Comment aider son enfant à arrêter de sucer son pouce

Par Vladimir Romanov, B. Eng., MBA23 min de lecture

Illustration d'un toutou sous un croissant de lune, à côté d'un tableau d'étoiles, pour le guide sur l'arrêt de la succion du pouce

Votre enfant suce son pouce pendant l’histoire du soir, dans l’auto ou blotti contre son toutou ? Vous vous demandez peut-être s’il est temps de l’aider à arrêter de sucer son pouce, et comment s’y prendre sans en faire une bataille.

Le dentiste en a peut-être glissé un mot. Une grand-mère a remarqué les dents du haut qui avancent, ou votre enfant parle un peu « sur le bout de la langue ». Ces remarques sont faites avec bienveillance, mais elles laissent souvent plus de questions que de réponses.

Sucer son pouce n’est pas une mauvaise habitude. C’est une façon de se réconforter, apprise avant même la naissance. L’objectif n’est donc pas d’enlever ce réconfort, mais de le remplacer, au bon moment et avec la collaboration de votre enfant.

Ce guide explique à quel âge commencer et comment s’y prendre, le jour puis la nuit. Il explique aussi ce que le pouce peut changer aux dents et à la parole, ce qu’il vaut mieux éviter, et qui consulter au Québec. Les repères viennent de la Société canadienne de pédiatrie et des guides québécois, plutôt que des pages américaines qui dominent souvent les résultats.

Pourquoi mon enfant suce-t-il son pouce ?

Sucer est un réflexe qui apparait avant la naissance et qui calme le bébé. Après environ 6 mois, le pouce sert surtout à se réconforter : quand l’enfant est fatigué, s’ennuie, a de la peine ou s’endort. Contrairement à la suce, le pouce est toujours là. Pour arrêter, il faut donc la motivation de l’enfant et un autre réconfort.

Le fœtus suce déjà ses doigts vers la 16e semaine de grossesse, rappelle Naître et grandir. Après la naissance, la succion nourrit, mais elle apaise aussi. Vers 6 mois, le besoin de téter pour se nourrir diminue, et la succion devient surtout un moyen de se calmer. Nous décrivons ces premiers mois dans notre guide sur ce que fait la bouche de bébé pendant sa première année.

Le pouce, deux doigts, l’index : pour les dents comme pour la façon d’arrêter, c’est la même habitude. Les chercheurs parlent d’ailleurs de « succion digitale » pour les désigner ensemble.

Le pouce arrive rarement au hasard : il revient à des moments précis, qui sont la clé du plan proposé plus loin.

Six moments où l’enfant suce son pouce, au coucher, de fatigue, d’ennui, devant un écran, en auto ou quand il a de la peine, avec une idée de réconfort à offrir pour chacun

Pouce ou suce : pourquoi le pouce est plus difficile à laisser

Une suce peut se ranger ; un pouce, non. C’est pourquoi l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et la Société canadienne de pédiatrie rappellent que la suce est souvent plus facile à contrôler que le pouce. Avec la suce, le parent peut décider quand elle disparait. Avec le pouce, c’est l’enfant qui décide.

Il a arrêté la suce et s’est mis au pouce

C’est une situation fréquente, et elle a une explication. L’Académie américaine de dentisterie pédiatrique (AAPD, 2024) note qu’un arrêt forcé et très précoce de la suce a été associé à une succion des doigts qui dure plus longtemps. Le besoin de réconfort, lui, n’a pas disparu.

Quand la suce s’en va, prévoyez donc un autre réconfort aux mêmes moments : un toutou, une routine de coucher, un câlin. Si le pouce prend déjà la relève, le plan de cet article s’applique de la même façon.

À quel âge faut-il aider son enfant à arrêter de sucer son pouce ?

Au Canada, on conseille d’aider l’enfant à arrêter avant l’âge de 3 à 4 ans. Un guide dentaire québécois vise environ 3 ans, et au plus tard l’arrivée des premières dents d’adulte, vers 5 ou 6 ans. Beaucoup d’enfants arrêtent d’eux-mêmes entre 2 et 4 ans. La durée et la force de la succion comptent plus que la fréquence.

Selon l’INSPQ, sucer son pouce ou ses doigts après 18 mois peut influencer le développement des mâchoires et des dents. Son guide Mieux vivre avec notre enfant explique la succion et l’utilisation de la suce et reprend la recommandation de la Société canadienne de pédiatrie : arrêter avant 3 à 4 ans. Le guide de santé dentaire du CIUSSS de la Capitale-Nationale vise environ 3 ans, et au plus tard 5 ou 6 ans.

Dans une grande étude menée en Iowa auprès d’environ 800 enfants (Bishara et collègues, 2006), 31 % suçaient un pouce ou des doigts à 1 an, et encore 12 % à 4 ans. Le nombre se stabilisait ensuite, et 4 % le faisaient encore à 8 ans.

Graphique : 31 % des enfants sucent un pouce ou des doigts à 1 an, 12 % à 4 ans et 4 % à 8 ans dans l’étude de l’Iowa ; repère canadien : arrêter avant 3 à 4 ans

Les mêmes chercheurs ont observé que plus d’un enfant sur cinq gardait une habitude de succion, pouce, doigts ou suce, à 3 ans ou plus (Warren et collègues, 2000). C’est donc fréquent. Ce n’est pas une raison pour attendre indéfiniment, mais c’en est une pour aborder la question sans inquiétude.

Âge (approximatif) Ce qu’on observe souvent Ce qu’on peut faire Chez le dentiste
Moins de 3 ans Le pouce sert à s’endormir et à se calmer. Rien de particulier ; offrir d’autres réconforts. Première visite dès 1 an, puis une fois par année.
3 à 4 ans Beaucoup arrêtent ; d’autres continuent, surtout au coucher. Commencer doucement : histoires, signal, tableau de motivation. Il surveille les dents et l’occlusion.
5 à 7 ans Les premières dents d’adulte arrivent ; les amis remarquent. L’enfant devient partenaire du plan. En parler s’il suce encore.
Après 7 ans C’est plus rare (4 % à 8 ans dans l’étude de l’Iowa). Poursuivre le plan et demander un avis. Il évalue les dents et oriente au besoin.

Les difficultés qui accompagnent la suce prolongée, la succion du pouce et la respiration par la bouche sont décrites dans notre article sur les habitudes orales et leurs effets.

Pourquoi les repères varient d’un pays à l’autre

Vous lirez peut-être, sur des pages américaines, qu’un pouce jusqu’à 4 ou 5 ans n’a rien d’inquiétant. Ce n’est pas ce que disent les repères canadiens. L’AAPD elle-même recommande d’arrêter les habitudes de succion vers 36 mois. Au Québec, suivez les repères de la Société canadienne de pédiatrie et de l’INSPQ ; votre dentiste les adaptera à votre enfant.

Pouce posé ou succion vigoureuse

Tous les pouces ne se valent pas. Selon l’AAPD, la durée de l’habitude compte davantage que sa fréquence. L’Association dentaire américaine ajoute qu’un pouce simplement posé dans la bouche présente moins de risque qu’une succion forte et active. Un enfant qui suce son pouce quelques minutes pour s’endormir n’est pas dans la même situation qu’un enfant qui le suce avec force pendant des heures.

Est-ce que sucer son pouce déforme les dents ?

Pas chez tous les enfants. Quand l’habitude dure au-delà de 4 ans environ, ou que la succion est forte, les dents peuvent changer. On observe alors des dents du haut qui avancent (surplomb) ou des dents d’en avant qui ne se touchent plus (béance). L’arcade du haut peut aussi devenir plus étroite, parfois avec un articulé croisé.

Les enfants de l’étude de l’Iowa ont été examinés à 4 et 5 ans (Warren et collègues, 2001). Ceux dont l’habitude avait duré jusqu’à 4 ans ou plus avaient plus souvent une arcade du haut étroite, des dents du haut avancées, une béance ou un articulé croisé. De petites différences étaient déjà visibles quand l’habitude avait duré jusqu’à 2 ou 3 ans.

Le pouce et la suce n’ont pas exactement les mêmes effets. Selon l’AAPD et une méta-analyse de 2016 (Doğramacı et Rossi-Fedele), le pouce ou les doigts sont plus fortement liés aux dents du haut qui avancent que la suce.

Et le palais ? Naître et grandir précise que le pouce ne déforme pas le palais lui-même, mais plutôt l’arcade dentaire et l’os qui tient les dents. Chez certains enfants, l’habitude n’aura aucun effet. Nos articles sur les habitudes orales abordent aussi la suce, la langue et la respiration.

Schémas de quatre occlusions : l’occlusion habituelle, le surplomb et la béance liés au pouce, et l’articulé croisé lié à la succion

Qu’est-ce qui se replace tout seul, et qu’est-ce qui peut rester ?

Arrêter aide, mais tout ne se replace pas forcément. Une revue systématique de 2023 (Adriano et collègues) a regroupé cinq études : la béance s’améliorait souvent après l’arrêt, même après 4 ans, chez 50 à 100 % des enfants selon l’étude. Les auteurs jugent toutefois ces données très peu certaines, et personne ne sait à partir de quel âge la correction devient peu probable.

D’autres changements peuvent persister. Dans l’étude de l’Iowa, l’articulé croisé et les dents du haut avancées étaient encore présents bien après la fin de l’habitude chez certains enfants (Warren et Bishara, 2002).

Une étude suédoise a suivi 386 enfants de 3 à 7 ans (Dimberg et collègues, 2013). Beaucoup de différences d’occlusion observées à 3 ans s’étaient corrigées à 7 ans. La béance et l’articulé croisé étaient les deux traits liés aux habitudes de succion. C’est une des raisons pour lesquelles le dentiste surveille, et pour lesquelles les décisions d’orthodontie se prennent souvent plus tard.

Après l’arrêt du pouce, la béance s’améliore souvent, alors que l’articulé croisé et le surplomb peuvent rester ; le dentiste vérifie l’occlusion

Les mots du dentiste

Le dentiste utilise parfois des mots qui méritent une traduction. La béance, ce sont des dents d’en avant qui ne se touchent pas quand l’enfant ferme la bouche. Le surplomb, ce sont des dents du haut avancées par rapport à celles du bas. L’articulé croisé, ce sont des dents du haut qui se placent à l’intérieur de celles du bas.

Un dernier mot prête souvent à confusion : la supraclusion. Elle décrit des dents du haut qui recouvrent trop celles du bas, à la verticale. Ce n’est pas la même chose que le surplomb, et ce n’est pas l’effet le plus typique du pouce.

Sucer son pouce peut-il causer un zozotement ?

Il y a un lien, mais rien ne prouve que le pouce en soit la cause. Les enfants qui ont sucé plus longtemps ont plus souvent des difficultés avec les sons de la parole, mais les études ne concordent pas. Ce qui compte, c’est la place de la langue : entre les dents au repos, en avalant ou en disant « s ».

Une revue systématique de 2021 (Burr et collègues) a examiné les études sur la succion et le développement des sons de la parole. Elle conclut que les données sont « incohérentes et non concluantes ». Le résultat le plus constant : plus la succion dure longtemps, plus les difficultés avec les sons sont fréquentes. C’est une association, pas une preuve de cause.

Une étude slovène auprès de 446 enfants de 3 à 7 ans va dans le même sens (Kravanja et collègues, 2018). Environ 7 % avaient une béance. Ces enfants avaient plus souvent une langue basse ou trop en avant, et plus souvent des difficultés d’articulation.

Le lien passe sans doute par la langue. L’Association américaine de l’audition, de la parole et du langage (ASHA) note qu’une langue qui repose entre les dents peut contribuer à une béance. Et quand les dents d’en avant ne se touchent pas, la langue glisse plus facilement vers l’avant sur le « s ».

Ce que l’orthophoniste observe

L’Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec (OOAQ) explique pourquoi consulter une orthophoniste pour la déglutition et la posture de la bouche au repos. Une langue ou des lèvres mal placées au repos peuvent avoir des conséquences sur la santé, la forme du visage et la position des dents.

Les signes que l’OOAQ énumère sont concrets. Une respiration par la bouche qui dure, de la bave, une langue qui avance entre les dents au repos ou quand l’enfant parle. Les sons les plus touchés sont souvent le « s » et le « z », parfois le « ch » et le « j ». L’orthophoniste ne pose pas de diagnostic sur l’occlusion : c’est le rôle du dentiste.

Schéma d’un profil d’enfant et cinq points observés par l’orthophoniste : les lèvres au repos, la langue au repos, la déglutition, la langue sur le « s » et la respiration

Zozoter à 4 ans, est-ce normal ?

Beaucoup de jeunes enfants zozotent un peu. Un « thoupe » pour « soupe » ou un « zèbre » prononcé la langue entre les dents est fréquent chez les tout-petits. Notre article sur les erreurs de prononciation typiques selon l’âge aide à situer ce que vous entendez.

Un zozotement mérite un regard quand il dure, ou quand il s’accompagne d’autres signes : une langue entre les dents au repos, une béance, une bouche souvent ouverte. Il n’y a pas d’âge précis à partir duquel il faut s’inquiéter. Les repères de prononciation viennent d’ailleurs surtout d’études auprès d’enfants anglophones, et ils peuvent différer en français.

La thérapie myofonctionnelle, à partir de quel âge ?

La thérapie myofonctionnelle travaille la posture de la langue et des lèvres, la déglutition et la respiration par le nez. Selon l’ASHA, les exercices ne conviennent généralement pas avant 4 ans environ, ni avant que l’enfant soit capable de remarquer ses propres habitudes. Plus jeune, l’enfant est surtout aidé par ses parents, avec les conseils de l’orthophoniste.

Cette thérapie soutient le travail du dentiste ou de l’orthodontiste ; elle ne le remplace pas. Notre page sur la thérapie myofonctionnelle en orthophonie explique à qui elle s’adresse et comment elle se déroule.

Comment aider son enfant à arrêter de sucer son pouce ?

L’enfant doit avoir envie d’arrêter. Choisissez une période calme, parlez-en ensemble, repérez les moments où le pouce arrive, convenez d’un signal discret, occupez ses mains et offrez-lui un autre réconfort. Soulignez chaque réussite, en allongeant peu à peu l’objectif : une nuit, une semaine, un mois. Les rechutes font partie du chemin.

Un pouce ne se range pas dans un tiroir. Contrairement à la suce, vous ne pouvez pas le retirer : c’est votre enfant qui décide de le mettre ou non dans sa bouche. Un plan qui fonctionne repose donc sur sa motivation à lui, pas sur votre surveillance. Les cinq étapes qui suivent vont dans ce sens.

Un plan doux en cinq étapes pour arrêter de sucer son pouce : choisir le bon moment, en parler, repérer les moments, un signal discret et encourager, avec un objectif qui s’allonge d’une nuit à un mois

1. Choisir le bon moment

Le bon moment est une période calme. Un déménagement, l’arrivée d’un bébé, l’entrée à la garderie ou à la maternelle demandent déjà beaucoup d’adaptation. Pendant ces périodes, le pouce aide votre enfant à traverser le changement. Mieux vaut attendre quelques semaines que de lui retirer ce réconfort au mauvais moment.

2. En parler avec lui

Parlez-en simplement, sans reproche. Vous pouvez lui expliquer que le pouce l’a aidé quand il était petit, et qu’il peut maintenant apprendre d’autres façons de se calmer. Demandez-lui ce qu’il en pense et ce qui pourrait l’aider. Un enfant qui participe au plan y tient davantage, et c’est lui qui doit vouloir arrêter.

Les livres aident à ouvrir la conversation. Naître et grandir suggère par exemple J’arrête le pouce ! ou Cléo et le pouce. Le dentiste peut aussi devenir un allié : il peut expliquer à votre enfant, avec des mots simples, ce que le pouce fait à ses dents, et l’encourager.

3. Repérer les moments du pouce

Pendant quelques jours, observez quand le pouce arrive, sans rien dire. Il peut s’agir d’un moment de fatigue, d’ennui ou de peine, devant un écran, dans l’auto ou au coucher. Ces moments vous montrent où votre enfant a besoin d’une solution de rechange. Ils vous évitent aussi de lui parler de son pouce toute la journée.

4. Un signal discret et des mains occupées

Convenez ensemble d’un signal que vous seuls connaissez. Naître et grandir donne l’exemple d’un sourire en coin accompagné d’un pouce en l’air. Le signal remplace le « enlève ton pouce » lancé devant les autres, qui peut gêner l’enfant.

Aux moments repérés, donnez à ses mains quelque chose à faire : une balle à presser, de la pâte à modeler, un crayon ou un toutou à serrer. Pensez aussi à l’émotion derrière le geste. Si votre enfant est triste ou inquiet, nommer ce qu’il ressent et le prendre dans vos bras répond au même besoin que le pouce.

5. Encourager plutôt que surveiller

Soulignez chaque réussite. L’AAPD recommande de reconnaitre ou de récompenser chaque jour sans succion, plutôt que de critiquer ou de contraindre l’enfant. La critique installe une lutte de pouvoir, et cette lutte peut faire durer l’habitude.

Un tableau de motivation rend les progrès visibles. Au début, un autocollant récompense une seule journée ou une seule nuit. Puis l’objectif s’allonge à une semaine, puis à un mois, comme le propose le Better Health Channel, le site de santé publique de l’État de Victoria, en Australie. Évitez de répéter les rappels toute la journée : ils transforment le plan en surveillance.

Les rechutes font partie du chemin. Un soir de fatigue, une semaine chargée, et le pouce revient. Ce n’est pas un échec : on reprend le tableau le lendemain, sans commentaire.

Un plan qui fonctionne repose donc sur sa motivation à lui, pas sur votre surveillance.

Selon l’âge de votre enfant

Avant 3 ans, il n’y a généralement rien de particulier à faire. Le pouce reste un réconfort normal à cet âge. Offrez d’autres façons de se calmer, sans en parler comme d’un problème.

Entre 3 et 4 ans, c’est l’âge que visent les repères canadiens. Les histoires, les petits jeux et les compliments conviennent bien à cet âge. Naître et grandir suggère le tableau de motivation à partir de 3 ans environ.

De 5 à 7 ans, les premières dents d’adulte arrivent. Votre enfant peut devenir un vrai partenaire : il choisit ses récompenses, colle ses autocollants, et le dentiste peut l’encourager. Selon l’Académie américaine de pédiatrie, beaucoup d’enfants arrêtent à l’école, souvent à cause du regard des amis.

Après 7 ans, ou si rien ne bouge malgré vos efforts, parlez-en au dentiste et, au besoin, à une orthophoniste. La dernière section de ce guide explique qui fait quoi.

Naître et grandir propose d’autres idées dans sa fiche Aider un enfant à arrêter de sucer sa suce ou son pouce.

Comment arrêter de sucer son pouce la nuit ?

La nuit, le pouce est souvent plus difficile à laisser. L’enfant s’endort avec lui et le suce parfois sans s’en rendre compte. Travaillez d’abord le jour. Le soir, misez sur une routine calme et un toutou à serrer. Si votre enfant est d’accord, un gant ou une chaussette peut servir d’aide-mémoire, jamais de punition.

Le coucher est le moment où le besoin de réconfort est le plus fort. Quand le plan de jour avance bien, votre enfant se sent plus capable de relever le défi du soir. Commencez donc par le jour, et gardez la nuit pour une deuxième étape.

La routine aide à faire la transition. Une histoire, un câlin, puis le toutou dans les mains au moment d’éteindre la lumière : Naître et grandir suggère justement un toutou pour l’endormissement. Le même tableau de motivation peut compter les nuits plutôt que les journées.

Un gant de coton, une chaussette ou un pansement sur le pouce peut servir de rappel pendant le sommeil. Présentez-le comme un aide que votre enfant choisit, pas comme une punition. L’Académie américaine de pédiatrie est claire : si la méthode rend votre enfant craintif ou tendu, arrêtez-la tout de suite.

Une routine du coucher en cinq temps pour le pouce la nuit : le jour d’abord, histoire et câlin, un toutou, un gant si l’enfant est d’accord et un autocollant le matin

Il le suce en dormant, sans s’en rendre compte

Ce n’est pas un manque de volonté. Une fois endormi, votre enfant ne contrôle pas ce que font ses mains. Il serait injuste de le lui reprocher le matin. Le gant ou la chaussette sert justement à ces moments-là, et certains parents retirent doucement le pouce une fois l’enfant endormi.

Un pouce qui ne sort qu’au coucher, en privé, est moins préoccupant qu’un pouce présent toute la journée. Ce qui compte pour les dents, c’est surtout la durée et la force de la succion. L’habitude mérite tout de même d’être travaillée quand les dents d’adulte arrivent.

Combien de temps ça prend ?

Il faut de la patience. Selon les fiches santé Healthwise, la succion du pouce la nuit est l’habitude la plus difficile à changer, et il peut falloir jusqu’à trois mois avant qu’un enfant s’endorme sans son pouce. Chaque nuit réussie compte, même s’il y a des retours en arrière.

Vernis amer, protège-pouce, grille : est-ce que ça marche ?

Les données sont minces. La seule revue systématique sur le sujet (Cochrane, 2015) ne compte que six petites études, de faible qualité. Les approches comportementales (récompenses, ou rappels désagréables comme un gout amer) et les appareils dentaires semblaient aider. Aucune étude n’a testé les gants ni les pansements. On commence donc par l’encouragement.

La revue (Borrie et collègues, 2015) a réuni 252 enfants, dans des études toutes à risque élevé de biais, et une seule a mesuré l’effet à long terme. Aucune méthode n’a donc fait ses preuves de façon solide, et l’encouragement a autant d’appui que les gadgets.

Les appareils dentaires, comme la grille anti-pouce, sont posés par un dentiste ou un orthodontiste : c’est une décision dentaire. L’ASHA rappelle que les appareils conçus pour punir ont un succès limité, avec des effets secondaires rapportés comme de la douleur et de la difficulté à manger.

Méthode Ce que c’est Ce que disent les études Notre conseil
Encouragement et tableau Compliments, autocollants, objectif qui s’allonge Approches comportementales : données faibles, mais favorables Le point de départ, pour tous les âges
Signal et mains occupées Un geste convenu, un objet à tenir Recommandé par Naître et grandir ; pas d’essai propre À combiner avec l’encouragement
Gant ou chaussette la nuit Un rappel pendant le sommeil Aucune étude Si l’enfant est d’accord ; arrêter s’il est tendu
Vernis amer Un gout désagréable sur l’ongle Fait partie des approches étudiées, données faibles Seulement si l’enfant est d’accord ; demandez conseil au pharmacien ou au dentiste
Protège-pouce Un embout qui empêche la succion Aucune étude Même prudence que le gant
Appareil dentaire Une grille posée dans la bouche Données faibles ; effets secondaires possibles Une décision du dentiste ou de l’orthodontiste

Ce qu’il vaut mieux éviter

Gronder, humilier, taquiner ou comparer avec d’autres enfants ne fonctionne pas. L’Académie américaine de pédiatrie le dit clairement, et l’AAPD ajoute que la lutte de pouvoir qui en découle peut faire durer l’habitude. Naître et grandir conseille aussi d’éviter la culpabilité et les comparaisons.

Évitez aussi de retirer le pouce de sa bouche devant les autres, ou d’annoncer le plan à la famille sans son accord. Pour un enfant, sentir qu’on le surveille ou qu’on parle de lui enlève l’envie de collaborer.

Qui consulter : dentiste, orthodontiste, orthophoniste ou médecin ?

Le dentiste vérifie les dents et l’occlusion. Au Québec, la RAMQ couvre son examen pour les enfants de moins de 10 ans. L’orthodontiste décide s’il faut un appareil. L’orthophoniste évalue la langue, les lèvres, la déglutition et la parole. Le médecin vérifie le nez et la respiration si la bouche est souvent ouverte ou si l’enfant ronfle.

Chacun regarde une partie différente de la question, et l’orthophoniste travaille avec le dentiste et l’orthodontiste. Le tableau ci-dessous vous aide à savoir par où commencer.

Ce que vous remarquez Qui consulter Son rôle
Le pouce est encore là quand les dents d’adulte arrivent, ou les dents changent de position Le dentiste Il examine l’occlusion, suit l’évolution et oriente vers l’orthodontiste au besoin
Le dentiste parle d’un appareil L’orthodontiste Il décide s’il faut un appareil ou un traitement, et à quel moment
La langue se place entre les dents, ou un zozotement dure L’orthophoniste Elle évalue la posture de la langue et des lèvres, la déglutition et la parole, et propose un accompagnement
La bouche est souvent ouverte, il ronfle ou a souvent le nez bouché Le médecin Il vérifie le nez et la respiration avant tout travail sur la posture de la bouche

Qui consulter selon ce que vous remarquez : le dentiste pour les dents, l’orthodontiste pour un appareil, l’orthophoniste pour la langue et le zozotement, le médecin pour la respiration

Les signes qui méritent un avis

Ces signes ne posent pas de diagnostic. Ils indiquent qu’un regard professionnel serait utile :

  • le pouce est encore là quand les premières dents d’adulte arrivent, vers 5 ou 6 ans ;
  • les dents du haut avancent, ou les dents d’en avant ne se touchent plus quand il ferme la bouche ;
  • la langue se place entre les dents au repos, en avalant ou en parlant ;
  • un zozotement qui dure, surtout avec une langue qui pousse vers l’avant ;
  • la bouche est souvent ouverte, il respire par la bouche, bave ou ronfle.

Si vous suivez un plan doux depuis plusieurs semaines sans aucun progrès, c’est aussi une bonne raison d’en parler.

Ce que couvre la RAMQ

Au Québec, la RAMQ paie l’examen chez le dentiste et la plupart des soins pour les enfants de moins de 10 ans, sur présentation de la carte d’assurance maladie : examens, radiographies, plombages, extractions et urgences. Les hygiénistes dentaires des CLSC rappellent toutefois que certains soins ne sont pas payés. C’est le cas du nettoyage, du fluor, des scellants et des traitements d’orthodontie.

Une visite par année chez le dentiste est recommandée dès l’âge de 1 an. C’est une bonne occasion de parler du pouce, bien avant que la question des appareils se pose.

Ce que fait l’orthophoniste

L’orthophoniste commence par vos questions et l’histoire de votre enfant. Elle observe ensuite la position de la langue et des lèvres au repos, la façon d’avaler, la respiration et la prononciation de certains sons.

Avant 4 ans environ, l’accompagnement passe surtout par vous, avec des conseils concrets pour la maison. Plus tard, si c’est indiqué, elle peut proposer une thérapie myofonctionnelle, en lien avec le dentiste ou l’orthodontiste. Notre page sur l’évaluation en orthophonie explique comment se déroule une première rencontre.

Ce qu’il faut retenir

Le pouce est un réconfort, pas un caprice. Pour aider votre enfant à arrêter de sucer son pouce, on remplace ce réconfort plutôt que de le combattre.

Retenez trois repères. Visez environ 3 à 4 ans, avec douceur et avec la participation de votre enfant. Travaillez le jour d’abord, puis la nuit, en soulignant chaque réussite. Et si l’habitude dure quand les dents d’adulte arrivent, ou si la langue se place entre les dents, parlez-en au dentiste et à une orthophoniste.

Prochaine étape

Aperçu de la fiche à imprimer « Mon plan pour laisser mon pouce », avec un tableau d’étoiles de quatre semaines, le plan du parent en cinq étapes, la nuit et qui consulter

Fiche à imprimer : Mon plan pour laisser mon pouce (PDF, 1 page). Un tableau de quatre semaines à remplir avec votre enfant, et le plan du parent au verso.

Si la langue, la bouche au repos ou la parole vous préoccupent, nos orthophonistes accompagnent les familles à la clinique du Marché Central ou en téléorthophonie partout au Québec.

Questions fréquentes

Est-ce normal de sucer son pouce à 5 ans ?

Oui, cela arrive. Dans une grande étude américaine, environ un enfant sur huit suçait encore son pouce ou ses doigts à 4 ans. Un guide québécois de santé dentaire vise toutefois un arrêt au plus tard vers 5 ou 6 ans, à l’arrivée des premières dents d’adulte. C’est donc le bon moment pour un plan doux, et pour en parler au dentiste.

Pouce ou suce : lequel est le pire pour les dents ?

Les deux comptent davantage quand l’habitude dure longtemps. Le pouce est plus fortement lié aux dents du haut qui avancent. La suce, elle, est plus facile à arrêter, parce que le parent peut la ranger. C’est pourquoi on conseille de ne pas retirer une suce trop brusquement chez un tout-petit : le pouce prend parfois la relève.

Sucer deux doigts, est-ce la même chose que le pouce ?

Oui. Les chercheurs regroupent le pouce et les doigts sous le nom de « succion digitale », et les effets possibles sur les dents sont du même ordre. Le plan est le même : repérer les moments, occuper les mains, offrir un autre réconfort et souligner chaque réussite.

Le pouce déforme-t-il le palais ?

Pas vraiment le palais lui-même. Selon Naître et grandir, la pression du pouce agit surtout sur l’arcade dentaire et sur l’os qui tient les dents. Une habitude qui dure peut rendre l’arcade du haut plus étroite. Chez certains enfants, elle n’a aucun effet visible. Le dentiste peut vous dire ce qu’il en est pour votre enfant.

Les dents se replacent-elles quand il arrête ?

Souvent en partie. La béance s’améliore fréquemment après l’arrêt, même après 4 ans, mais les études sont peu nombreuses. L’articulé croisé et les dents du haut avancées peuvent rester. C’est pourquoi le dentiste vérifie l’occlusion après l’arrêt, et décide s’il faut attendre ou orienter vers l’orthodontiste.

Faut-il simplement ignorer le pouce ?

Avant 3 ans environ, souvent oui : le pouce est un réconfort normal à cet âge, et l’Académie américaine de pédiatrie conseille d’abord de ne pas s’en occuper. Après, mieux vaut un plan doux, mené avec l’enfant. Ce qu’on ignore alors, ce sont les rechutes : on ne les commente pas, et on reprend le tableau le lendemain.

Sucer son pouce cause-t-il la respiration par la bouche ?

Ce lien n’est pas établi. Notre article sur la respiration buccale et le ronflement explique ses causes, comme un nez souvent bouché. Si la bouche de votre enfant est souvent ouverte, s’il ronfle ou respire bruyamment, parlez-en d’abord au médecin. Il vérifiera le nez et la respiration avant tout travail sur la posture de la bouche.

Il se fait taquiner à la garderie : que faire ?

Écoutez-le et nommez ce qu’il ressent, sans ajouter de pression. Les remarques des amis motivent souvent les enfants à arrêter d’eux-mêmes, mais elles peuvent aussi faire mal. Proposez-lui le signal discret et le tableau, comme un projet à lui. Si les taquineries durent, parlez-en à l’éducatrice.

Une orthophoniste peut-elle aider à arrêter le pouce ?

Oui, surtout quand le pouce s’accompagne d’une langue entre les dents, d’une bouche souvent ouverte, d’une déglutition particulière ou d’un zozotement. L’orthophoniste évalue la posture de la langue et des lèvres, la déglutition et la parole. Avant 4 ans environ, elle guide surtout les parents ; plus tard, elle peut travailler directement avec l’enfant.

La RAMQ paie-t-elle le dentiste pour mon enfant ?

Oui, pour les enfants de moins de 10 ans qui ont une carte d’assurance maladie valide. L’examen annuel, les radiographies, les plombages, les extractions et les urgences sont couverts. Le nettoyage, le fluor, les scellants et l’orthodontie ne le sont pas. Une assurance privée ou le Régime canadien de soins dentaires peut parfois prendre le relais.

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