donne aussi des repères sur le sommeil selon l’âge.
Il ronfle seulement quand il est malade
Un ronflement qui apparait pendant un rhume et disparait avec lui est courant. Le nez est bouché, l’air passe par la bouche, puis tout rentre dans l’ordre. Ce qui mérite d’être noté, c’est un ronflement qui reste après le rhume, ou un rhume qui semble ne jamais finir. Naître et grandir rappelle qu’un nez bouché qui persiste ou revient souvent peut être lié à une allergie ou à de grosses végétations adénoïdes.
Filmer une nuit pour le médecin
Les signes du sommeil sont difficiles à décrire en consultation. Une courte vidéo de votre enfant endormi, avec le son, peut montrer au médecin le ronflement, les pauses ou les efforts pour respirer. Notez aussi pendant une ou deux semaines les nuits avec ronflement, la bouche ouverte et ce que vous remarquez le jour. La fiche à imprimer à la fin de ce guide sert justement à ça.
Pourquoi un enfant respire-t-il par la bouche ?
Le plus souvent, parce que le nez est en partie bloqué. En cause : de grosses adénoïdes ou amygdales, des allergies ou une congestion qui dure. Parfois, l’habitude reste même quand le nez est dégagé, ou elle accompagne un pouce ou une suce. Trouver la cause vient en premier, et c’est le rôle du médecin.
Les végétations adénoïdes, qu’on appelle souvent simplement les adénoïdes, se trouvent à l’arrière du nez. Le CHU Sainte-Justine explique que, lorsqu’elles sont trop grosses, elles peuvent nuire à la respiration par le nez et contribuer au ronflement et à l’apnée du sommeil. Les amygdales, au fond de la gorge, peuvent aussi réduire le passage de l’air quand elles sont volumineuses.
Les allergies, comme le rhume des foins, et une congestion qui dure gardent le nez bouché pendant des semaines. Le CHU Sainte-Justine et la Fondation Sommeil citent d’autres facteurs : un surplus de poids, la forme de la mâchoire, par exemple un menton en retrait ou un palais étroit, et certaines conditions médicales.

Enfin, il y a l’habitude. Une bouche qui s’est ouverte pendant des mois de congestion peut rester ouverte une fois le nez dégagé. La succion du pouce ou de la suce au-delà de 3 ans fait aussi partie des facteurs que décrit l’Association américaine de l’audition, de la parole et du langage (ASHA).
Notre article sur la bouche ouverte, la suce et le pouce présente ces habitudes plus en détail, et notre guide pour aider un enfant à arrêter de sucer son pouce propose un plan doux.
La cause décide de la solution. C’est pourquoi le médecin passe en premier : il cherche ce qui bloque, avant qu’on travaille les habitudes.
Pourquoi ça vaut la peine de s’en occuper ?
Parce que le sommeil et la respiration par le nez comptent, le jour comme la nuit. Les troubles respiratoires du sommeil sont associés à des difficultés de comportement et de concentration, et au pipi au lit. La respiration buccale est associée à un palais plus étroit et à une langue qui pousse vers l’avant, en avalant comme en parlant.
Le sommeil et la journée
Un sommeil coupé par des pauses respiratoires est un sommeil moins réparateur. Une grande étude britannique a suivi environ 9 000 enfants (Bonuck et collègues, 2012). Les tout-petits qui ronflaient, respiraient par la bouche ou faisaient des pauses avaient plus souvent des difficultés de comportement à 4 et 7 ans. C’est une association, pas une preuve de cause.
L’essai CHAT, publié en 2013, a étudié 464 enfants de 5 à 9 ans qui faisaient de l’apnée. Retirer les amygdales et les adénoïdes a amélioré le comportement, la qualité de vie et le sommeil, mais pas les résultats aux tests d’attention. Et beaucoup d’enfants du groupe « surveillance » se sont améliorés aussi : 46 % avaient retrouvé un sommeil normal après sept mois, contre 79 % après la chirurgie.
Le message est donc nuancé. Ça vaut la peine de vérifier, mais tous les enfants n’ont pas besoin d’une opération, et c’est au médecin d’en décider. Laissée sans suivi, l’apnée est toutefois liée à une pression artérielle plus élevée, à une croissance plus lente et à des difficultés d’apprentissage et de comportement, rappelle l’hôpital SickKids.
Le pipi au lit
Le pipi au lit est plus fréquent chez les enfants qui ont des troubles respiratoires du sommeil. Deux revues de recherche publiées en 2026 l’estiment environ deux à trois fois plus probable. Les lignes directrices américaines en ORL demandent d’ailleurs aux médecins de poser des questions sur le pipi au lit, la croissance, l’école et le comportement chez un enfant qui ronfle.
Les dents, le palais et le visage : ce qu’on sait vraiment
Vous lirez peut-être que la respiration buccale « donne un visage long ». Ce n’est pas démontré. Les études trouvent une association entre la respiration buccale et un palais plus étroit, un articulé croisé ou une mâchoire qui pousse davantage vers le bas et l’arrière. Mais il s’agit surtout d’études d’observation, de qualité faible à moyenne, et la génétique joue aussi un rôle.
Les données sur l’effet de la chirurgie sur la croissance du visage sont, elles, de très faible qualité. Le bon réflexe est simple : demandez au dentiste de vérifier les dents et le palais. Il saura dire si quelque chose doit être suivi.
La déglutition et la parole
Quand la bouche reste ouverte, la langue repose souvent plus bas et plus en avant. Une revue de 2024 a trouvé que les enfants qui respirent par la bouche avalent plus souvent en poussant la langue vers l’avant.
Dans une clinique brésilienne, environ 3 enfants sur 10 dirigés pour une respiration buccale avaient aussi une difficulté de prononciation, le plus souvent la langue entre les dents sur le « s ». Cette étude n’avait pas de groupe de comparaison : c’est un lien, pas une cause.
Les sons les plus touchés sont le « s » et le « z », parfois le « ch » et le « j » : « thoupe » pour « soupe », par exemple. Notre article sur les erreurs de prononciation typiques selon l’âge aide à situer ce que vous entendez.

Qui consulter au Québec ?
Commencez par le médecin de famille, le pédiatre ou l’infirmière praticienne, ou par Info-Santé 811. Le médecin peut diriger votre enfant vers un ORL et demander une polysomnographie, faite à l’hôpital. Le dentiste ou l’orthodontiste vérifie les dents et le palais. L’orthophoniste travaille la posture de la bouche, la déglutition et la parole, une fois le nez vérifié.
L’ordre compte. La respiration buccale et le ronflement ont souvent une cause physique, dans le nez ou la gorge, et cette cause se traite d’abord en médecine. Les habitudes de la bouche se travaillent ensuite, ou en même temps, avec l’accord du médecin.
| Ce que vous remarquez | Qui consulter | Son rôle |
|---|---|---|
| Ronflement fort et régulier, pauses, sommeil agité, fatigue ou comportement le jour | Le médecin de famille, le pédiatre ou l’infirmière praticienne (IPS) | Évalue, cherche la cause, demande une polysomnographie au besoin et dirige vers un spécialiste |
| Grosses amygdales ou adénoïdes, nez toujours bouché | L’ORL (oto-rhino-laryngologiste) | Examine le nez et la gorge ; décide d’un traitement ou d’une chirurgie |
| Allergies qui bloquent le nez | Le médecin, parfois l’allergologue | Traite les allergies et la congestion |
| Dents qui se referment mal, palais étroit | Le dentiste ou l’orthodontiste | Vérifie l’occlusion et le palais ; peut soupçonner une apnée et en parler au médecin |
| Bouche ouverte au repos, langue basse ou qui pousse, zozotement | L’orthophoniste | Évalue la posture de la langue et des lèvres, la déglutition et la parole ; accompagne les nouvelles habitudes |

La Fondation Sommeil le précise dans sa fiche Apnée obstructive du sommeil chez l’enfant : le dentiste ou l’orthodontiste peut soupçonner une apnée, mais c’est le médecin ou l’infirmière praticienne spécialisée qui demande le test. L’orthophoniste, elle, ne diagnostique pas l’apnée. Si elle remarque des signes pendant une évaluation, elle vous dirige vers le médecin.
La polysomnographie, c’est quoi ?
La polysomnographie est une étude du sommeil faite pendant une nuit. Des capteurs mesurent la respiration, l’oxygène dans le sang et les étapes du sommeil. Le CHU Sainte-Justine la décrit comme le meilleur test pour savoir si un enfant fait de l’apnée, et elle se fait à l’hôpital.
Les sociétés canadiennes de médecine respiratoire et du sommeil l’ont confirmé en 2026 : la polysomnographie reste la norme pour diagnostiquer l’apnée chez l’enfant. Un questionnaire ou une mesure de l’oxygène à la maison ne suffit pas à poser le diagnostic. Ces mêmes sociétés reconnaissent que l’accès à ce test est limité dans plusieurs régions. L’attente peut donc être longue.
En attendant le rendez-vous
Pendant l’attente, quelques habitudes de vie peuvent aider, rappelle la Fondation Sommeil. Elles ne remplacent pas l’évaluation :
- de l’activité physique chaque jour ;
- un horaire de sommeil régulier et assez d’heures de sommeil ;
- une maison sans fumée, qui irrite moins les voies respiratoires ;
- si on soupçonne une allergie, moins d’allergènes dans la chambre : épousseter avec un linge humide, laver souvent la literie, limiter les peluches.
La Fondation suggère aussi d’habituer l’enfant à dormir sur le côté. Ce conseil vise les enfants, pas les bébés : un bébé dort toujours sur le dos. Gardez enfin le nez dégagé. L’Institut national de santé publique du Québec rappelle que les jeunes enfants ne savent pas se moucher efficacement, et conseille l’hygiène nasale avec une solution saline, sans produit médicamenteux.
Notez aussi ce que vous observez : la fiche à imprimer à la fin de ce guide vous aide à arriver au rendez-vous avec des exemples précis.
Comment l’orthophoniste peut-elle aider ?
L’orthophoniste intervient une fois le nez et la gorge vérifiés. Elle observe comment les lèvres, la langue et la mâchoire se placent au repos et bougent, et comment l’enfant avale et parle. Elle aide ensuite à installer l’habitude de la bouche fermée et de la respiration par le nez. C’est un complément aux soins médicaux, pas un traitement de l’apnée.
Au Québec, la posture de la bouche au repos et la déglutition font partie du travail de l’orthophoniste. Dans sa page Pourquoi consulter un orthophoniste ?, l’OOAQ cite la respiration buccale chronique, l’écoulement de salive et la langue qui avance entre les dents parmi les signes à évaluer. On parle de trouble orofacial myofonctionnel, ou TOM, quand la posture ou les mouvements de la bouche et du visage s’écartent de ce qui est attendu.
L’évaluation commence par vos observations et l’histoire de votre enfant : son sommeil, ses rhumes, ses habitudes, ce que le médecin ou le dentiste a déjà dit. L’orthophoniste regarde ensuite la bouche au repos, la langue, les lèvres, la déglutition, la mastication et la parole. Le suivi se fait par de courts exercices et par des habitudes intégrées à la routine, avec votre participation. Notre page sur la thérapie myofonctionnelle en orthophonie explique comment ce suivi se déroule.

D’abord le nez, ensuite les habitudes
On ne peut pas demander à un enfant de garder la bouche fermée si l’air ne passe pas par son nez. L’ASHA le dit clairement : la bouche fermée au repos ne peut pas s’installer de façon stable tant que l’obstacle à la respiration n’est pas réglé. C’est pourquoi l’orthophoniste travaille avec le médecin, l’ORL, l’allergologue et l’orthodontiste, et pas à leur place.
Cet ordre protège aussi votre enfant et votre budget. Des exercices commencés pendant que les adénoïdes bloquent encore le nez risquent de frustrer tout le monde, sans résultat durable.
Après l’opération des amygdales
Retirer les amygdales ou les adénoïdes libère le passage de l’air. Mais la bouche a parfois pris l’habitude de rester ouverte, et cette habitude peut durer après l’opération. Une petite étude de 2020 a observé ce maintien de la respiration buccale chez des enfants opérés avec succès, surtout chez les plus vieux et chez ceux dont les dents ou la mâchoire étaient déjà touchées.
C’est souvent à ce moment que l’orthophoniste est la plus utile. Le nez est dégagé ; il reste à apprendre à s’en servir. Le suivi vise alors la bouche fermée au repos, la langue contre le palais et une déglutition sans poussée vers l’avant.
Ce que la thérapie myofonctionnelle peut et ne peut pas faire
La thérapie myofonctionnelle a surtout été étudiée chez l’adulte. Dans ces études, les exercices de la bouche et de la gorge ont réduit l’apnée, comme complément au traitement médical. Chez l’enfant, les études sont peu nombreuses et petites. La revue Cochrane sur le sujet ne comptait que 13 enfants, et ses auteurs jugent les résultats peu fiables.
Un autre obstacle est bien connu : la régularité. Dans un essai, seulement 10 enfants sur 54 faisaient encore correctement leurs exercices après six mois. La participation des parents est donc essentielle, et le programme doit rester simple et court.
Retenez ceci : chez l’enfant, la thérapie myofonctionnelle aide à installer de meilleures habitudes de repos, de déglutition et de respiration. Elle ne traite pas l’apnée du sommeil, et elle ne remplace ni la chirurgie, ni l’orthodontie, ni le suivi médical. Elle ne promet pas non plus de changer la forme du visage.
Le nez est dégagé ; il reste à apprendre à s’en servir.
Bouche scotchée, gadgets, exercices trouvés en ligne
Sur les réseaux sociaux, certains adultes se collent du ruban sur la bouche pour dormir. Ne le faites jamais chez un enfant. Une revue publiée en 2025 par une équipe de London, en Ontario, n’a trouvé presque aucune preuve d’efficacité. Elle signale un risque sérieux, surtout quand le nez est bouché. Aucune étude n’a été faite chez l’enfant.
Même prudence avec les appareils et les programmes d’exercices trouvés en ligne. Sans évaluation du nez et de la gorge, ils risquent de passer à côté de la vraie cause.
Et chez l’adulte ?
Chez l’adulte non plus, le ronflement n’est pas un problème banal. Un ronflement fort avec des pauses, ou une somnolence pendant la journée, demande d’abord une visite chez le médecin pour écarter l’apnée du sommeil. Les exercices myofonctionnels ont été davantage étudiés chez l’adulte, comme complément au traitement médical.
L’Ordre des dentistes du Québec rappelle que le ronflement est « souvent considéré à tort comme un problème de santé bénin ». Avant de traiter le ronflement, il faut éliminer l’apnée du sommeil, une évaluation faite par un médecin. Selon Statistique Canada, 6,4 % des Canadiens disaient en 2016 et 2017 avoir reçu un diagnostic d’apnée du sommeil.
Une fois l’apnée évaluée, plusieurs traitements existent : un appareil fourni par le dentiste, un appareil de ventilation, la perte de poids, et parfois des exercices de la bouche et de la gorge. Ces exercices viennent de l’orthophonie. Notre page orthophonie pour adultes présente les services offerts aux adultes.
Ce qu’il faut retenir
La respiration buccale et le ronflement chez l’enfant sont fréquents, mais ils ne sont pas la norme. Ce sont des signaux, pas des urgences.
Retenez trois repères. Un ronflement fort et régulier, des pauses ou une bouche presque toujours ouverte méritent d’être montrés au médecin. La cause se cherche et se traite d’abord, souvent dans le nez ou la gorge. Ensuite, l’orthophoniste peut aider votre enfant à prendre l’habitude de la bouche fermée et de la respiration par le nez.
Prochaine étape
Fiche à imprimer : Le sommeil et la respiration de mon enfant (PDF, 1 page). Un relevé de deux semaines à remplir, et les signes à montrer au médecin.
Si la bouche au repos, la déglutition ou la parole vous préoccupent, nos orthophonistes accompagnent les familles à la clinique du Marché Central ou en téléorthophonie partout au Québec.
Questions fréquentes
À quel âge s’inquiéter si mon enfant ronfle ?
Il n’y a pas d’âge précis. Un ronflement fort et régulier mérite d’être mentionné au médecin à tout âge. L’apnée du sommeil apparait le plus souvent entre 2 et 8 ans, selon la Fondation Sommeil. Un ronflement passager pendant un rhume, lui, est courant.
Il ronfle seulement quand il est malade : est-ce grave ?
Habituellement, non. Un nez bouché par un rhume fait souvent ronfler pendant quelques nuits, puis tout redevient normal. Notez plutôt si le ronflement continue après le rhume, ou si le nez semble toujours bouché. Une congestion qui persiste peut être liée à une allergie ou à de grosses adénoïdes, et vaut une visite chez le médecin.
Mon enfant dort la bouche ouverte : que faire ?
Observez d’abord pendant une ou deux semaines : le ronflement, les pauses, la bouche le jour, la fatigue. Parlez-en ensuite au médecin, qui vérifiera le nez et la gorge. Une fois la cause traitée, si la bouche reste ouverte par habitude, l’orthophoniste peut aider à installer la bouche fermée et la respiration par le nez.
La respiration buccale change-t-elle le visage ?
Ce n’est pas démontré. Les études trouvent une association entre la respiration buccale et un palais plus étroit ou une mâchoire qui pousse davantage vers le bas, mais surtout dans des études d’observation de qualité limitée. La génétique joue aussi un rôle. Le dentiste ou l’orthodontiste peut vérifier les dents et le palais de votre enfant.
Faut-il enlever les amygdales et les adénoïdes ?
C’est une décision du médecin et de l’ORL. Quand de grosses amygdales causent une apnée du sommeil, la chirurgie est souvent le premier traitement, selon le CHU Sainte-Justine. Mais tous les enfants qui ronflent n’en ont pas besoin. Dans une grande étude, beaucoup d’enfants se sont améliorés avec une simple surveillance.
Il respire encore par la bouche après l’opération : pourquoi ?
Parce que la bouche a parfois gardé l’habitude de rester ouverte. Le nez est maintenant dégagé, mais l’enfant ne l’utilise pas encore pleinement. C’est un moment où l’orthophoniste peut aider : elle travaille la bouche fermée au repos, la langue contre le palais et la respiration par le nez. Vérifiez aussi avec le médecin que le nez est bien dégagé.
Peut-on mettre du ruban sur la bouche d’un enfant ?
Non. Cette mode vient d’adultes, et une revue canadienne publiée en 2025 n’a trouvé presque aucune preuve d’efficacité, même chez eux. Elle signale un risque sérieux quand le nez est bouché, et aucune étude n’a été faite chez l’enfant. Si votre enfant respire par la bouche, cherchez la cause avec le médecin.
Le ronflement peut-il causer des difficultés d’attention ?
Les troubles respiratoires du sommeil sont associés à des difficultés de comportement et de concentration. Dans l’essai CHAT, retirer les amygdales et les adénoïdes a amélioré le comportement, mais pas les résultats aux tests d’attention. Si votre enfant a de la difficulté à se concentrer et ronfle, parlez des deux au médecin.
Une orthophoniste peut-elle diagnostiquer l’apnée du sommeil ?
Non. L’apnée du sommeil est un diagnostic médical, posé par un médecin, habituellement avec une polysomnographie. L’orthophoniste peut remarquer des signes pendant une évaluation, comme une bouche ouverte ou une langue basse, et elle vous dirigera alors vers le médecin. Son rôle porte sur la posture de la bouche, la déglutition et la parole.
La thérapie myofonctionnelle, à partir de quel âge ?
Il n’y a pas d’âge minimum fixe. Les exercices demandent que l’enfant puisse remarquer ses propres habitudes, ce qui vient avec l’âge. Avec les plus jeunes, l’orthophoniste passe surtout par les parents : des conseils pour la maison et des jeux simples. L’évaluation permet de choisir ce qui convient à votre enfant.

